Manque de personnel, mutations, pression des réseaux sociaux, relations avec les parents et usage des smartphones : le président de l'United Deputy Rectors and Rectors Union et représentant des Chefs d'établissements des collèges d'État, Vikash Ramdonee estime qu'il est temps de s'attaquer aux problèmes de fond qui fragilisent les collèges d'État.
∎ Ces derniers mois, plusieurs collèges d'État se sont retrouvés au coeur de polémiques, de lettres anonymes, de plaintes ou encore de campagnes sur les réseaux sociaux. Que révèle, selon vous, cette multiplication des conflits ?
Ce que l'on voit aujourd'hui n'est que la partie émergée de l'iceberg. De nombreux autres cas existent dans les collèges d'État sans être rendus publics. L'absence de médiatisation ne signifie pas l'absence de problèmes. Aujourd'hui, même des influenceurs s'en prennent aux responsables des établissements, alors que nous avons le sentiment de manquer de soutien de la part des autorités.
L'une des principales difficultés demeure le manque criant de personnel administratif. Le fait que cette question n'ait pas été prise en compte dans le dernier Budget soulève des interrogations sur la volonté réelle de donner aux établissements les moyens de fonctionner correctement.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
L'enseignement est une mission noble qui exige des compétences, mais aussi un sens élevé des responsabilités, de l'éthique et de l'intégrité. Concernant les lettres anonymes, cette pratique est difficilement défendable, car elle affaiblit la crédibilité des dénonciations. Cela ne signifie toutefois pas que certains comportements soient acceptables. La communication interne doit rester simple, efficace et adaptée aux réalités du terrain. Le ministère doit également renforcer le dialogue avec les syndicats.
Enfin, chacun doit assumer ses responsabilités, y compris les médias et les réseaux sociaux. Informer exige rigueur et vérification des faits. Une information inexacte peut détruire une réputation, alimenter les rumeurs et causer des préjudices importants. Les réseaux sociaux ne devraient pas relayer des accusations sans avoir obtenu la version des personnes concernées ou du ministère.
∎ Estimez-vous que les recteurs sont devenus des boucs émissaires ? Est-ce le signe d'un malaise entre les directions, les enseignants, les élèves et les parents, ou d'un problème plus structurel dans la gestion des collèges ?
Il s'agit avant tout d'un problème structurel qui n'a été traité ni par les précédents gouvernements ni par l'actuel. Ce malaise ne pourra pas être résolu par de simples ajustements administratifs. Il exige une réforme en profondeur de la gouvernance des établissements scolaires.
On compare souvent les collèges d'État aux établissements privés, mais cette comparaison est injuste.
Les recteurs du public ne disposent pas de la même autonomie de gestion. La précarité de certaines fonctions administratives et les mutations fréquentes fragilisent la continuité des projets éducatifs. Un recteur devrait pouvoir rester plusieurs années dans le même établissement afin d'assurer la stabilité, de mettre en oeuvre sa vision et de prendre des décisions en toute indépendance. Les recteurs deviennent pourtant les premiers responsables de tous les dysfonctionnements, alors qu'ils ne disposent ni des moyens ni de la marge de manoeuvre nécessaires. Les élèves sont, au final, les premières victimes d'un système qui peine à évoluer.
L'école est le reflet de la société. Les jeunes reproduisent les comportements qu'ils observent chez les adultes. Nous ne pouvons pas leur demander discipline, ponctualité et respect si nous ne montrons pas nous-mêmes l'exemple.
Le contexte social complique davantage la situation. Les familles traversent des difficultés, le métier d'enseignant perd de son attractivité et certains exercent sans réelle vocation. Les enseignants dénoncent également des conditions salariales peu motivantes. Par ailleurs, certains parents n'hésitent plus à agresser verbalement des enseignants ou des recteurs, voire à les exposer dans les médias, sans véritable réaction des autorités. Au final, c'est toujours le recteur qui est tenu responsable.
Notre syndicat est favorable à l'intégration des technologies lorsqu'elles servent les apprentissages. En revanche, nous estimons que les smartphones constituent aujourd'hui l'un des principaux problèmes dans les collèges. Nous défendons une interdiction des téléphones en classe. L'idée de simplement contrôler leur usage a montré ses limites. Pendant que le débat se poursuit, les cas de cyberharcèlement, de distraction et d'utilisation abusive des réseaux sociaux continuent de se multiplier. Il est temps d'adopter des règles claires pour garantir un environnement propice à l'apprentissage.
∎ Vous évoquez un manque de soutien du ministère de l'Éducation et une fonction devenue de plus en plus difficile à exercer. Quelles sont les principales difficultés auxquelles les recteurs sont confrontés aujourd'hui, et quelles mesures urgentes faudrait-il mettre en place pour rétablir un climat serein dans les collèges ?
Le recrutement d'enseignants s'est amélioré, mais un collège ne peut fonctionner efficacement sans un personnel administratif suffisant. Ce personnel est indispensable à la gestion quotidienne et permet aux recteurs et aux enseignants de se consacrer pleinement à leur mission éducative.
Les collèges d'État ne bénéficient pas toujours du même niveau de soutien que certains établissements non étatiques, pourtant eux aussi financés par l'argent public. Dans plusieurs collèges, il n'y a ni recteur adjoint, ni secrétaire, ni Section Leaders. À cela s'ajoutent des infrastructures souvent dégradées et des équipements insuffisants.
La question de la mixité dans les académies mérite également une évaluation objective. Plusieurs acteurs du terrain estiment que les problèmes de discipline se sont accentués, sans amélioration significative des résultats scolaires. Si la mixité est un choix éducatif pertinent, elle doit être appliquée de manière équitable à tous les établissements concernés et non uniquement aux collèges d'État. Notre syndicat refuse toute politique éducative à deux vitesses.
Enfin, il est difficile de parler de transformation numérique, d'innovation pédagogique ou d'excellence lorsque les besoins les plus élémentaires ne sont pas couverts. Investir dans l'éducation ne consiste pas uniquement à réformer les programmes. Il faut aussi garantir des ressources humaines suffisantes, des infrastructures adaptées, des équipements modernes et une communication constante avec les établissements. Sans ces conditions, les réformes resteront des intentions plutôt qu'une réalité sur le terrain.