Afrique: Le cancer, priorité de santé publique - Les experts plaident pour une recherche souveraine

8 Juillet 2026

Réunis récemment à Rabat à l'occasion de Technovation 2026, un forum consacré aux grands enjeux de santé publique, des médecins, chercheurs et responsables associatifs venus du Maroc, de Tunisie, de Libye, du Sénégal, de France et des États-Unis ont dressé un constat commun : la lutte contre le cancer et les maladies liées au tabagisme doit désormais s'appuyer sur des données scientifiques produites et pensées depuis l'Afrique elle-même.

Le cancer, une urgence mondiale

Le professeur David Khayat, oncologue et ancien président de l'Institut national du cancer en France, a rappelé l'ampleur du défi : le cancer est devenu la première cause de mortalité dans le monde, et le nombre de nouveaux cas double environ tous les vingt ans selon l'Organisation mondiale de la santé. En France, un homme sur deux et une femme sur trois seront un jour touchés par la maladie. Au-delà du bilan humain, le poids économique est considérable, les traitements innovants comme l'immunothérapie ayant transformé plusieurs cancers en pathologies chroniques nécessitant une prise en charge sur plusieurs années.

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Le professeur Khayat a insisté sur un point souvent méconnu : seuls 5 % des cancers résultent d'une prédisposition génétique. La grande majorité découle de facteurs liés au mode de vie, alimentation, environnement, tabagisme, ce qui rend la prévention déterminante. Il a également rappelé que le tabac demeure, depuis plusieurs décennies, la première cause évitable de cancer dans le monde, et que ce sont les substances produites par la combustion, plus que le tabac lui-même, qui sont responsables de l'essentiel des dommages.

Selon Khayat, l'immense majorité des causes de cancer sont liées à nos habitudes de vie, et donc potentiellement évitables : on peut les prévenir, les améliorer. La prévention est donc obligatoire, et il faut lutter efficacement contre le tabagisme mais pas en suivant les seules règles proposées par les épidémiologistes et les responsables de santé publique, car cela ne fonctionne pas. Il faut trouver d'autres façons de lutter contre le tabagisme.

Le spécialiste a par ailleurs relativisé plusieurs idées reçues. Ce n'est pas la nicotine qui est responsable des cancers liés au tabagisme mais c'est plutôt la combustion. Mais comment la fumée de tabac, provoque-t-elle le cancer ? La fumée de tabac contient en effet 6 000 à 7 000 molécules et des particules ultra-fines, dont une centaine sont considérées comme potentiellement cancérigènes, et une quatre-vingtaine d'entre elles le benzène, par exemple, sont réellement cancérigènes.

Puisque l'on sait que le tabac est la première cause de cancer, que peut-on faire ? La première tentation serait l'interdiction. Aux États-Unis, la prohibition de l'alcool dans les années 1920, un autre grand cancérigène ; a échoué : elle a favorisé le développement de mafias et de marchés illicites, au point d'être abandonnée en 1933. C'est la même chose aujourd'hui en France, où le prix du paquet a dépassé 12 euros : on assiste à un trafic de cigarettes phénoménal, et les douanes rapportent régulièrement la saisie de cigarettes de contrebande venues de Chine ou d'ailleurs. La prohibition ne fonctionne pas, et augmenter les prix n'a pas fonctionné non plus, il faut trouver d'autres solutions.

Une souveraineté sanitaire africaine à construire

Lors d'un panel consacrée à la gouvernance de la santé publique en Afrique, plusieurs intervenants dont la Dr Imane Kendili (Maroc), le Pr Amen Allah Messaadi (Tunisie), le Dr Mohammed Benkhayal (Libye) et le Dr Samba Cor Sarr (Sénégal), ont plaidé pour que les politiques sanitaires du continent s'appuient davantage sur des données produites localement plutôt que sur des modèles importés.

Pour la Dr Kendili, présidente de l'organisation African Global Health, il ne s'agit pas de s'isoler du reste du monde, mais de développer une capacité scientifique propre au continent, capable de refléter ses réalités épidémiologiques, culturelles et sociales. Le Dr Sarr a de son côté souligné qu'il ne pouvait exister de souveraineté sanitaire durable sans souveraineté scientifique, citant les efforts en cours au niveau continental pour développer la production locale de médicaments essentiels.

Le Pr Messaadi, spécialiste de la réanimation des grands brûlés, a pour sa part rappelé que le tabagisme reste un facteur aggravant dans de nombreuses pathologies, notamment les plaies chroniques et les complications du pied diabétique, un enjeu de santé publique majeur sur le continent. Il a plaidé pour que les experts africains produisent davantage de données propres à leurs populations plutôt que de s'appuyer uniquement sur des études menées ailleurs.

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