L'élection du prochain secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), prévue lors du sommet de novembre au Cambodge, dépasse largement la simple désignation d'un dirigeant. Pour la première fois depuis sa création, l'organisation rompt avec la logique du consensus pour instaurer une véritable compétition électorale entre quatre candidats, une évolution institutionnelle qui traduit la volonté de moderniser sa gouvernance.
Mais cette avancée procédurale ne saurait masquer les défis politiques auxquels l'OIF est désormais confrontée. La candidature de l'actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, intervient dans un contexte où les relations entre le Rwanda et la République démocratique du Congo restent profondément marquées par les accusations de soutien de Kigali aux groupes armés opérant dans l'est congolais. Cette situation place l'organisation dans une position délicate, tant sa crédibilité dépend désormais de sa capacité à apparaître comme un espace d'impartialité et de dialogue.
Les auditions organisées le 30 juin à Paris ont illustré la volonté de l'OIF de garantir une stricte neutralité : temps de parole identique, organisation minutieuse, suppression même d'une réunion ministérielle susceptible d'être interprétée comme une orientation du vote. Cette rigueur procédurale constitue une avancée, mais elle ne répond qu'en partie aux interrogations sur le rôle politique de l'institution face aux crises qui secouent son espace francophone.
Le duel politique, même indirect, entre une candidate rwandaise et une candidate congolaise, qui se trouve être la fille du résistant et grand panafricanisme Patrice Lumumba révèle surtout les limites actuelles de l'organisation. L'OIF ne peut plus se contenter de promouvoir la langue française, la coopération culturelle ou le développement économique. Elle doit également se doter d'instruments crédibles de prévention des conflits, de médiation diplomatique et de défense effective des principes qu'elle proclame : paix, démocratie, respect du droit international et solidarité entre ses États membres.
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Au-delà des trois personnalités africaines en compétition incarnées par la mauritanienne Coumba BA, cheval de Troie de Nouakchott, la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui veut briguer un troisième mandat et la Congolaise Juliana Amato Lumumba, cette élection constitue donc un test pour l'avenir même de la Francophonie. La réforme engagée du mode de désignation du secrétaire général doit désormais s'accompagner d'une réforme plus ambitieuse de la gouvernance de l'organisation, de ses mécanismes de décision et de sa capacité à traiter les crises politiques qui opposent ses propres membres.
Bataille d'influence politico- diplomatique L'OIF dispose d'un réseau unique réunissant des pays d'Afrique, d'Europe, d'Amérique et d'Asie. Encore faut-il que cette diversité ne soit pas seulement un héritage linguistique, mais devienne un véritable levier diplomatique. À l'heure où les fractures géopolitiques traversent l'espace francophone, notamment entre Kigali et Kinshasa, la Francophonie est appelée à choisir entre une influence essentiellement symbolique ou une réforme qui lui permette enfin d'assumer pleinement son rôle d'organisation politique internationale.
A moins de cinq mois de l'élection, les tractations s'intensifient sur fond de bataille d'influence sans merci sur l'axe Kigali- Kinshasa. Nouakchott a fait bouger les lignes en poussant sa machine diplomatique plus loin pour s'affranchir d'un simple rôle de figuration. Selon des informations exclusives obtenues par Confidentiel Afrique, Paris et le Canada, deux puissances francophones sur l'échiquier international actionnent leurs leviers pour hisser la candidature Congolaise, pour des motivations géostratégiques.