Dans le cadre du neuvième sommet annuel Mining on top Africa, en deux journées intenses de négociations, de stratégies et de dialogues axés sur des solutions, Paris vient de réunir des hauts responsables gouvernementaux, des dirigeants miniers, des financiers, des innovateurs et des partenaires au développement. Le Congo a été représenté par son ministre des Industries minières et de la Géologie, Urbain Fiacre Opo.
Le sommet s'est tenu les 7 et 8 juillet sur le thème "Sécuriser l'avenir minier de l'Afrique : souveraineté, durabilité et partenariats globaux", dans un contexte où le secteur minier africain se trouve à un moment charnière. La quête de souveraineté minérale - moteur d'industrialisation, de création d'emplois et de résilience économique - se heurte à la course mondiale aux minéraux critiques nécessaires à la transition énergétique. Il est établi d'ores et déjà que l'issue déterminera le rôle du continent dans l'économie de demain.
La session d'ouverture a réuni des acteurs institutionnels et privés du secteur minier autour de la question du partenariat et de la souveraineté des ressources en Afrique autour du sous-thème "Bâtir des partenariats pour un secteur minier responsable en Afrique".
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Les intervenants ont émis le voeu de formaliser une doctrine de "mine responsable, inclusive et exigeante" comme cadre de référence commun aux acteurs du secteur. Dans le cadre de la finance/structuration, encourager un modèle de sponsoring conçu comme investissement stratégique dans une vision sectorielle plutôt qu'un financement événementiel classique. Et en ce qui concerne un éventuel projet spécifique à réaliser, prioriser les initiatives de transformation locale des ressources minières (au-delà de l'exportation) pour renforcer la souveraineté minière africaine.
« L'Afrique n'est pas la périphérie mais se trouve au centre de la transformation minérale mondiale », a confié Jean-Claude Guillaneau, responsable du développement sur les marchés internationaux. Et Jean-Luc Assi, homme politique ivoirien, de préciser que « les sponsors n'investissent pas seulement dans un événement, ils investissent aussi dans une vision ... C'est cette vision d'une mine responsable, inclusive et exigeante qui nous réunit ».
Du point de vue des engagements, à une échéance non précisée, la Société pour le développement minier de la Côte d'Ivoire s'est engagée à poursuivre sa dynamique de modernisation et de performance et activement dans les réflexions sectorielles.
Lors de la table ronde ministérielle et de haut niveau à laquelle est intervenu le ministre congolais, "De la propriété des ressources au pouvoir économique - La vision de l'Afrique pour la souveraineté minérale et la croissance durable", il a été question, entre autres, de prioriser la maîtrise des données géologiques et la formation des cadres nationaux pour piloter soi-même la recherche minière.
Le ministre Edy Ould Zeine, panéliste à cette table ronde, a présenté une stratégie mauritanienne fondée sur la confiance des investisseurs plutôt que sur l'imposition légale, portée par un doublement prochain de la production électrique propre et un code minier concerté.
Son homologue Urbain Fiacre Opo a détaillé le potentiel congolais (Phosphates, fer, potasse) encore sous-exploité faute d'infrastructures, ainsi que les grands projets d'intégration régionale (Routes, ponts, énergie via le barrage d'Inga, port de Pointe-Noire). Avec une maîtrise parfaite de sa présentation, il a expliqué qu'à l'heure actuelle, dans le secteur minier congolais, « il faut extraire, évacuer, transformer », invitant les investisseurs potentiels « à visiter le Congo pour nous aider à libérer ce potentiel dormant ».
Nécessité de maîtriser les données géologiques et de former les cadres locaux
Les deux ministres ont convergé sur la nécessité de maîtriser les données géologiques, de former les cadres locaux, de renforcer le contenu local via des obligations légales de transformation, et de contester les indicateurs Doing Business jugés inadaptés au contexte africain. L'enjeu pour l'action : transformer le potentiel minier dormant en infrastructures et capacités de transformation locale effectives.
Construire la souveraineté minière par la confiance et l'action plutôt que par la seule voie législative en Mauritanie. Au Congo, accélérer les infrastructures régionales de transport et d'énergie (Routes, ponts, port de Pointe-Noire) pour libérer le potentiel minier enclavé; imposer par le code minier une part de transformation locale du brut, appuyée par des fonds communautaires séquestrés et gérés localement; réviser les indicateurs internationaux (Type Doing Business) jugés non représentatifs de la réalité des affaires en Afrique. Ils ont préconisé réviser les indicateurs de notation type Doing Business en concertation avec les pays africains, sur la base de visites de terrain plutôt que de données sommaires.
En ce qui concerne les finances, il est question de généraliser les fonds communautaires en compte séquestre géré localement, adossés aux conventions minières, pour financer le développement des zones d'exploitation. Et puis, en guise de projet spécifique, accélérer les corridors d'intégration régionale prioritaires - pont route-rail Congo-République démocratique du Congo, routes vers le Cameroun et le Gabon, et l'apport énergétique du barrage d'Inga (Besoin estimé à 3000 MW pour le Congo). Au Congo, une mise en production d'une seconde société de potasse d'ici à la fin de cette année. Du côté de la République islamique de Mauritanie, doublement de la production d'électricité (énergie propre) d'ici à deux ans.
D'autres tables rondes ont suivi, suscitant le même réel intérêt de comprendre ou d'apporter des contributions à propos du programme concernant la facilité africaine de soutien juridique dont la mission est de doter les États africains d'un cadre légal solide pour transformer leurs richesses minières en valeur réelle face aux acteurs du secteur.
Il a été question de parler également du financement de l'avenir minier de l'Afrique. Ce panel a exploré les tensions entre nouvelle souveraineté minière africaine et certitude politique nécessaire au financement des projets.
Lors de la discussion au coin du feu, le modèle ivoirien a été évoqué : du succès de l'exploration au prochain pôle minier de l'Afrique de l'Ouest. Cette discussion a mis en lumière la transformation du secteur minier ivoirien en une décennie : multiplication par dix des investissements et par quatre de la production d'or entre 2014 et 2024, portée par un code minier révisé et un cadastre dématérialisé. Seydou Coulibaly a présenté le potentiel géologique du pays (Fer, nickel, bauxite) et le positionnement de la Côte d'Ivoire comme futur pôle minier régional, incarné par le salon Sirexe en novembre.
S'en est suivie celle sur les infrastructures et énergies renouvelables : alimenter la croissance et la durabilité de l'exploitation minière africaine, session qui a permis d'examiner le lien entre infrastructures, énergie et viabilité des projets miniers africains avec une discussion au coin du feu sur la vision minière en Guinée : Simandou.
Les participants ont abordé la problématique de l'investissement dans la chaîne de valeur des minéraux critiques en Afrique : stratégie et programmes européens -Vision des investisseurs européens pour le développement de l'Afrique.
Cette session a présenté l'architecture européenne de soutien à la chaîne de valeur des minéraux critiques en Afrique pour un renforcement de capacités et investissement dans plusieurs pays d'Afrique australe et de l'Est. Elle a permis de souligner l'urgence pour l'Europe de rattraper son retard face à la Chine, misant sur l'intelligence artifcielle pour accélérer l'exploration. L'enjeu pour l'action : transformer ces instruments financiers et partenariats en projets bancables concrets sur le terrain africain.
De l'avis unanime de tous les participants et compte tenu des recommandations retenues, Paris vient d'offrir un cadre idéal ayant constitué un point de rencontre entre l'ambition africaine et l'opportunité européenne pour forger des partenariats durables et façonner un avenir plus équilibré, fondé sur les ressources.