Maroc: Les Lions de Ouahbi appelés à aller de l'avant

Sortis en quarts par la France, les Lions de l'Atlas quittent le Mondial avec une certitude : ils ne sont plus une surprise, mais une référence.

Maroc une défaite, un rang à défendre

Dans ce récit projeté du Mondial 2026, le parcours du Maroc s'achève avec une élimination en quart de finale, jeudi 9 juillet, à Boston. Une sortie frustrante, certes, mais aussi une confirmation : le plus difficile n'était pas d'arriver parmi les grands, c'était d'y rester. Les Lions quittent la compétition avec un sentiment contrasté : celui d'un parcours honorable, accompagné d'une marge évidente de progression. Cette frustration n'est pas un échec ; elle témoigne au contraire d'un changement de statut. Certaines défaites ne ferment pas une aventure : elles indiquent le niveau qu'il faut désormais atteindre.

Le parcours 2026 : le Maroc parmi les huit meilleurs

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Dans cette projection, Mohamed Ouahbi est nommé sélectionneur en mars 2026 et hérite d'un effectif en pleine transition, où les cadres de 2022 côtoient une nouvelle génération de binationaux. Le résultat dépasse alors les attentes les plus prudentes.

Versés dans le groupe C aux côtés du Brésil, de l'Ecosse et d'Haïti, les Marocains inaugurent leur tournoi par un match nul spectaculaire face à la Seleção (1-1) : Ismael Saibari ouvrant le score avant que Vinicius Junior n'égalise pour les siens. Suit une victoire nette contre l'Ecosse (1-0), scellée par un but inscrit après 71 secondes de jeu, puis un succès plus large face à Haïti (4-2), où le capitaine Achraf Hakimi inscrit son nom sur la feuille de match. Deuxièmes du groupe derrière le Brésil à la différence des buts, les Lions se qualifient pour les seizièmes de finale, un tour introduit par le format élargi à 48 équipes.

Face aux Pays-Bas à Monterrey, le scénario tourne au vertige : ouverture du score de Cody Gakpo, égalisation d'Issa Diop à la 91e minute, prolongation, puis séance de tirs au but. Yassine Bounou repousse la tentative de Crysencio Summerville avant qu'Ismael Saibari -- décidément l'homme du premier tour -- ne transforme le sien. Score final : 3-2 aux tirs au but. En huitièmes, à Houston, le Maroc élimine le pays coorganisateur : un doublé d'Azzedine Ounahi, repositionné plus haut sur le terrain par Ouahbi, et un but tardif de Soufiane Rahimi scellent un 3-0 sans appel face au Canada.

Dans ce scénario, les Lions de l'Atlas atteignent les quarts de finale d'une Coupe du monde pour la deuxième édition consécutive, confirmant une continuité rare pour une sélection africaine. Ils y retrouvent la France, quatre ans après leur demi-finale perdue contre les Bleus au Qatar. A Boston, Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé font la différence (2-0), malgré une prestation de haut niveau de Yassine Bounou, auteur d'un arrêt sur penalty face à Mbappé. Privé de Saibari, blessé, le Maroc referme son tournoi avec un bilan de trois victoires, deux nuls et une défaite, pour dix buts marqués et six encaissés en six matchs -- un de plus qu'en 2022, le nouveau format ayant ajouté un tour éliminatoire.

Le paradoxe du succès est exigeant : dépasser les attentes, c'est aussitôt en créer de nouvelles. Dans cette hypothèse, le Maroc entre dans le Mondial avec un statut inédit de prétendant crédible ; une partie de l'opinion publique considère déjà les quarts de finale comme un minimum acceptable et les demi-finales comme une ambition raisonnable.

Une génération qui a changé de dimension

Ce parcours confirme une évolution plus profonde. Le football marocain n'est plus seulement porté par quelques individualités exceptionnelles dispersées dans les grands championnats européens : il s'appuie désormais sur un écosystème plus structuré. Les centres de formation produisent davantage de talents, les binationaux perçoivent plus clairement la sélection comme un choix fort, les infrastructures progressent et les catégories de jeunes accumulent les performances.

Des joueurs comme Ismael Saibari, décisif à plusieurs reprises en phase de groupes avant de sortir sur blessure, ou Azzedine Ounahi, dont le repositionnement tactique débouche sur un doublé référence face au Canada, illustrent cette mutation. Autrefois, le football marocain cherchait ses talents; aujourd'hui, il doit parfois choisir entre eux, ce qui constitue un signe tangible de profondeur.

La leçon des plus grands

La défaite face à une nation plus expérimentée rappelle une vérité souvent oubliée : les grandes équipes ne se construisent pas sur une seule génération. La France, l'Allemagne, l'Espagne ou l'Argentine ont accumulé, pendant des décennies, succès, échecs, reconstructions et apprentissages. Leur force réside moins dans une campagne réussie que dans leur capacité à revenir, saison après saison, au plus haut niveau.

C'est précisément le défi qui attend désormais le Maroc : non pas reproduire 2022, non pas effacer 2026, mais installer durablement sa présence parmi l'élite, avec une échéance majeure à l'horizon. En 2030, le Royaume coorganisera la Coupe du monde aux côtés de l'Espagne et du Portugal, ce qui donnera à cette progression une résonance particulière.

Ce quart de finale ressemble ainsi moins à un aboutissement qu'à une étape vers un rendez-vous plus large. Restent les questions essentielles : quels cadres seront encore au sommet en 2030 ? Quelles lignes faudra-t-il renforcer pour éviter de retomber, comme face aux Bleus, dans un football de réaction ? La différence entre une belle histoire et une grande nation du football se mesure à cette capacité de continuité.

Le Mondial de la maturité

Au fond, cette Coupe du monde marquerait la fin d'une transition entamée depuis plusieurs années. Le Maroc ne serait plus un outsider sympathique, capable certains jours de déranger les puissants. Il appartiendrait désormais à ce groupe restreint d'équipes dont on attend quelque chose, et les attentes sont parfois plus lourdes à porter que les rêves.

Dans quelques années, on se souviendra peut-être moins du score final que du message laissé par cette équipe : le Maroc peut désormais perdre contre plus fort que lui sans avoir à rougir. Mieux encore, il peut perdre tout en donnant l'impression que son histoire internationale reste ouverte. Pour un pays qui a longtemps vécu le football comme une succession d'espoirs fugaces et de désillusions périodiques, c'est une évolution majeure.

Les Lions de l'Atlas rentreraient donc à la maison sans trophée, mais avec quelque chose de peut-être plus précieux encore : la conviction d'avoir quitté le cercle des invités pour entrer durablement dans celui des habitués. Dans le football mondial, obtenir une invitation est difficile ; conserver sa place au plus haut niveau l'est davantage encore.

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