Sénégal: Pour s'inspirer du modèle de l'Onas - Une délégation Congolaise en mission de benchmarking au pays

14 Juillet 2026

Dakar accueille, du 13 au 16 juillet 2026, une importante délégation de la Cellule d'Exécution des Projets (CEP-O) de la République démocratique du Congo (RDC), venue s'imprégner de l'expérience sénégalaise en matière d'assainissement. Cette mission de benchmarking, organisée en partenariat avec l'Office national de l'Assainissement du Sénégal (ONAS), vise à renforcer les capacités techniques, institutionnelles et opérationnelles des acteurs congolais en charge de l'assainissement urbain.

Prenant la parole au nom de la délégation congolaise, Stève Ntadi Kayiko, spécialiste en assainissement et chef de mission, a indiqué que cette visite s'inscrit dans le cadre du projet KIN ELENDA, un vaste programme de développement de la ville de Kinshasa, financé par la Banque mondiale. L'un des volets majeurs du projet concerne l'amélioration de l'assainissement liquide afin de répondre aux défis croissants liés à la gestion des eaux usées et des boues de vidange dans la capitale congolaise.

Selon le chef de délégation, Kinshasa fait face à de sérieux problèmes de pollution des eaux souterraines et des cours d'eau, ainsi qu'à une dégradation progressive de l'environnement. Pour y remédier, plusieurs études techniques ont été réalisées, notamment en vue de la construction de la première station de traitement des boues de vidange conforme aux normes internationales ainsi que de l'élaboration d'un schéma directeur d'assainissement de la ville.

« Aujourd'hui, nous disposons des études techniques et même des dossiers d'Appel d'Offres pour la réalisation de cette infrastructure stratégique. La prochaine étape consiste à assurer un portage politique fort afin de mettre en oeuvre les recommandations du schéma directeur et garantir une gestion durable des futurs ouvrages », a-t-il expliqué.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

La délégation congolaise est venue au Sénégal pour tirer profit de l'expérience de l'ONAS, reconnu comme l'un des opérateurs de référence en Afrique dans le domaine de l'assainissement. Les échanges porteront notamment sur le cadre institutionnel, les mécanismes de financement, la gouvernance, la planification stratégique, la gestion des stations d'épuration ainsi que les modèles économiques assurant la pérennité des services.

Les responsables congolais souhaitent également mieux comprendre les processus d'élaboration des plans directeurs d'assainissement, les mécanismes de mobilisation des financements, la régulation du secteur ainsi que les approches de gestion des infrastructures de traitement des eaux usées et des boues de vidange.

Au cours de leur séjour, les membres de la délégation visiteront notamment les stations d'épuration de Cambérène et de Mbao, considérées comme des références au Sénégal. Le programme prévoit également plusieurs présentations techniques consacrées au financement des infrastructures, au cadre juridique et institutionnel, à la planification stratégique, à l'exploitation des ouvrages et au modèle économique des opérateurs privés.

Pour la République démocratique du Congo, cette mission constitue une étape déterminante avant l'organisation d'un atelier national de haut niveau destiné à valider les orientations du schéma directeur d'assainissement de Kinshasa et à préparer le lancement des investissements structurants.

En ouvrant les travaux, Séni Diène, Directeur général de l'ONAS, a salué les relations historiques entre le Sénégal et la RDC, fondées sur l'amitié, la solidarité et le partage d'expériences. « Sur le terrain de l'assainissement, nos deux pays ont de belles choses à accomplir ensemble », a-t-il déclaré, estimant que cette mission marque une nouvelle étape dans la coopération technique entre les deux États.

Le Directeur général a rappelé que l'ONAS célèbre cette année ses 30 ans d'existence, trois décennies au cours desquelles l'établissement public sénégalais a développé une expertise reconnue en Afrique dans la planification, la gestion des eaux usées, le traitement des boues de vidange et la conduite de grands projets structurants.

Il a notamment rappelé que le Sénégal avait été mentor de cinq villes africaines (Bamako, Yamoussoukro, Yaoundé, Kampala et Lusaka) dans le cadre du programme RASOP-Africa, mis en oeuvre par l'Association africaine de l'Eau, avec l'appui de la Fondation Bill & Melinda Gates, afin de promouvoir les bonnes pratiques en matière d'assainissement autonome.

Pour le Directeur général de l'ONAS, les missions de benchmarking constituent un puissant levier d'accélération du développement. « Elles permettent de capitaliser les expériences réussies, d'éviter de réinventer la roue et de gagner un temps précieux dans la mise en oeuvre des politiques publiques », a-t-il souligné.

Au cours de leur séjour, les experts congolais pourront ainsi s'imprégner de plus de trente années d'expérience sénégalaise dans plusieurs domaines, notamment le traitement des eaux usées, la valorisation des boues de vidange, la mobilisation des investissements, la planification stratégique et la réalisation de grands projets d'assainissement.

Le Directeur général a cité plusieurs réalisations emblématiques de l'ONAS, notamment le Projet de renouvellement du collecteur Hann-Fann, le Projet de Dépollution du Nord de Dakar et surtout le Projet de Dépollution de la Baie de Hann, doté d'un financement de 143 milliards de francs CFA. Ce projet, considéré comme la plus importante opération de dépollution industrielle en Afrique de l'Ouest, bénéficiera à plus de 500.000 habitants de neuf (9) communes de la région de Dakar, grâce à des investissements combinant prêts et subventions.

Le financement du secteur de l'assainissement, un défi majeur en Afrique

Au-delà des infrastructures, le responsable de l'ONAS a insisté sur le défi majeur auquel sont confrontés les pays africains : le financement du secteur de l'assainissement. Selon lui, le déficit d'investissements ralentit considérablement l'atteinte des Objectifs de développement durable (ODD), malgré les progrès enregistrés.

Il a toutefois salué l'engagement des autorités sénégalaises qui ont fait de l'assainissement une priorité nationale. « En 2026, près de 40% du budget du ministère de l'Hydraulique et de l'Assainissement est consacré au sous-secteur de l'assainissement », a-t-il indiqué, appelant également à une mobilisation accrue des ressources nationales et des partenaires techniques et financiers.

Le Directeur général a rappelé que l'investissement dans l'assainissement constitue un investissement rentable, tant sur le plan économique que sanitaire, en contribuant notamment à réduire les dépenses de santé publique et à améliorer la productivité des populations.

Au terme de cette mission, la délégation espère repartir avec des recommandations concrètes et des bonnes pratiques permettant d'améliorer la gouvernance, l'exploitation et la durabilité des futurs équipements d'assainissement de Kinshasa.

Cette coopération entre le Sénégal et la République démocratique du Congo illustre une nouvelle fois l'importance du partage d'expériences entre pays africains pour accélérer l'atteinte des Objectifs de développement durable, notamment en matière d'accès à des services d'assainissement sûrs, résilients et durables.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.