Depuis quelque temps, les Sénégalais vivent au rythme d'une véritable guérilla politico-judiciaire qui oppose la présidence et le Parlement, avec, en toile de fond, le duel entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
Une rivalité devenue ouverte depuis le divorce politique scellé par le limogeage d'Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre par le chef de l'État. Dernier épisode en date de ce feuilleton qui s'annonce long et riche en rebondissements : l'invalidation, par le Conseil constitutionnel, du projet de révision de la Loi fondamentale porté par l'Assemblée nationale.
On se souvient que, réunis en séance plénière le 29 juin 2026, les députés sénégalais avaient adopté, à une large majorité, cette réforme constitutionnelle, malgré de vives tensions dans l'hémicycle et des manifestations dispersées aux abords du Parlement. Le texte prévoyait plusieurs réformes majeures de l'architecture institutionnelle.
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Il proposait notamment la création d'une Cour constitutionnelle en remplacement de l'actuel Conseil constitutionnel, avec un mode de désignation de ses membres partagé entre le président de la République et le président de l'Assemblée nationale. Il renforçait également les prérogatives du Parlement, à travers l'extension de ses pouvoirs d'enquête et l'obligation faite au gouvernement de l'informer des conventions relatives aux ressources naturelles. Le projet entendait aussi redéfinir le rôle du chef de l'État en lui interdisant de diriger un parti politique durant son mandat.
Une disposition dont la portée politique n'a échappé à personne, au moment où Bassirou Diomaye Faye et ses proches travaillent à la création d'une nouvelle formation politique, susceptible de les affranchir de la tutelle du PASTEF. Ces propositions étaient loin de faire l'unanimité dans le camp d'Ousmane Sonko. En censurant le projet, le Conseil constitutionnel offre donc un succès politique au président de la République. Même si quelque part, pour le moment, dans ce match au Conseil constitutionnel, il s'agit d'un match nul.
Rapellons-le, après l'opa d'Ousmane Sonko sur l'Assemblée nationale dès son éviction de la primature, le camp du président avait tenté d'invalider le processus qui l'avait conduit au perchoir, et le Conseil constitutionnel s'etait déclaré incompétent pour juger de cette question.
Aujourd'hui, c'est Sonko qui est éconduit. Mais connaissant son tempérament combatif, il serait hasardeux de croire que la partie est terminée. Tout porte à penser que de nouveaux rounds s'ouvriront, encore et encore, entre les deux anciens compagnons de lutte. Reste à espérer que cette confrontation demeurera strictement politique et institutionnelle. Les deux hommes savent qu'ils sont issus de la même matrice politique et que leur rivalité ne doit pas replonger le Sénégal dans les épisodes de violences et de manifestations qui avaient marqué les mois ayant précédé l'élection présidentielle de 2024.
Dans une démocratie, les affrontements politiques sont inévitables ; l'essentiel est qu'ils se déroulent dans le respect des institutions, de la Constitution et de l'État de droit.