Sénégal: Gestion durable de la sardinelle - Des acteurs militent pour un engagement collectif

Kaolack — La gestion durable de la sardinelle, poisson le plus consommé au Sénégal, nécessite un engagement collectif, compte tenu du caractère migratoire de cette espèce qui sert de trait d'union entre plusieurs pays de la sous-région ouest-africaine, estiment des experts et acteurs de la pêche traditionnelle.

L'importance de la sardinelle en termes de fourniture de protéines animales aux populations ouest-africaines n'est plus à démontrer, cette espèce étant considérée comme un pilier de la sécurité alimentaire et de l'économie des pays concernés, selon le président de la Confédération africaine des organisations africaines de la pêche artisanale (CAOPA), le Sénégalais Gaoussou Guèye.

M. Guèye a insisté sur le rôle de trait d'union que joue cette ressource entre les pays de la sous-région, dans un contexte de crise des pêcheries de sardinelles, liée à une surexploitation des ressources.

La gestion de la sardinelle, compte tenu du caractère migratoire de cette espèce, nécessite la mobilisation, l'engagement et la conjugaison des efforts de toutes les communautés, a ajouté le président de la Confédération africaine des organisations africaines de la pêche artisanale.

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Il a formulé une série de recommandations aux Etats membres de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP) que sont le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Sénégal et la Sierra Leone.

Aussi le président de la CAOPA recommande-t-il aux pays membres de Commission sous-régionale des pêches (CSRP), dont le Sénégal, de baser leurs plans d'aménagement sur des données scientifiques solides.

Il leur demande aussi d'assurer la transparence dans l'octroi des licences, la gestion et l'exploitation des ressources, et de donner une véritable place aux pêcheurs, aux femmes transformatrices et aux communautés dans les décisions concernant le secteur.

Outre le Sénégal, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie et la Sierra Leone sont les autres pays membres de la Commission sous-régionale des pêches.

Du point de vue du président de la CAOPA, les pays membres de la CSRP doivent s'engager dans des formes de valorisation de la sardinelle qui créent de la valeur ajoutée et consolident les emplois dans le secteur des pêches.

La Confédération africaine des organisations africaines de la pêche artisanale met en en oeuvre un projet dénommé "Sécuriser des accords d'accès équitables et justes à la pêche étrangère", en collaboration avec l'ONG environnementale Fauna et Flora international.

S'appuyant sur des données officielles, la CAOPA fait état d'une forte augmentation de l'effort de pêche sur les ressources de petits pélagiques côtiers au niveau de la sous-région ouest-africaine, notamment la sardinelle ronde, qui se trouve de fait "en situation d'effondrement".

Pour Pape Ibrahima Diaw, président de l'Association nationale des mareyeurs du Sénégal (ANAMS), par ailleurs membre du Comité de gestion du marché central aux poissons de Kaolack (centre), les petits pélagiques doivent faire l'objet d'une gestion particulière, parce que ce sont les produits les plus accessibles pour le consommateur.

"Les petits pélagiques doivent être davantage protégés, parce que le Sénégalais le moins nanti accède facilement à ces produits halieutiques. Malgré la rareté des ressources halieutiques et leur cherté sur le marché, le Sénégalais, quel que soit son revenu, peut se permettre de les consommer", a soutenu M. Diaw.

"L'Etat peut octroyer des licences de pêche à qui il veut, mais les petits pélagiques doivent être exclusivement réservés à la pêche artisanale. Surtout que notre pays veut atteindre l'autosuffisance alimentaire. Les petits pélagiques peuvent y contribuer largement", a fait valoir le président de l'ANAMS.

La sardinelle plate se positionne ces dernières années devant la sardinelle ronde, avec des débarquements de 234 000 tonnes en 2024 pour la première espèce, la seconde ne représentant que 6 % des captures totales de petits pélagiques dans la région nord-ouest de l'Afrique, selon des données du secteur.

Selon Coumba Ndofféne Diouf de la Direction des pêches maritimes (DPM) du Sénégal, la sardinelle faisant partie des stocks partagés du sud du Maroc à la Guinée-Bissau, sa gestion ne doit pas être isolée.

Mika Diop de la Commission sous-régionale des pêches a de son côté insisté sur le besoin et l'intérêt d'une gestion concertée des ressources de sardinelles, soulignant que l'excès d'effort de pêche déployé sur les ressources" est le fondement de la crise que traverse les pêcheries de sardinelles.

Fambaye Ngom Sow, biologiste des pêches à l'Institut sénégalais des recherches agricoles et au Centre régional océanographique Dakar-Thiaroye (ISRA/CRODT), note qu'au-delà du "poids économique et social des petits pélagiques, ces espèces jouent un rôle écologique".

Abordant les modes d'exploitation de ces ressources dans la pêche artisanale, la pêche côtière et la pêche industrielle, il a mis en relief la relation inverse entre l'effort de pêche sur les sardinelles et les débarquements de ces espèces.

La destruction des habitats critiques, la surexploitation des juvéniles, la surcapacité de pêche, les effets du changement climatique, la pêche INN (pêche illégale, non déclarée et non réglementée) et l'industrie de la farine de poisson comptent parmi les facteurs de crise des pêcheries de petits pélagiques côtiers dans l'espace CSRP.

Face à cette crise, Fambaye Ngom Sow a formulé des recommandations allant dans le sens de doter la recherche de fonds conséquents pour suivre et évaluer la ressource halieutique, élaborer et mettre en oeuvre des plans de gestion/aménagement à l'échelle sous-régionale.

Il préconise aussi la promotion de la surveillance participative et des pratiques de pêche durable.

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