Congo-Kinshasa: Au coeur de la riposte contre Ebola, la difficile coordination des financements

Alors que les organisations internationales appellent à accélérer la riposte contre l'épidémie d'Ebola provoquée par le virus Bundibugyo dans l'est de la République démocratique du Congo, des tensions secouent les équipes de première ligne à Bunia. Des prestataires dénoncent des retards de paiement et des rémunérations insuffisantes. Des revendications qui illustrent les difficultés à coordonner l'État, les agences internationales, les ONG et les bailleurs.

Le 9 juillet, le chef des affaires humanitaires des Nations unies, Tom Fletcher, a annoncé le déblocage de 60 millions de dollars du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) pour soutenir la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo (RDC). Il a appelé les bailleurs à faire en sorte que les financements promis parviennent rapidement aux intervenants de terrain.

Le même jour, Africa CDC appelait également à augmenter d'urgence les capacités de traitement, estimant que l'épidémie progressait rapidement dans l'est du pays.

Des retards de paiement dénoncés

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C'est dans ce contexte qu'à Bunia plusieurs prestataires de la riposte manifestaient pour réclamer le paiement de leurs primes. Les manifestants appartiennent à une coalition d'investigateurs regroupant notamment des médecins, des hygiénistes, des gestionnaires de données et d'autres personnels intervenant sur les alertes de cas suspects.

Ils dénoncent des retards de paiement, des rémunérations jugées insuffisantes et leurs conditions de travail. Des hygiénistes affirment travailler depuis le 15 mai sans avoir encore perçu leurs primes. Selon leur représentant, leurs effectifs sont passés de sept à 115 agents avec l'évolution de l'épidémie. Certains dénoncent également le recours à des militaires lors de leur mouvement de protestation.

« Les revendications sont légitimes »

En déplacement à Bunia, le ministre de la Santé Roger Samuel Kamba affirme avoir rencontré leurs représentants. Selon lui, il ne s'agit pas d'une grève des médecins assurant la prise en charge des malades dans les centres de traitement, mais d'une coalition d'investigateurs regroupant plusieurs catégories professionnelles.

Le ministre assure que les manifestants ont repris le travail après une première réunion avec le gestionnaire de l'incident et que les structures de prise en charge continuent de fonctionner normalement. Il reconnaît toutefois que plusieurs revendications sont « légitimes », notamment celles liées aux retards de paiement et au niveau des rémunérations.

« Tout le monde se dit qu'il y a de l'argent »

Pour Roger Samuel Kamba, ces tensions révèlent surtout les difficultés de gouvernance d'une riposte qui mobilise de nombreux intervenants. Selon lui, l'État, les agences internationales, les ONG et d'autres partenaires recrutent parfois leurs propres équipes, appliquent des grilles de rémunération différentes et suivent leurs propres procédures administratives, ce qui complique l'harmonisation des paiements.

Le ministre cite notamment le cas d'une structure qui avait transmis une première liste de 27 prestataires, avant d'en envoyer une seconde de 230 noms, obligeant les autorités à suspendre les paiements le temps de vérifier ces informations. Le gouvernement prévoit désormais un système d'identification biométrique des prestataires afin de sécuriser les versements.

Il estime également que les annonces répétées de financements internationaux alimentent les attentes sur le terrain. « Dès lors que tous les partenaires annoncent des millions, tout le monde se dit qu'il y a de l'argent », explique-t-il. Mais, selon lui, ces ressources transitent ensuite par une multitude de bailleurs et d'organisations, chacun appliquant ses propres règles de financement, de recrutement et de rémunération. D'où son objectif : parvenir à « un seul plan, un seul budget et une seule coordination » pour l'ensemble de la riposte.

Un débat ancien

Les difficultés de gouvernance des ripostes sanitaires ne sont pas nouvelles en RDC. En septembre 2020, un rapport du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) estimait que la riposte contre la dixième épidémie d'Ebola avait conduit à la mise en place d'un « système de santé parallèle », susceptible d'alimenter la défiance d'une partie de la population. La même année, des diplomates américain, canadien et britannique s'étaient publiquement inquiétés de la gestion des fonds de la riposte dans la province de l'Équateur, évoquant notamment des recrutements qu'ils jugeaient disproportionnés par rapport à l'ampleur de l'épidémie.

Au cours des années suivantes, deux anciens ministres de la Santé ont également été confrontés à des procédures judiciaires distinctes liées à la gestion de fonds destinés aux crises sanitaires. Oly Ilunga a été condamné dans une affaire concernant des fonds de la riposte contre Ebola, tout en contestant les faits qui lui étaient reprochés. Eteni Longondo a, lui, été poursuivi dans une affaire distincte portant sur des fonds liés à la riposte contre le Covid-19, en rejetant également les accusations.

Ces épisodes sont distincts des tensions observées aujourd'hui à Bunia. Ils montrent toutefois que la gouvernance des financements des urgences sanitaires fait l'objet de débats récurrents en RDC.

C'est dans ce contexte que Roger Samuel Kamba s'interrogeait déjà, en mai dernier à Kampala, sur l'héritage laissé par la précédente épidémie d'Ebola. Rappelant que la riposte de 2018-2020 avait mobilisé 1,2 milliard de dollars, il résumait son interrogation en une formule : « Le système est resté toujours fragile. Même pas un laboratoire construit. »

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