Afrique: CAN 2025 - Non, le TAS n'a pas tranché en faveur du Sénégal

Un faux document, présenté comme un arrêt définitif du Tribunal arbitral du sport (TAS) annulant la décision de la CAF et proclamant le Sénégal champion d'Afrique, circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Confronté aux publications officielles de la juridiction lausannoise, il ne résiste pas à l'examen.

Il a suffi à enflammer les réseaux sociaux en quelques heures. Un faux document présenté comme une sentence du Tribunal arbitral du sport (TAS) affirme que l'instance basée à Lausanne aurait accueilli l'appel de la Fédération sénégalaise de football, annulé la décision de la Confédération africaine de football (CAF) et consacré le Sénégal champion d'Afrique des nations, au terme de la finale disputée à Rabat le 18 janvier dernier. Un examen attentif du document, confronté aux communications officielles du TAS, suffit pourtant à en démontrer le caractère fabriqué.

Un numéro de dossier qui ne correspond à rien

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Premier signal, et non des moindres : le document viral porte la référence CAS 2026/A/10857. Or le recours effectivement déposé par la FSF a été enregistré par le TAS sous un tout autre numéro, CAS 2026/A/12295, ainsi que l'a précisé la juridiction dans son communiqué du 25 mars. Une telle divergence ne relève pas du détail. Chaque dossier soumis au TAS reçoit un numéro d'enregistrement unique, qui figure sur l'ensemble des pièces de procédure jusqu'à la sentence finale ; qu'un prétendu arrêt définitif porte une référence différente de celle du dossier réel suffit, à lui seul, à disqualifier le document.

La liste des parties trahit elle aussi la manipulation. L'image ne mentionne que la FSF et la Fédération Royale marocaine de football (FRMF) comme parties au litige, alors que le communiqué du TAS indique sans ambiguïté que l'appel sénégalais vise conjointement la CAF et la FRMF, la première étant à l'origine de la décision contestée à travers son jury d'appel. Omettre la CAF revient à ignorer l'architecture même du recours, puisque c'est précisément sa décision du 17 mars qui constitue l'objet du litige.

Une date sans aucune correspondance dans les archives officielles

Le document circulant est daté du 10 juin 2026 et prétend qu'à cette date, le TAS aurait tranché en faveur du Sénégal en rétablissant le résultat acquis sur le terrain. Aucune trace de cette annonce, cependant, ne figure dans les archives publiques de l'institution. Le dernier communiqué officiel disponible reste celui du 25 mars, qui se bornait à confirmer l'enregistrement de l'appel sénégalais et l'annonce de la constitution prochaine d'une formation arbitrale, sans le moindre horizon de calendrier. Le TAS précisait alors que la procédure n'en était qu'à ses débuts, la FSF ayant même demandé la suspension du délai de dépôt de son mémoire d'appel dans l'attente de recevoir la motivation complète de la décision de la CAF. Une procédure qui commence à peine à s'organiser en mars ne saurait déboucher sur un arrêt définitif deux mois et demi plus tard, alors même que le TAS rappelle que ses procédures demeurent confidentielles tant qu'elles sont en cours.

Le verdict de la CAF, seule décision en vigueur à ce jour

Il convient de rappeler l'état réel du dossier. Le 17 mars 2026, la commission d'appel de la CAF a jugé, sur la base des articles 82 et 84 du règlement de la CAN, que le Sénégal s'était retiré de la finale, entérinant un score de forfait de trois buts à zéro en faveur du Maroc. La commission a alors estimé que l'abandon du terrain par les joueurs sénégalais relevait des actes entraînant, selon le règlement, la perte du match, annulant par la même occasion la décision antérieure de la commission disciplinaire et faisant droit à la réclamation de la FRMF. C'est cette décision que la FSF a portée devant le TAS. En l'état des informations officielles disponibles, elle demeure la seule décision exécutoire, dans l'attente d'un arrêt du TAS ou d'un éventuel accord entre les parties.

Un faisceau d'indices qui ne laisse guère de doute

Au-delà de l'absence du document sur le site du TAS, plusieurs éléments concordent pour établir la fabrication : le numéro de dossier erroné, l'omission de la CAF parmi les parties défenderesses, une chronologie incompatible avec l'état réel de la procédure. S'y ajoute la forme même de la pièce : un arrêt de cette portée, diffusé sous forme d'image de qualité médiocre, assorti d'une traduction arabe, de cachets et de signatures, sans version originale identifiable, sans communiqué de presse et sans référence à la base de données des sentences de l'institution, constitue en soi un indice supplémentaire.

Le TAS rappelle que ses décisions non confidentielles sont publiées via sa base de données ou sa rubrique consacrée aux décisions récentes, et que toute reproduction ou diffusion d'une sentence par un tiers reste soumise à son accord ou à celui des parties concernées.

L'affirmation selon laquelle le TAS aurait retiré le sacre au Maroc pour le restituer au Sénégal ne repose donc, à ce stade, sur aucune confirmation officielle. Le document qui circule ne correspond en rien aux données réelles du dossier, et sa diffusion en tant qu'arrêt définitif relève de la désinformation pure et simple, au préjudice d'une opinion publique sportive légitimement en attente d'un dénouement.

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