Congo-Brazzaville: Projets pétroliers transfrontaliers dans le Graben Albertin - Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni interpellés

Des organisations de la société civile ont adressé une lettre ouverte au président de la République démocratique du Congo (RDC) et à celui de l'Ouganda, dans laquelle elles leur ont exprimé leurs préoccupations urgentes sur les projets transfrontaliers. Elles appellent à une transparence totale en vue de permettre à l'opinion, principalement à la population impactée et les structures qui l'accompagnent d'être informées sur ces projets et d'y apporter leurs points de vue.

Une conférence de presse tenue le 2 juillet, conjointement en RDC et en Ouganda, a donné l'occasion à la plateforme des Organisations non gouvernementales (ONG) Notre terre sans pétrole (NTSP) d'exprimer leur position portée dans une lettre ouverte adressée aux présidents de la RDC et de l'Ouganda, par rapport aux projets pétroliers transfrontaliers dans le Graben Albertin et la région du lac Albert, dont les discussions sont menées par les deux pays.

Relevant les conséquences néfastes des précédents projets sur l'environnement et la survie de la population impactée, elles ont fait par de leurs préoccupations de ces projets frontaliers que les deux pays décident de mener ensemble.

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Dans cette lettre signée par soixante-cinq ONG membres des coalitions NTSP et Stop Eacop à travers le monde, rendue publique lors de la conférence de presse en présentielle et en ligne, des critiques importantes sont faites et des préoccupations documentées sur les précédents projets pétroliers Tilenga, Kingfisher et Eacop concernant des violations des droits de l'homme, des déplacements forcés, des pertes des moyens de subsistance ainsi que des risques majeurs pour les ressources en eau et les écosystèmes dans la région des Grands Lacs.

« Les communautés vivant autour du lac Albert et de la rivière Semliki dépendent directement des écosystèmes pour leur survie, leurs activités de pêche et leur sécurité alimentaire. Le lac Albert constitue également un élément essentiel du bassin du Nil ; ce qui confère à cette région une importance stratégique pour les ressources hydriques régionales et l'équilibre écologique », ont averti ces organisations.

La transparence des accords exigée

Pour ces ONG, en effet, dans ce contexte toute avancée vers une expansion pétrolière transfrontalière sans transparence, sans débat public et sans consultation effective des communautés concernées constituerait une menace sérieuse pour les droits de la population locale et pour la protection des écosystèmes partagés. Elles estiment que les citoyens de la RDC et de l'Ouganda ont le droit de connaître les engagements pris en leur nom, de participer aux décisions susceptibles d'affecter leur avenir et de s'opposer aux initiatives qui menacent leurs droits, leur environnement ou leurs moyens de subsistance.

« Le développement d'un pays ne peut pas se faire dans le tâtonnement. S'ils n'ont rien à cacher, ils sont appelés à appliquer la transparence et de rendre publics ces accords signés entre la RDC et l'Ouganda », a indiqué Pascal Mirindi, le coordonnateur de la coalition NTSP. Il a invité particulièrement le gouvernement congolais à la responsabilité et au respect des textes en la matière. « Arrêtez ces négociations, au nom de la souveraineté », ont lancé Pascal Mirindi et Serge Ngimbi, de l'Initiative pour le développement local (Idel).

Les ressources naturelles de la région des Grands Lacs, ont fait savoir les ONG, ne peuvent être gérées derrière des portes closes ni au détriment des communautés qui vivent depuis des générations de ces territoires et de ces eaux. Face aux préoccupations relevées, elles ont carrément demandé aux gouvernements des deux pays de renoncer à tout projet d'expansion ou de développement de nouvelles activités pétrolières dans le Graben Albertin et les écosystèmes frontaliers du lac Albert, du lac Edouard et de la rivière Semliki.

Ils doivent rendre publics dans leur intégralité tous les accords signés entre les deux pays RDC lors de la dernière session tenue à Kampala, afin de garantir le droit des citoyens à l'information et à la transparence.

Il leur est également demandé de clarifier publiquement la nature, la portée et les implications des discussions en cours concernant le développement pétrolier dans le Graben Albertin. La RDC et l'Ouganda devront aussi garantir des consultations effectives, inclusives et transparentes avec les communautés concernées avant toute décision relative aux ressources naturelles transfrontalières; publier des évaluations indépendantes d'impacts environnementaux, sociaux et climatiques des projets pétroliers existants ainsi que de toute expansion envisagée, et les rendre accessibles au public ; et d'assurer la protection des écosystèmes fragiles du lac Albert, du lac Edouard, de la rivière Semliki et du Parc national des Virunga.

Ces organisations encouragent, par ailleurs, les deux gouvernements à privilégier des approches qui renforceront les moyens de subsistance de la population, protègent les écosystèmes aquatiques partagés, soutiennent une gestion durable de la pêche et favorisent des solutions énergétiques répondant aux besoins de la population sans compromettre l'intégrité écologique du Graben Albertin.

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