Le monde de la littérature congolaise a assisté, le 1er juillet à Brazzaville, à la présentation et la dédicace du premier livre de l'ancien journaliste, Sylvain Elenga, intitulé « Le temps des remords ». Ce recueil de nouvelles de 148 pages qui complète ceux des pionniers congolais de ce genre littéraire paraphrase plusieurs vécus dans la société.
Préfacé par le journaliste, écrivain et sociologue Émile Gankama, le livre paru aux éditions Alliance du Koongo est le fruit de l'observation de la société congolaise par l'auteur. Il est composé de cinq petites histoires, à savoir « Le cadavre m'a ravi ma femme », « La blouse maculée », « Le temps des remords », « L'angoisse du dernier jour » et « Le fossoyeur », qui décrivent, entre autres, de manière fictive mais réelle, le vécu des Congolais, notamment face à l'amour et la tradition principalement chez les Mbochi.
Elles dénoncent la qualité du système sanitaire, les problèmes de succession et la situation des veuves. « Nous avons un auteur, quand on le lit, on sent qu'il a baigné dans la littérature », a apprécié le présentateur, Obambe Gakosso.
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Il s'est attardé longuement sur l'histoire du « Fossoyeur » qu'il a jugée très instructive pour les sociologues, car elle met en lumière des pratiques souvent méconnues concernant le partage des biens après un décès. Ce chapitre raconte comment un vieux, respectueusement appelé ainsi, doit procéder au partage des biens de son frère cadet, et comment un personnage nommé « Ntoï », un parent maternel, intervient pour réclamer un terrain qu'on lui refuse en raison d'un litige.
Ce qui le remplit de haine et de colère au point qu'il traite le vieux d'idiot. Il disparaît alors pendant huit ans pour ruminer sa rancoeur avant de réapparaître à la mort du vieux. Il s'émerveille de l'audace de l'acteur « Ntoï » qui convoque la belle-famille de la veuve et lui offre à boire, mais celle-ci, avec sagesse, refuse avant d'avoir entendu ce qu'il a à dire. « Pour ce chapitre, je félicite l'auteur. Nous sommes dans une société où on est prêt à sacrifier toute une vie pour de l'alcool alors que cela ne devrait pas être le cas. C'est aussi à cela que sert la littérature, à revenir vers les choses les plus essentielles, les plus élémentaires », a-t-il indiqué.
Une écriture comme vecteur de message
Pour le critique Rosin Loemba, le choix de la nouvelle « Le temps des remords » par Sylvain Elenga pour débuter sa carrière littéraire est une manière de redorer le blason de ce genre dans le contexte littéraire congolais. Il traduit son positionnement face à la société à partir d'une représentation dans son oeuvre de tout un imaginaire collectif.
Selon lui, les cinq nouvelles qui constituent « Le temps des remords » s'ancrent principalement dans l'univers social et culturel congolais, ce qui amène à cerner l'attachement de l'auteur aux préoccupations majeures de son époque et sa sensibilité face aux mentalités infirmes, aux crises comportementales, humaines et sociales. « Le processus de fictionnalisation qui singularise davantage son oeuvre témoigne de sa capacité discrète d'observer la société, de l'interroger et de la soumettre à l'attention du lecteur sans commentaire ou jugement subjectif », a expliqué Rosin Loemba.
Au regard de ses nouvelles, Sylvain Elenga s'investit comme témoin oculaire de la société et s'engage dans la dénonciation de tout ce qui freine son développement à partir d'une plume acerbe engageante, et engagée. Comme dans « La blouse maculée » et « L'angoisse du dernier jour », la fiction est un prétexte qui lui permet de flétrir la gestion chaotique des centres hospitaliers, la cupidité de certaines infirmières qui finissent par transformer l'hôpital en un véritable marché noir de médicaments.
Prenant la parole à son tour, Sylvain Elenga a apporté quelques éclairages sur son travail, expliquant le choix du titre qui n'était pas seulement celui de la nouvelle éponyme, mais qui était la chute d'ensemble des cinq récits, chacun des personnages éprouvant à sa manière des remords au terme de ses actes. « Le temps ? Heureusement qu'il est là pour rapprocher les souvenirs des espérances, les fautes des repentances. L'ouvrage de Sylvain Elenga l'enseigne finement », rappelle le préfacier.
Quant à la tradition, l'auteur estime qu'elle ne détenait pas la solution à tous les maux, mais qu'elle constituait un ancrage précieux qu'il ne fallait pas négliger lorsqu'on cherche à résoudre les conflits. Après cette première oeuvre littéraire, Sylvain Elenga confirme son intention de continuer à écrire, car l'écriture est pour lui comme « une drogue dont on ne se défait pas ». Il a d'ores et déjà annoncé d'autres livres, nourri par sa poursuite de l'observation de la société.