Congo-Brazzaville: Patrick Valery Alakoua - « Le pays se dote d'un outil de pilotage statistique de précision »

interview

Un atelier de consultation des utilisateurs de la troisième édition de l'enquête sur l'emploi et le secteur informel au Congo (Eesic) se tient du 6 au 10 juillet à Brazzaville, dans le cadre du projet Harmonisation et amélioration des statistiques en Afrique de l'Ouest et du centre (Hiswaca). Ces échanges devront déboucher sur la mise en place d'un Système d'information sur le marché du travail (Simt) performant. Dans une interview exclusive avec Les Dépêches de Brazzaville, le coordonnateur national du projet Hiswaca, Patrick Valery Alakoua, revient sur cette évolution et l'apport du projet qu'il dirige.

Les Dépêches de Brazzaville(L.D.B.) : Le projet Hiswaca finance aujourd'hui un atelier crucial de consultation des utilisateurs pour l'Eesic-T. Quel est le sens profond de l'engagement de votre projet dans cette activité ?

Patrick Valery Alakoua (P.V.A.) : Le sens de notre engagement est simple: on ne peut pas piloter l'économie ou concevoir des politiques de l'emploi efficaces à l'aveugle. L'élaboration de politiques publiques pertinentes repose entièrement sur la disponibilité d'une statistique fiable, pertinente et actualisée.

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Le rôle fondamental du projet Hiswaca, financé avec l'appui de la Banque mondiale, est de moderniser les systèmes statistiques nationaux et d'accélérer la production statistique de qualité. En finançant cet atelier, Hiswaca s'assure que les futurs outils de collecte de l'Institut national de la statistique (INS) répondront exactement aux besoins réels des décideurs, des partenaires sociaux et des chercheurs. C'est un investissement direct pour une prise de décision fondée sur des données probantes.

L.D.B. : Concrètement, qu'est-ce que l'Eesic va apporter de nouveau par rapport aux enquêtes que le Congo a connues par le passé ?

P.V.A. : C'est une véritable révolution dans la production de la statistique du travail au Congo. Jusqu'à présent, nous menions des enquêtes ponctuelles, parfois séparées de plusieurs années. Le grand changement, c'est la trimestrialisation. Grâce à ce nouveau format, nous allons pouvoir capter les variations saisonnières du marché du travail et de l'économie informelle. De plus, cette enquête intègre les toutes dernières normes internationales des Conférences internationales des statisticiens du travail (CIST). Cela va nous permettre de produire une statistique robuste, comparable au niveau international, avec un focus très marqué sur l'emploi des jeunes et la sous-utilisation de la main-d'oeuvre.

L.D.B. : Vous insistez beaucoup sur l'appui constant du projet Hiswaca. Comment s'est matérialisé cet accompagnement auprès de l'INS pour cette opération précise ?

P.V.A. : Notre appui est permanent et s'inscrit dans la durée. Il faut rappeler qu'une enquête d'une telle envergure nécessite une base solide. Le Congo a réalisé son cinquième Recensement général de la population et de l'habitation en 2023, ce qui a fourni une nouvelle base de sondage nationale.

Dès que l'INS a sollicité l'appui technique du Bureau international du travail (BIT) pour concevoir cette enquête trimestrielle, Hiswaca s'est mobilisé pour garantir le déploiement des ressources nécessaires. Nous finançons cet atelier de consultation en amont de l'enquête pilote, et nous continuerons d'accompagner l'INS tout au long du processus technique et de collecte. C'est une synergie exemplaire entre le ministère en charge de la statistique, l'INS, le BIT, la Banque mondiale et notre unité de gestion de projet.

L.D.B. : Un des grands objectifs à terme est d'alimenter le Simt. En quoi est-ce une priorité stratégique ?

P.V.A. : Le Simt a besoin d'une source statistique régulière et pérenne pour fonctionner. On ne peut pas alimenter un système d'information dynamique avec des données figées dans le temps. L'Eesic sera le carburant principal de ce dispositif. En fournissant des indicateurs trimestriels sur l'emploi, le chômage et le secteur informel, elle va permettre de suivre l'impact réel des politiques de l'emploi et d'ajuster les actions publiques presque en temps réel.

L.D.B. : Un dernier mot à l'endroit des utilisateurs et des acteurs du marché du travail qui participent à cet atelier ?

P.V.A. : La précision des chiffres de demain dépend de notre mobilisation aujourd'hui. C'est le moment pour chacun d'exprimer ses besoins. Notre projet est totalement engagé sur le terrain pour que le Congo ait enfin une boussole ultraprécise pour créer des emplois et soutenir l'économie nationale.

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