La manifestation de samedi dans les rues de Port-Louis n'était qu'un début. Deux jours après ce rassemblement qui a réuni plusieurs milliers de personnes entre Marie-Reine-de la-Paix et le Jardin de la Compagnie, les dirigeants de la plateforme syndicale se sont réunis pour dresser un premier bilan. Tous se disent confortés par l'ampleur de la mobilisation et annoncent que la lutte contre la réforme de la pension universelle est loin d'être terminée.
«Nous remercions sincèrement la population pour son soutien. Cela nous réconforte dans cette bataille que nous allons poursuivre», a déclaré le syndicaliste Narendranath Gopee, président de la National Trade Unions Confederation, précisant que le comité de la plateforme prendra prochainement des décisions sur la suite du mouvement. Parmi les revendications exprimées par les manifestants figure notamment l'éventualité d'une grève générale.
Pour le président de la Fédération des travailleurs unis, Atma Shanto, le message envoyé au gouvernement est sans équivoque. «Depuis que je suis dans le mouvement syndical, je n'ai jamais vu une foule aussi importante. Le militantisme a repris de la vigueur», affirme-til. Selon lui, les nombreux échanges avec les participants, pendant et après la manifestation, traduisent une colère profonde au sein de la population.
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«Depuis ce matin, des citoyens nous demandaient déjà : What next?», rapporte-t-il. Le syndicaliste insiste toutefois sur le fait que toutes les décisions seront prises de manière consensuelle au sein de la plateforme qui regroupe l'ensemble des organisations syndicales engagées dans cette bataille. Il assure également que les actions de mobilisation se poursuivront sur les lieux de travail et affirme que les syndicats ne se laisseront pas «intimider».
Même son de cloche chez Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions. Pour lui, la manifestation a démontré une véritable communion entre les syndicats et la population. «Le Premier ministre a reçu le message. Nous ne sommes pas d'accord avec la réforme proposée», soutient-il, réaffirmant la revendication centrale de la plateforme : le rétablissement de la pension universelle à partir de 60 ans ainsi que la disparition du National Pensions Fund. Selon lui, la baisse du pouvoir d'achat et les statistiques montrant une diminution de la consommation de fruits et légumes illustrent les difficultés économiques auxquelles font face de nombreux Mauriciens.
Le «Finance Bill» désormais dans le viseur
Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), la mobilisation de samedi constitue un mandat clair donné par la population aux syndicats. «Cette fois-ci, le peuple nous dit de continuer la mobilisation», affirme-t-il. Le syndicaliste rappelle qu'après les premières contestations, les organisations avaient privilégié le dialogue notamment au Plaza en 2025. Il estime cependant que les annonces successives du gouvernement, notamment autour du means testing, ont ravivé les inquiétudes.
La plateforme attend désormais la publication du Finance Bill avant d'arrêter définitivement sa stratégie. «C'est la dernière occasion pour le gouvernement de démontrer qu'il a compris le message envoyé par la population», soutient Reeaz Chuttoo. Selon lui, il existe plusieurs pistes permettant de financer la pension universelle, notamment à travers une contribution accrue des plus hauts revenus et une meilleure redistribution de la croissance économique.
Il estime également que les travailleurs étrangers contribuent eux aussi aux recettes fiscales du pays et que d'autres choix budgétaires pourraient être envisagés plutôt que de repousser l'âge d'accès à la pension. De son côté, Radhakrishna Sadien, président de la Congress of Independent Trade Unions, estime que l'ampleur de la manifestation démontre que le mécontentement dépasse largement les seuls retraités. Il critique notamment l'absence de concertation avec les partenaires sociaux avant l'annonce de cette réforme.
Selon lui, une réforme d'une telle ampleur aurait dû faire l'objet d'un débat national impliquant syndicats, experts et citoyens. Il s'inquiète également d'autres mesures évoquées dans le Budget, notamment les réformes envisagées dans le secteur public et parapublic ainsi que certaines dispositions de la Public Gathering Act. «Nous ne sommes pas contre les réformes. Mais elles doivent être discutées dans le cadre d'un véritable dialogue social», insiste-t-il.
«La mobilisation continue»
Pour le président de la General Workers Federation, Clency Bibi, cette mobilisation traduit également un rejet plus large de la politique économique du gouvernement. Il estime que la population ne perçoit pas les effets de la croissance économique évoquée par les autorités et s'interroge sur les moyens qui seront utilisés pour financer les différentes mesures budgétaires.
Jane Ragoo de la CTSP, quant à elle, a tenu à saluer la forte présence des jeunes et des femmes dans les rues de Port-Louis. «Les gens ne sont pas descendus manifester par plaisir, encore moins sous une telle chaleur», souligne t-elle. Elle appelle le gouvernement à être davantage à l'écoute des préoccupations de la population et réclame, elle aussi, un vaste débat national sur la réforme des pensions.
À l'issue de cette réunion, un message commun se dégage de l'ensemble de la plateforme syndicale: la mobilisation ne s'arrêtera pas à la manifestation de samedi. Les syndicats annoncent déjà une série de réunions sur le terrain afin de maintenir la pression. Quant à une éventuelle grève générale, elle dépendra, disent-ils, de la réponse que le gouvernement apportera dans le prochain Finance Bill.