Madagascar: Cas de disparition - Le Chef de l'État durcit le ton

Pour la 3e fois en quelques jours, le Chef de l'État s'est exprimé sur les cas de disparition et de découverte de corps mutilés ces derniers jours. À Toamasina, hier, il a affirmé sa détermination à y mettre un terme et à « détruire » ceux qui sont derrière ces crimes.

L'anéantissement. Voilà ce que le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l'État, promet à ceux qui seraient aux manettes des cas de disparition de personnes et des crimes qui défraient la chronique ces derniers jours. À Toamasina, hier, il a ainsi lancé un avertissement aux auteurs présumés de ces actes et à leurs éventuels commanditaires.

« Je préviens que, quels que soient ceux qui sont derrière cela, nous avons déjà commencé à enquêter maintenant. Quelle que soit l'organisation, quoi qu'il y ait derrière cela, je le détruirai », avertit le locataire d'Iavoloha, dans une allocution prononcée à l'occasion de l'inauguration des nouveaux locaux de la direction régionale du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), à Toamasina. Un événement qui coïncide avec la célébration de la Journée africaine de la lutte contre la corruption.

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Pour l'officier supérieur, justement, la corruption serait une des causes profondes, non seulement de la paupérisation du pays, mais aussi de la recrudescence de l'insécurité actuelle. La situation sécuritaire que les autorités relient à une manoeuvre de déstabilisation. « Les troubles qui secouent actuellement Madagascar sont encore dus à cet attachement à la corruption. Il n'y a plus d'amour de la patrie. Pour un peu d'argent, certains sont prêts à nuire à la nation et vont jusqu'à tuer des enfants », dénonce-t-il.

Le bilan rapporté par le contrôleur général de police Jean Victor Tsaramonina, directeur général de la Police nationale, le 8 juillet, fait état de cent soixante-douze enfants signalés disparus à Madagascar au cours des six premiers mois de cette année. Parmi eux, cent soixante-quatre relèvent de cas de disparition, tandis que huit enfants ont perdu la vie. Cent dix-neuf de ces cas ont été enregistrés dans la région Analamanga.

Toutefois, la situation a pris une dimension inquiétante ces derniers jours. Depuis le lendemain de la fête nationale, les signalements de disparition, sur les réseaux sociaux surtout, ont été quasi quotidiens. Lundi, une dizaine de personnes disparues a été signalée. Entre-temps, des corps de personnes disparues ont été retrouvés sans vie et mutilés. Du simple fait divers au départ, l'affaire des disparitions est devenue une affaire d'État.

« Tuez-moi si vous êtes des hommes »

Pour les autorités, il s'agit d'une stratégie coordonnée de déstabilisation. Une thèse que le Chef de l'État défend en faisant le rapprochement avec des événements approximativement similaires, entre les années 2017 et 2018. L'officier supérieur a parlé pour la première fois de machination politique, « dans le but de créer un climat de psychose », le 4 juillet, en liant également ces crimes au drone qui a pisté le convoi présidentiel dans la soirée du 3 juillet.

Mercredi, il a renchéri en qualifiant ces faits de « terrorisme ». Sur la réponse à apporter pour mettre fin à ces crimes, Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, parle de «guerre» contre ceux qui « veulent freiner la refondation ». Sur le terrain, cette ligne dure se traduit notamment par un déploiement massif d'éléments mixtes des Forces de défense et de sécurité (FDS). De prime abord, la stratégie d'une présence dissuasive a porté ses fruits.

Hier, il n'y a pas eu de signalement de disparition répertorié sur les réseaux sociaux. Cela pourrait aussi être dû à la décision des médias, notamment en ligne, de ne plus rapporter que les cas communiqués par les forces de l'ordre. Dans le contexte tendu actuel, la pression s'accroît également sur la presse. Le Chef de l'État, lui-même, a émis des réserves vis-à-vis de « certaines presses », selon ses dires, qui ont la primeur sur les informations au sujet des disparitions.

Quoi qu'il en soit, le locataire d'Iavoloha ne compte visiblement pas s'en tenir aux actions dissuasives, mais veut « détruire » le réseau ou l'entité qui serait le commanditaire de ces crimes. Une détermination qu'il a démontrée dans le ton de sa voix, sa gestuelle et ses mots, hier, à Toamasina. Après une qualification des faits en crescendo, la rhétorique présidentielle entre donc dans un registre offensif.

Bien que des arrestations aient été indiquées, les autorités ne se sont pas encore formellement exprimées sur qui sont les instigateurs de cette vague de disparitions. Dans son intervention d'hier, le colonel Randrianirina a, toutefois, fait part de ce qui serait un nouveau mécanisme de financement des opérations de déstabilisation. « De la cryptomonnaie circule actuellement. Elles servent désormais à faire entrer de l'argent destiné à semer le trouble dans le pays », affirme-t-il.

Dans une tirade empreinte d'émotion, le Chef de l'État a également interpellé directement ceux qui, à l'entendre, sont derrière ces violences et les a mis au défi d'en découdre directement avec lui s'ils l'osent. «Pourquoi ne pas me tuer moi, si c'est moi qui dérange ? Tuez-moi, mais ne tuez pas les enfants malgaches. Tuez-moi si vous êtes des hommes. Je le dis ici clairement», lance l'officier supérieur.

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