Le 9 juillet 2024, deux figures de la société civile guinéenne disparaissaient sans laisser de trace, enlevés en pleine nuit à Conakry par des hommes armés : le coordinateur du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), Foniké Menguè, et son responsable de la mobilisation, par ailleurs coordinateur national de Tournons la page Guinée, Mamadou Billo Bah. Alors que ni le lieu de leur détention, ni même le fait qu'ils soient toujours en vie n'ont pu être confirmés, aucune enquête indépendante n'a permis de les retrouver. Quant aux autorités, elles continuent de nier les retenir en détention. Retour sur une disparition devenue l'un des dossiers les plus sensibles de la transition guinéenne.
Le début de l'affaire est connu : le 9 juillet 2024, vers 23 heures, des hommes cagoulés et lourdement armés font irruption au domicile de Foniké Menguè, dans la capitale de Guinée. Le coordinateur du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) - un regroupement civique créé en 2019 contre une révision de la Constitution - est emmené avec Mamadou Billo Bah et un troisième militant, Mohamed Cissé. Ce dernier est relâché le lendemain. À sa sortie, il affirme que les trois hommes ont été conduits sur l'île de Kassa, où ils auraient été interrogés et torturés avant d'être séparés. Depuis, plus aucune nouvelle de Foniké Menguè ni de Mamadou Billo Bah.
Dès le mois de juillet 2024, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a demandé aux autorités guinéennes de révéler leur lieu de détention ou de les traduire en justice.
« Deux ans après, personne n'a été entendu »
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Deux ans plus tard, aucun juge d'instruction n'a encore été désigné pour enquêter sur leur disparition, alors que les autorités continuent de nier toute implication.
En France aussi des démarches ont été menées dès 2024. Les épouses des deux militants y ont déposé une plainte pour disparition forcée, visant notamment Mamadi Doumbouya, au pouvoir depuis un coup d'État en septembre 2021 et officiellement élu président en décembre 2025.
Sekou Koundouno, l'un des responsables du FNDC joint par Florence Morice, souligne : « Nous savons tous dans quelles conditions [Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah] ont été enlevés à leur domicile. Deux ans après, personne n'a été entendu, aucun avocat n'a été consulté, les familles n'ont pas été consultées. Cela prouve à suffisance que c'est Mamadi Doumbouya et son clan qui les ont enlevé et qui les détiennent. Il faut donc lui dire de les libérer, ainsi que tous les autres leaders et citoyens qui ont été enlevés dans les mêmes conditions, afin que ceux-ci puissent recouvrer leur liberté et retrouver leurs familles respectives ».
Sur l'annonce par les autorités d'une procédure judiciaire, Sekou Koundouno réplique : « C'est du pipeau. Le procureur près de la Cour d'appel de Conakry le sait mieux que n'importe qui : aucune enquête ne peut être menée. Parce que les témoignages des riverains, mais aussi des familles et de ceux qui ont assisté à ces enlèvements en font foi : la seule responsable, c'est une milice qui a été mise en place par Mamadi Doumbouya, entretenue par les hommes du général Balla Samoura et du commandant Dantili Moriba Keïta alias "Kilo" ».
Une « épidémie d'enlèvements » en Guinée depuis 2024
Pour Tournons la page (TLP), le sort de Foninké Menguè et Mamadou Billo Bah est emblématique d'une tendance plus large. Dans un rapport publié il y a quelques jours, le réseau dénonce une « épidémie d'enlèvements » en Guinée depuis 2024, dans un climat d'« impunité ».
Les familles de Foniké Menguè et de Mamadou Billo Bah, l'ONU, Human Rights Watch, Amnesty International et plusieurs organisations guinéennes, qui dénoncent leur « disparition forcée », continuent d'appeler à faire toute la lumière sur leur sort.