Plus le conflit armé qui oppose les FAMA aux troupes djihadistes du Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et du Front de libération de l’Azawad (FLA) se prolonge, plus sa complexité interroge aussi bien du point de vue du jeu des forces en présence, voire de leur excroissance, mais aussi des effets induits au niveau de la géopolitique régionale.
Tout semble renvoyer à la situation qui prévalait il y a 2 ans, avec des attaques sporadiques, et leur lot de victimes civiles comme militaires, mais aussi les importants dégâts matériels, consécutifs aux attaques de convois de tous ordres dans le but d’asphyxier l’économie du pays. Les attaques survenues dans le passé à Kidal, et récemment à Anéfis au nord du pays, à 118 km du chef-lieu de la région de Kidal, proche de la frontière avec l’Algérie et le Niger, en attestent.
En effet, cette nouvelle attaque qui a été à l’origine de l’offensive des FAMA appuyées par les troupes d’Africa Corps, est à n’en pas douter le signe d’une nouvelle doctrine sécuritaire du régime du président Assimi Goïta, depuis le décès de son ministre de la Défense, feu le Général Sadio Camara.
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Il reste toutefois à confirmer si cette tendance à lever les blocus sur des localités assiégées, au regard du bilan assez lourd qu’elle engendre, pourra être maintenue encore longtemps. Rien n’est moins sûr.
Toutefois, pour certains analystes, l’ouverture récente du régime malien envers le pouvoir algérien constitue un gage d’une volonté d’impliquer le voisin du nord dans la neutralisation des djihadistes dans la zone, qui est aujourd’hui une sorte d’épicentre du conflit.
Comme on le sait les relations entre Alger et Bamako s’étaient un peu refroidies, avec le séjour prolongé à Alger de l’Imam Mahmoud Dicko (un des opposants au régime de Goïta), sur invitation du Président Abdelmadjid Tebboune.
Cette nouvelle dynamique, dont on attend les résultats, pourrait déboucher sur une décrispation entre les deux pays, et aussi constituer une amorce d’un partenariat avec les pays de l’AES d’une part, mais aussi un rapprochement avec la Russie qui appuie aujourd’hui les forces maliennes, mais qui est aussi intéressée par un positionnement stratégique dans la zone.
C’est dire que les intérêts géostratégiques restent encore cruciaux à côté de l’impératif de paix et de stabilité qui est un préalable à l’exploitation des richesses en question. Le Mali devra donc jouer sur plusieurs fronts pour renforcer sa résilience. D’abord le front militaire où véritablement les renforts en moyens et logistique devront aussi s’accompagner d’un dispositif de renseignement qui jusque-là, du moins officiellement, a mis sur la touche le pouvoir algérien, alors que cette partie nord du territoire est l’une des plus vulnérables.
Ensuite, sur le plan diplomatique, malgré la dénonciation par le Mali des accords d’Alger en janvier 2024, signés sous l’égide d’une médiation internationale impliquant l’ONU et la France, le retour vers Alger peut être perçu comme un pont vers une sortie de crise, du moins au nord du pays. L’apaisement constaté dans les relations naguère conflictuelles à la frontière ouest avec la Mauritanie constitue aussi des éléments qui militent en faveur d’une « reprise en main » et d’un contrôle par les FAMA du territoire malien, dont l’étendue et l’enclavement sont autant de facteurs qui le rendent aujourd’hui presque hors de contrôle, malgré le dispositif de l’AES.
C’est pourquoi la récente visite du Président de la Commission de l’Union africaine doit être comprise dans une logique de dégel, car malgré la suspension du Mali des instances de l’UA, depuis le coup d’État de 2021, la question sécuritaire est demeurée au cœur des préoccupations régionales, du fait de la jonction opérée entre le JNIM et les séparatistes du FLA.
La réaction sécuritaire que cela appelle fait que le Mali seul, même avec ses soutiens russes, ne peut endosser. La jonction des deux initiatives envers l’Algérie d’une part, et avec l’Union africaine, dont il est attendu un soutien moins théorique, mais plus actif, constitue peut-être la nouvelle donne du bourbier dans lequel le Mali se trouve et qui semble se pérenniser.