Sénégal: Nouvel échec des négociations Etat-front syndical - Le code de la sécurité sociale, nouveau point d'achoppement

10 Juillet 2026

Le dernier round des négociations entre le gouvernement et le Front syndical pour la défense du travail (FSDT) n'a débouché sur aucun compromis. Conviés, jeudi 9 juillet, à une réunion d'échanges sur le climat social au ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public, les responsables syndicaux ont campé sur leurs positions.

En revanche, si un début de convergence s'est dessiné sur le dossier des licenciements, la suppression du « collège des représentants » dans le nouveau Code de la sécurité sociale a cristallisé à nouveau les tensions, renvoyant une nouvelle fois dos à dos le ministre et ses partenaires sociaux.

Le dialogue social est une nouvelle fois dans l'impasse. Malgré plus de trois heures de discussions et les appels répétés du gouvernement à différer la grève générale annoncée pour le 10 juillet, le Front syndical pour la défense du travail (FSDT) n'a pas fléchi. Lors d'un point de presse organisé hier, jeudi 9 juillet à l'issue cette rencontre, le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public, Mamadou Lamine Dianté, a tenté de démontrer que l'État avait fait preuve d'ouverture, tout en renvoyant désormais la responsabilité du dossier à l'Assemblée nationale.

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D'emblée, le ministre a rappelé que la rencontre faisait suite à des « instructions des plus hautes autorités du pays » afin de comprendre les véritables motivations de la grève. Selon lui, les 28 points contenus dans le préavis déposé en mars ont été passés au peigne fin. « Nous avons passé en revue les 28 points inscrits dans le préavis de grève, avec des réponses précises du gouvernement sur chacun des points », a-t-il assuré.

Mais le gouvernement s'est rapidement heurté à un mur. Les syndicats ont déplacé le centre du débat vers les projets de Code du travail et surtout de Code de la sécurité sociale.

Sur le Code du travail, Mamadou Lamine Dianté estime que la polémique est largement infondée. « Nous avons projeté à l'écran les deux textes, l'article du Code actuel et l'article du nouveau Code qui doit être voté par l'Assemblée nationale. Quand on a fait l'analyse, on s'est rendu compte qu'il n'y a pas de différence », a-t-il éclairé.

Et de souligner : « Dans l'ancien Code, on dit que le CDD est de 2 ans une fois renouvelable. Quand vous avez un CDD de 2 ans, vous renouvelez une fois, ça fait 4 ans. Dans le nouveau texte, on dit que la durée maximale d'un CDD est de 4 ans avec les renouvellements compris. »

« Quand vous avez un CDD de 4 ans, quel que soit le nombre de renouvellements que vous allez faire, ça ne peut pas dépasser 4 ans. Donc les 4 ans du Code actuel sont les 4 ans du nouveau Code », a précisé le ministre de la fonction publique.

Le véritable noeud du conflit est ailleurs.

Le point qui semblait préoccuper ne porte pas sur le Code du travail. Il porte sur le Code de la sécurité sociale. « Ils nous ont dit pourquoi le collège des représentants a été supprimé. Cet organe-là n'est pas reconnu par le socle juridique de la CIPRES », a-t-il indiqué. Une revendication sur laquelle le Front syndical refuse de céder.

En revanche, pour le gouvernement, cette suppression n'est pas un choix politique mais une obligation juridique imposée par la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES). « Cet organe n'est pas reconnu par le socle juridique de la CIPRES », a expliqué M. Dianté, ajoutant que la Cour suprême avait elle-même exigé une transposition intégrale des textes communautaires.

Par conséquent, déclare la tutelle, « dans le nouveau texte, on a sorti le collège des représentants. Ensuite, le nombre d'administrateurs est limité à 14, alors que nous, dans nos institutions de prévoyance sociale, on avait 22 membres. »

Le ministre a surtout insisté sur le fait que l'Exécutif n'avait plus la main. « La balle n'est plus dans le camp du gouvernement », a-t-il martelé. Les projets de loi ayant été adoptés en Conseil des ministres puis validés à l'unanimité en commission des lois, « la seule habilitée à faire des amendements » est désormais l'Assemblée nationale. Il invite d'ailleurs les syndicats à convaincre directement les députés.

Concernant le dossier sensible des licenciements, les échanges ont toutefois permis de dégager un terrain d'entente. Les chiffres avancés par le Front syndical ont été revus à la baisse. « Au total, c'est 351 licenciements », a indiqué le ministre, loin des milliers de cas évoqués initialement. Plusieurs entreprises publiques, notamment le Port autonome de Dakar et Dakar Dem Dikk, se sont engagées à poursuivre les réintégrations ou à négocier avec les représentants des travailleurs.

Mamadou Lamine Dianté est également revenu sur la légalité de la grève générale pour répondre aux travailleurs qui voulait savoir s'ils avaient le droit d'y aller. A ce propos, il se veut clair, « Dans le secteur public, comme dans le secteur privé, une centrale syndicale ne peut pas déposer un préavis de grève pour amener les gens en grève. Les procédures ne sont pas les mêmes », a averti M. Dianté.

Sans appeler explicitement à des sanctions, il a mis en garde : « les travailleurs doivent être protégés et une cessation collective du travail en dehors du cadre légal pourrait les exposer. »

Toutefois, le ministre n'a pas manqué de réaffirmer la main tendue du gouvernement. « Nous ne vous demandons pas de renoncer à votre grève générale, mais reportez-la et continuons la négociation », a plaidé le ministre.

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