09 juillet 2011 - 09 juillet 2026, la plus jeune nation, ou plutôt le plus jeune des 54 États africains à accéder à la souveraineté nationale commémore, disons plus exactement, se souvient de sa date d'indépendance.
Se souvient... et puis plus rien... pas de célébration, encore moins jubilation. Sauf erreur ou omission, il n'est même pas prévu que le président par défaut, Salva Kiir, s'adresse aux populations. Et pour cause ! Le coeur d'aucun Soudanais n'est à la fête, préoccupés qu'ils sont tous par le désastre innommable des espoirs déçus de l'indépendance de leur pays.
Tout le contraire de la grande euphorie et de enthousiasme populaire qui inondèrent les rues, les gargotes et les chaumières de Juba, la capitale, et les autres localités du pays le 9 juillet 2011. En effet, après 6 bonnes années d'autonomie consécutive aux accords de paix de 2005 signés avec les autorités de Khartoum sous l'égide des Nations unies, le Soudan du Sud proclamait son indépendance.
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De territoire autonome à État indépendant, c'est un véritable arc-en-ciel d'espoirs qui illuminait l'horizon de ce nouveau pays riche de sa ressource humaine, de sa culture, de son pétrole, de son gaz, de son or, de son phosphate et des nombreuses promesses de capitaux d'investisseurs privés, d'institutions financières multilatérales comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la Banque africaine de développement, etc. Au propre comme au figuré, le village planétaire avait applaudi la naissance de ce nouvel État, illustration parfaite du double sacrosaint principe fondateur de l'ONU : la liberté des peuples à l'autodétermination dans un monde de paix garantie par le droit international.
Que ce fut long pour les peuples du Soudan du sud, majoritairement animistes ou chrétiens, noyés, marginalisés ou violentés selon les circonstances par un Soudan globalement musulman et de culture arabo-berbère. Émancipé du colonisateur britannique dès janvier 1956, le plus vaste pays africain d'alors sur plus de 1,8 million de kilomètre carré n'a jamais réussi à créer des institutions capables de fédérer ses populations depuis les embouchures du Nil au nord aux hauts plateaux plus au sud, proches de ses sources.
Cette mosaïque de peuples reste aussi un concentré de problèmes identitaires que les faiblesses d'un État trop centralisé mais pas assez unitaire allaient aggraver. C'est connu, de 1956 à nos jours, le Soudan a connu 20 tentatives de coup d'État, le record en Afrique et les 7 qui ont vu des changements à la tête du pays sont loin d'avoir été des modèles de bonne gouvernance : le Soudan a ainsi vu défiler à sa tête des dictateurs fascistes comme Gaafar el Nimeiry, des cheiks intégristes de la trempe d'Hassan El Turabi, ou encore des nationalistes suprématistes arabo-musulmans notamment Omar el Béchir.
Les difficultés persistantes des gouvernements de Khartoum à créer et à entretenir le sentiment national, notamment l'imposition de la Charia dans tout le pays en 1983, vont finir par légitimiser aux yeux de la communauté internationale la rébellion sécessionniste dans le Sud du pays. D'abord dirigé par John Garang, puis par Salva Kiir et Reik Machar, le SPLM/A, Mouvement de libération du peuple soudanais, s'est affirmé comme la voix des populations du Sud- Soudan, victimes de l'absence d'État ou du trop d'un État répressif .
Après des décennies de lutte, c'est véritablement sur un grand matelas de capital confiance des populations du Sud et d'une bonne partie de la communauté internationale que les ex-rebelles du SPLM/A ont proclamé l'indépendance du Soudan du Sud. Un Capital confiance vite dilapidé dans la mauvaise gouvernance, le choc des ambitions personnelles, les relents communautaristes notamment entre les communautés Dinka du président Salva Kiir et Nuer du vice-président Riek Machar. Par ailleurs, la guerre civile au nord entre les Forces de soutien rapide du général Hameti et les présumées troupes de l'armée régulière d'Al Burham a accentué les difficultés économiques au Soudan du Sud. Par exemple, ses exportations du pétrole, principale source de ses revenues, sont grandement perturbées.
Bref, c'est un cocktail de problèmes politiques - arrestation et destitution du vice-président Riek Machar et de 7 autres cadres de son parti - mais aussi de difficultés économiques - depuis 2 ans les salaires des fonctionnaires sont irrégulièrement payés - sans oubliés les fractures dans l'armée qui a amené à une nouvelle guerre.
L'indépendance et les "retrouvailles" entre communautés culturellement plus proches n'ont pas produit les résultats escomptés. Le sentiment d'appartenance à une communauté de destin à même de booster un patriotisme centripète de cohésion sociale, d'unité nationale reste en deçà des attentes. Cela explique une lune de miel de courte durée entre les leaders politiques et la transition vers des élections pluralistes qui s'est brouillée dans une nouvelle guerre. Ainsi, bien que retenu prisonnier à Juba, la capitale, les partisans de Riek Machar revendiquent la conquête des villes de Leer et d'Ākobo.
Déchiré par la guerre civile, le Soudan du Sud n'avait donc pas la tête ni le coeur à célébrer l'anniversaire de cristal d'une indépendance synonyme d'espoirs perdus. Eh oui, le Sud- soudanais lambda ne sait plus à quel leader politique se vouer. Pourtant pas moins que le Souverain Pontife avait fait fort dans le symbole par un baiser des pieds de Salva Kiir et Riek Machar, les appelant à un sursaut de vertus républicaines pour épargner leur pays des déchirures récurrentes. C'était à l'occasion d'une visite officielle à Juba, en février 2023. C'est à croire que le Pape François et les multiples facilitateurs avant et après lui ont prêché ou prêchent dans le désert.