Soudan: L'ONU lance une « alerte rouge » pour éviter un nouveau massacre à El Obeid

3 Juillet 2026

Il y a huit mois, El Fasher tombait après plus de 500 jours de siège. En l'espace de trois jours, près de 6 000 personnes étaient tuées dans ce dernier bastion gouvernemental du Darfour du Nord, dans l'ouest soudanais, tandis que des centaines de milliers d'habitants prenaient la fuite. Les témoignages faisaient état de massacres visant des communautés non arabes, de viols de masse et d'exécutions sommaires.

Aujourd'hui, les regards des Nations Unies se tournent vers El Obeid.

Capitale de l'État du Kordofan du Nord, cette ville stratégique du centre du Soudan est progressivement encerclée par des Forces de soutien rapide (FSR). La prise d'El Obeid ouvrirait aux paramilitaires l'accès à l'ensemble du Kordofan et renforcerait leur emprise sur les axes reliant le Darfour, à l'ouest du pays, et Khartoum.

Vendredi, le chef des droits humains de l'ONU, Volker Türk, a lancé une mise en garde, estimant que les habitants de la ville étaient soumis à des frappes de drones « incessantes ». Selon lui, un nouveau massacre à El Obeid peut encore être évité, à condition que la communauté internationale agisse sans attendre.

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« L'alerte rouge que nous lançons aujourd'hui n'est pas un exercice », a-t-il déclaré devant le Conseil des droits de l'homme, à Genève. « Les crimes commis à El Fasher étaient prévisibles. Mon bureau et moi-même avions lancé des avertissements à plusieurs reprises. Pourtant, rien n'a été fait pour les empêcher ».

Estimant qu'il est encore temps d'éviter le pire, le haut responsable demande aux chefs d'État et de gouvernement d'intervenir avant qu'il ne soit trop tard.

Une guerre devenue totale

La guerre civile a éclaté en avril 2023 dans la capitale soudanaise lorsque l'alliance entre le chef de l'armée, Abdel Fattah al-Burhan, et son ancien adjoint, Mohamed Hamdan Daglo, commandant des Forces de soutien rapide (FSR), a volé en éclats.

Ce qui n'était au départ qu'une lutte pour le pouvoir entre deux chefs militaires s'est progressivement transformé en l'une des plus graves catastrophes humanitaires de la planète.

Près de 30 millions de personnes ont aujourd'hui besoin d'une aide humanitaire. Plus de 10 millions ont été déplacées à l'intérieur du pays ou ont trouvé refuge à l'étranger, dont près de la moitié sont des enfants. Depuis l'été 2024, plusieurs régions sont officiellement frappées par la famine, tandis que les violences contre les civils se sont généralisées.

Le bureau de Volker Türk affirme avoir documenté, au cours des dernières semaines de juin, 15 frappes de drones contre El Obeid et ses environs, qui ont fait au moins 45 morts parmi les civils.

Selon lui, ces drones ont frappé « des marchés, des écoles, des stations-service, des infrastructures d'approvisionnement en eau et des véhicules civils ».

Pour les habitants, quitter la ville devient chaque jour plus difficile.

« Certaines personnes vendent leurs biens pour financer leur fuite. Mais pour beaucoup, le coût exorbitant du transport, combiné aux attaques contre les véhicules empruntant les routes de sortie, rend tout départ impossible », a expliqué le haut responsable.

Les enquêteurs de son bureau disent également avoir recueilli des informations faisant état d'exécutions sommaires, d'enlèvements, d'actes de torture, de violences sexuelles et de pillages le long des itinéraires empruntés par les personnes déplacées dans la région du Kordofan.

Une ville presque encerclée

El Obeid compte plus d'un demi-million d'habitants auxquels s'ajoutent au moins 100 000 personnes déplacées, dont beaucoup ont fui les combats au Darfour.

Selon les informations recueillies par les Nations Unies, les FSR contrôlent désormais toutes les routes menant à la ville, à l'exception de l'axe oriental. Des vidéos diffusées sur des comptes affiliés aux paramilitaires montreraient un important renforcement militaire autour d'El Obeid, en vue d'une offensive.

« Nous avons parlé avec des habitants de la ville. La peur est omniprésente », a déclaré Mona Rishmawi, membre de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Soudan.

Alors que les attaques contre les centrales électriques et les infrastructures d'approvisionnement en eau se multiplient, des hôpitaux, des marchés, des écoles et des quartiers résidentiels auraient également été touchés, faisant des victimes parmi les femmes et les enfants et perturbant les derniers services essentiels encore en fonctionnement.

© UNFPA / Sufian Abdulmouty La maternité d'El Obeid, dans l'État soudanais du Nord Kordofan, subit une pression croissante, alors que des dizaines de milliers de personnes ont fui la violence dans l'État voisin du Kordofan du Sud. Les organisations humanitaires constatent déjà les premiers effets de cette offensive.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) indique que le nombre de personnes nouvellement déplacées dans l'ensemble du Kordofan a augmenté de près des deux tiers en seulement trois mois. Plus d'une centaine d'épisodes de déplacements forcés ont été recensés en moins de neuf mois, soit un tous les deux à trois jours.

« Les familles sont déracinées plus vite que l'aide humanitaire ne peut leur parvenir », résume l'agence.

Depuis Port-Soudan, le chef de mission de l'OIM, Refaat Mohamed, estime que cette stratégie poursuit un objectif clair : vider les villes de leurs habitants avant de les conquérir.

Les agences humanitaires n'ont plus accès à El Obeid depuis deux mois. Selon les informations qui leur parviennent, les habitants manquent désormais d'eau, d'électricité et de carburant.

« Ils veulent partir, mais ils ne le peuvent pas », résume le responsable humanitaire. Une phrase qui résume, à elle seule, l'urgence de la situation.

Pour Volker Türk, empêcher qu'El Obeid ne connaisse le sort d'El Fasher constitue désormais un test de crédibilité pour la communauté internationale. « El Obeid est un cas d'école qui montre pourquoi l'usage du droit de veto devrait être limité », a-t-il déclaré, appelant le Conseil de sécurité à assumer sa responsabilité de prévenir les crimes de masse avant qu'ils ne soient, une fois encore, seulement documentés.

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