Congo-Kinshasa: Fonds de la Banque mondiale destinés à la riposte contre Ebola - Le groupe Rawji au coeur des soupçons de corruption et surfacturation !

Des documents présentés comme versés au dossier judiciaire de l'affaire Alingete-Rawji relancent les interrogations sur la gestion de financements de la Banque mondiale destinés à la riposte contre l'épidémie d'Ebola en République Démocratique du Congo. Rhodes Massamba, journaliste d'investigation, analyse les éléments documentaires qu'il présente comme issus de l'enquête et évoque de présumés mécanismes de corruption, de surfacturation et de trafic d'influence autour d'un marché public portant sur la fourniture de motos destinées aux équipes engagées dans la lutte contre l'épidémie. Si les faits allégués demeurent soumis à l'appréciation des juridictions compétentes, l'auteur estime que ces éléments soulèvent de sérieuses interrogations sur l'utilisation des financements internationaux mobilisés en période d'urgence sanitaire et appelle à un examen approfondi des faits. In extenso, scrutez les analyses, appréciations et conclusions développées dans cette enquête engageant pleinement son auteur.

Exclusif : le groupe Rawji soupçonné de corruption et de surfacturation sur des fonds de la Banque mondiale destinés à la riposte contre Ebola

Des éléments issus d'un mémoire d'une agence européenne de lutte contre la cybercriminalité versés dans une enquête judiciaire en cours sur le Alingete-Rawji Gate relancent les interrogations sur l'utilisation de financements internationaux destinés à lutter contre l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo. L'agence avait été sollicitée par le chef de l'Etat pour établir l'authenticité de nombreux documents incriminant l'ancien IGF-Chef de service Jules Alingete et de nombreux cadres des entreprises du groupe Rawji. Elle lui a fait rapport le 19 juin dernier, en certifiant l'authenticité de tous les documents, mais en élargissant le spectre des documents par de nouvelles révélations sur les malversations touchant les personnes citées.

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Les soupçons portent notamment sur des faits présumés de corruption, de surfacturation et de trafic d'influence impliquant le groupe Rawji et certains responsables publics. Si ces allégations étaient établies par la justice, elles révéleraient un détournement de la vocation même de l'aide internationale : sauver des vies lors d'une urgence sanitaire majeure. Au-delà des personnes mises en cause, c'est la crédibilité des institutions congolaises et la confiance des partenaires internationaux qui sont désormais en jeu.

Parmi les pièces produites figurent plusieurs courriels internes de la société Prodimpex relatifs à un marché conclu en juin 2018 dans le cadre de la riposte contre l'épidémie d'Ebola. Ce marché, financé par la Banque mondiale à travers le Projet de développement du système de santé sous la référence PDSS-IDA55720-ZR, portait sur la fourniture de 143 motos Yamaha destinées aux équipes de lutte contre l'épidémie.

Des échanges internes détonants

Le contrat, d'un montant de 584 810 dollars hors taxes (678 379,60 dollars TTC), devait permettre une livraison immédiate afin de répondre à l'urgence sanitaire.

Mais ce sont surtout les échanges internes reproduits dans le dossier qui retiennent l'attention.

Dans un courrier électronique daté du 7 juin 2018 à 1:33 PM destiné à Adna Rawji, le directeur financier de Prodimpex explique qu'une commission de 500 dollars par moto aurait été négociée, soit un total de 71 500 dollars, dont la moitié devait être versée dès la signature du contrat et le solde à la réception des fonds de la Banque mondiale. Ce mail intègre un tableau expliquant l'opération et ses profits. En dessous de ce tableau, nous trouvons le nom de M Diop avec un numéro de téléphone +243 970 159 561, il s'agirait probablement du destinataire de la commission Il identifie également un bénéficiaire présumé de cette commission.

Quelques minutes plus tard, Adnan Rawji répond en validant l'opération et formule une recommandation qui constitue aujourd'hui l'un des éléments les plus sensibles du dossier.

Casser la concurrence par des commissions

Selon le courriel reproduit, il écrit notamment :

« Avez-vous essayé de réduire les commissions ou d'augmenter les prix ? Je sais que c'est urgent pour Ebola... Veuillez augmenter les prix maintenant en raison des besoins urgents. »

En réponse à ce courriel ci-dessus, M. Adnan Rawji reçoit un mail le 07/06/2018 envoyé à 12 :52 :00, expliquant la situation : « Cher Monsieur, merci pour votre aimable approbation. La commission a été négociée car initialement ils demandaient 700 $/ mais nous avons clôturé à 500 $/. Leur budget était de 3 800 $ maximum mais nous les avons portés à 3 900 $ par moto et CFAO a cité 2 800 $/ prétendant avoir des stocks. Juste pour éliminer la concurrence, nous avons accepté de leur payer une commission de 50 % à l'avance. À l'heure actuelle, notre dernier prix est de 4 000 $/ (TTC) par DT125 et le prix showroom est de 4 500 $/. Nous essaierons de l'augmenter jusqu'à 10 à 15 % dans la mesure du possible. »

Un mécanisme préoccupant

La réponse du directeur financier est tout aussi troublante.

Il explique que le prix de vente aurait déjà été porté à 3 900 dollars par moto, alors qu'un concurrent proposait un prix de 2 800 dollars, avant d'indiquer que l'entreprise tenterait encore d'augmenter ce prix de 10 à 15 %, tout en maintenant le paiement anticipé d'une commission destinée, selon le document, à éliminer la concurrence.

Ces éléments et leur contenu décrivent un mécanisme particulièrement préoccupant : l'exploitation d'une urgence sanitaire internationale non seulement pour accroître les marges commerciales, mais également pour intégrer dans le coût du marché des commissions susceptibles de fausser la concurrence.

L'enjeu dépasse largement le seul montant du contrat.

Les fonds mobilisés pour la lutte contre Ebola provenaient de financements internationaux destinés à sauver des vies. Ils avaient vocation à permettre une intervention rapide face à une épidémie meurtrière, et non à servir de levier pour d'éventuelles pratiques de corruption.

Dans tout État de droit, de tels éléments appellent des vérifications approfondies. On se souviendra de la condamnation en mars 2020 de l'ancien ministre de la Santé Oly Ilunga Kalenga et de son Conseiller Financier Ezechiel Mbuyi Mwasa à 5 ans de travaux forcés pour un détournement de 400.000 $, peine qu'ils ont purgée au centre pénitentiaire de Makala. Devrait-Il y avoir deux poids deux mesures ?

Protection des fonds publics internationaux

Il appartient désormais à la justice d'établir l'authenticité des documents, d'identifier les bénéficiaires des commissions évoquées et de vérifier si les règles applicables aux marchés financés par la Banque mondiale ont été respectées.

Cette affaire ne concerne pas seulement une entreprise ou quelques dirigeants.

Elle interroge la protection des fonds publics internationaux, la transparence des marchés passés en période d'urgence et la capacité des institutions congolaises à faire toute la lumière sur des faits d'une gravité exceptionnelle.

Car lorsqu'une épidémie devient, selon les documents produits au dossier, une variable de négociation commerciale et d'enrichissement illicite, c'est la confiance dans l'action humanitaire elle-même qui est mise à l'épreuve.

Au-delà de cette affaire, d'autres controverses sont apparues autour de PHC S.A. Des publications de presse, notamment le confrère Mills Tshibangu, ont évoqué des interrogations concernant le rôle attribué au groupe Rawji à travers Marsavco et à Jules Alingete, dans les tensions entourant l'actionnariat de cette entreprise stratégique. Ces analyses appellent à des investigations.

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