Maroc: L'USFP et les législatives du 23 septembre 2026 - Transformer la reconstruction partisane en confiance populaire et en alternative gouvernementale

À l'approche des élections législatives du 23 septembre 2026, l'Union socialiste des forces populaires (USFP) entre dans une phase décisive de son parcours. Après avoir consacré plusieurs années à renouveler ses structures, à réorganiser ses secteurs, à renforcer son implantation territoriale et à préparer son offre politique, le parti doit désormais franchir l'étape la plus exigeante : transformer cette dynamique interne en confiance populaire, en adhésion électorale et en capacité effective à peser sur l'avenir du pays.

Car les élections ne récompensent ni les intentions ni le volume d'activité interne. Elles sanctionnent une capacité à convaincre, à mobiliser et à incarner une alternative crédible. Pour l'USFP, l'enjeu ne consiste pas seulement à améliorer sa représentation parlementaire, mais à démontrer qu'une autre manière de faire de la politique demeure possible : une action fondée sur la proximité, la compétence, la probité, la clarté programmatique et la reddition des comptes.

La bataille du 23 septembre sera, en ce sens, une bataille de transformation : transformer l'organisation en présence sociale, l'écoute en programme, les valeurs en candidatures crédibles, la communication en mobilisation et les suffrages obtenus en influence politique.

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De la reconstruction organisationnelle à l'épreuve du suffrage universel

L'Union socialiste ne s'est pas préparée à l'échéance électorale dans la précipitation d'une campagne improvisée. Le travail engagé en amont s'inscrit dans un processus progressif de reconstruction de l'outil partisan, allant de la tenue des congrès provinciaux et régionaux au douzième congrès national, en passant par la restructuration des organisations parallèles et des secteurs professionnels.

Les congrès territoriaux ont permis d'évaluer les expériences locales, de renouveler les responsabilités et de faire remonter les préoccupations exprimées dans les différentes provinces et régions du Royaume. Le douzième congrès national a ensuite permis de renouveler les institutions dirigeantes du parti, de construire une grille de lecture de la situation nationale et de préciser les grandes orientations devant guider son action. Cette reconstruction était indispensable. Aucun parti ne peut prétendre gouverner durablement s'il ne dispose pas d'institutions internes solides, d'une direction cohérente, de règles claires et d'une implantation territoriale effective.

Leçon du benchmarking

L'histoire récente de la social-démocratie européenne montre que la réorganisation interne est un préalable, mais jamais une garantie. En Espagne, le PSOE de Pedro Sánchez a su rebondir en combinant une clarification interne à une connexion directe avec les mouvements sociaux. À l'inverse, des partis n'ayant pas réussi à convertir leur mue interne en utilité sociale directe ont vu leur base électorale s'effriter.

Le défi pour l'USFP consiste donc à passer d'une organisation qui administre ses propres structures à une organisation qui agit sur la réalité ; d'un parti présent dans les réunions à un parti visible dans les quartiers, les communes, les universités, les entreprises, les syndicats, les associations et les espaces professionnels. L'histoire et la mémoire militante constituent un capital politique précieux. Elles ne peuvent toutefois remplacer la capacité d'initiative dans le présent. Le respect du passé ne dispense jamais de construire l'avenir.

Une implantation sociale allant au-delà des seuls appareils du parti

La force d'un parti social-démocrate ne réside pas seulement dans ses instances centrales. Elle se mesure également à la diversité des forces sociales qu'il parvient à rassembler, à écouter et à associer le plus large possible à la production de ses choix. C'est dans cette logique que les rencontres nationales de la Jeunesse socialiste, des Femmes ittihadies, des élues et des élus, ainsi que la restructuration de plusieurs secteurs professionnels, ont revêtu une importance particulière.

Les ingénieurs, les pharmaciens, les professionnels, les artisans, les enseignants, les cadres de la santé, les juristes, les acteurs économiques et les compétences issues de la société civile ne doivent pas être considérés comme de simples soutiens électoraux. Ils constituent une source d'expertise indispensable à la formulation de solutions réalistes. Il en va de même pour les femmes et les jeunes. Leur présence ne peut être réduite à un habillage symbolique ou à une mobilisation conjoncturelle. Ils doivent prendre part à la conception du programme, à la sélection des priorités et à la direction des structures.

La crédibilité de l'USFP est en lien avec sa capacité à faire de cette diversité sociale une véritable intelligence collective. Le parti capable de gouverner n'est pas celui qui prétend détenir seul toutes les réponses, mais celui qui sait réunir les compétences et transformer les expériences du terrain en décisions publiques.

Un scrutin organisé dans un contexte social exigeant

Les élections du 23 septembre 2026 interviendront dans un contexte où les attentes sociales sont particulièrement fortes, exacerbées par des déséquilibres structurels importants.

Les données du marché du travail illustrent l'ampleur des défis. En 2025, l'économie nationale a créé 193 000 emplois, principalement en milieu urbain, alors que le monde rural enregistrait une perte nette de postes sous l'effet combiné du stress hydrique et des mutations agricoles. Le taux de chômage national s'est établi à 13 %, culminant à 37,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans, 20,5 % chez les femmes et 19,1 % parmi les diplômés, tandis que le sous-emploi touchait près de 1,19 million de personnes.

Ces chiffres décrivent des trajectoires de vie : des jeunes sans perspectives, des femmes entravées dans leur autonomisation économique, des salariés précarisés et des familles rurales pénalisées par le recul de l'emploi et la faiblesse des services de base. Ils rappellent surtout que la croissance économique, lorsqu'elle ne produit ni emplois décents ni réduction visible des inégalités, ne suffit pas à asseoir la cohésion sociale.

Le programme électoral de l'USFP doit partir de cette réalité matérielle. Il doit replacer le travail, la dignité, la protection sociale, l'école publique, la santé, le logement, la justice fiscale et l'équité territoriale au centre du débat politique. La social-démocratie ne peut être une référence abstraite. Elle doit s'affirmer comme une méthode de gouvernement permettant de concilier la création de richesses avec leur répartition équitable, la liberté économique avec la protection des droits sociaux, l'investissement avec la dignité du travail et la compétitivité avec la solidarité nationale.

Du programme électoral au contrat de gouvernement

L'élaboration d'un programme national à partir des consultations menées sur le terrain constitue une avancée importante. Encore faut-il que cette démarche ne débouche pas sur un catalogue de revendications ou sur une accumulation de promesses sans hiérarchisation.

Un programme crédible doit répondre à cinq questions simples :

  • Quels changements prioritaires ?
  • Selon quel calendrier ?
  • Avec quels moyens financiers ?
  • Par quelles institutions ?
  • Selon quels indicateurs d'évaluation ?

Chaque engagement majeur doit être accompagné d'un diagnostic, d'un objectif quantifié, d'un délai de réalisation, d'un coût estimatif, d'une source de financement et d'un dispositif d'évaluation. Cette rigueur méthodologique est indispensable pour passer d'une politique de la promesse à une politique de la preuve.

Au Portugal par exemple, le Parti Socialiste (PS) a réussi à gouverner et à rassurer les partenaires internationaux en liant systématiquement ses réformes sociales (hausse du salaire minimum, investissement dans les services publics) à une trajectoire budgétaire extrêmement rigoureuse et transparente. La clarté des chiffres a été le bouclier de leur légitimité politique.

Il ne suffit pas d'annoncer la création d'emplois ou de promettre une meilleure école publique. Il faut préciser les leviers sectoriels, les arbitrages budgétaires et les réformes de gouvernance nécessaires. L'USFP doit proposer non pas un programme conçu pour séduire, mais un véritable contrat de gouvernement avec les Marocaines et les Marocains. Faire de la politique avec sérieux, c'est assumer des choix clairs et des arbitrages réalistes.

La bataille centrale : Restaurer la confiance dans l'action politique

Le principal adversaire de l'USFP ne sera pas nécessairement un concurrent partisan. Ce sera le scepticisme installé chez une partie de la population quant à l'utilité du vote et à l'efficacité des institutions élues.

Les échanges conduits par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) avec les jeunes ont mis en lumière une crise de confiance tenace envers les institutions, des interrogations sur l'engagement politique et des obstacles à la participation électorale. Les participants ont exprimé une demande forte pour des canaux permanents de dialogue, une communication politique accessible et des mécanismes effectifs de reddition des comptes.

Cette défiance régresse à mesure que la cohérence entre la parole et l'action progresse. L'USFP ne peut demander la confiance des citoyens sur la seule base de son héritage historique. Le respect du passé est un socle, non un programme. Le parti doit fournir des raisons contemporaines et concrètes de mobiliser les urnes. Cela suppose une présence régulière sur le terrain, une écoute qui survit aux campagnes électorales et une obligation permanente de rendre compte du travail accompli.

La candidature comme responsabilité publique

La sélection des candidates et des candidats représente l'un des tests les plus décisifs pour la crédibilité du parti. Une formation politique peut disposer du meilleur programme, elle perdra sa substance si les personnes chargées de le porter ne correspondent ni à ses valeurs ni aux attentes de probité des citoyens.

La candidature ne doit être ni une rente d'appareil, ni une consécration personnelle, ni le résultat d'une influence financière. Elle constitue une responsabilité publique exigeante. Les critères doivent être d'une clarté absolue : intégrité, compétence, ancrage social, capacité de communication, rigueur technique et sens du collectif.

Le député n'est pas seulement le porte-parole de sa circonscription ; il est un législateur, un contrôleur de l'action gouvernementale et un évaluateur des politiques publiques. Le renouvellement des élites exige également que les jeunes, les femmes et les compétences émergentes bénéficient de positions électorales réelles et compétitives.

Face à l'argent électoral, affirmer une ligne politique nette

L'une des principales menaces pesant sur notre modèle démocratique demeure la marchandisation du processus électoral. Lorsque l'argent remplace les idées, que la notabilité opportuniste supplante la compétence et que l'exploitation de la vulnérabilité sociale remplace la conviction, le mandat électif cesse d'être un service public pour devenir un instrument de protection d'intérêts privés.

L'USFP doit faire de la lutte contre ces pratiques une ligne de démarcation éthique inviolable. Cela implique de refuser que les investitures soient conditionnées par la fortune ou les réseaux d'influence.

Toutefois, l'intégrité morale ne dispense pas de l'efficacité opérationnelle. Une candidature honnête mais isolée, sans logistique ni stratégie, restera vulnérable face aux machines électorales clientélistes. La « politique propre » doit être hautement organisée, visible, professionnelle et outillée pour sécuriser et protéger chaque suffrage exprimé. Cela suppose une formation juridique rigoureuse des équipes, une préparation minutieuse des délégués dans les bureaux de vote et une documentation méthodique des irrégularités.

La bataille numérique : Convaincre sans fabriquer l'illusion

Une part déterminante de la campagne se jouera sur l'espace numérique. Pour une majorité de citoyens, et singulièrement pour la jeunesse, les plateformes sociales constituent le premier canal de réception de l'information politique et de formation de l'opinion.

Mais la présence numérique ne doit pas être confondue avec l'efficacité politique. La saturation des réseaux par des galeries de photos institutionnelles ou des slogans répétitifs ne suffit plus. Une stratégie numérique d'avenir doit décrypter le programme, vulgariser les propositions, répondre directement aux interpellations des citoyens et opposer des faits vérifiables à la désinformation.

Les travaux du CESE consacrés à la jeunesse ont alerté sur les risques liés à la manipulation de l'information, aux fausses nouvelles et au déficit d'esprit critique sur le net. Avisé, l'USFP sait qu'il est question, à ce propos, d'éviter deux écueils : l'invisibilité numérique, qui l'isolerait des nouvelles générations, et l'illusion virtuelle, qui consisterait à confondre des statistiques d'audience avec des intentions de vote réelles. Chaque interaction numérique doit être conçue comme une passerelle vers une dynamique de terrain (inscription sur les listes, participation aux débats locaux, mobilisation le jour du scrutin).

Passer de la logique des activités à la culture des résultats

La réussite électorale dépendra de la capacité du parti à traduire sa stratégie nationale en plans opérationnels hautement localisés. Chaque circonscription présente ses propres réalités : certaines exigent un travail de reconquête, d'autres une consolidation, d'autres encore l'affirmation d'une première présence.

Chaque secrétariat territorial doit disposer d'une cartographie électorale rigoureuse : historiques des votes, sociologie locale, préoccupations prioritaires, forces concurrentes et réserves de voix. Il faut passer de la culture de « l'événement » à la culture du « résultat ». L'objectif des structures locales ne doit pas être d'empiler des réunions pour garnir des rapports internes, mais d'agir de manière ciblée pour convaincre et mobiliser de nouveaux électeurs.

Une ambition parlementaire au service d'une alternative gouvernementale

L'USFP ne peut limiter son horizon à une progression marginale de ses sièges. Le parti doit viser la constitution d'un groupe parlementaire fort, capable d'orienter la législation, d'exercer un contrôle exigeant sur l'action gouvernementale et de peser sur les arbitrages budgétaires.

La participation à une future majorité gouvernementale ne saurait être une fin en soi, recherchée à n'importe quel prix. Elle doit dépendre du verdict des urnes, de la cohérence programmatique des alliances et de garanties claires sur la mise en oeuvre des priorités du parti.

Les coalitions gouvernementales menées dans par les sociaux-démocrates dans certains pays démontrent que l'entrée au gouvernement n'est vertueuse que si elle s'adosse à un accord de coalition ultra-détaillé, assorti d'un mécanisme d'évaluation permanent. Sans cela, la participation gouvernementale use le parti sans servir ses idéaux.

Pour l'USFP, entrer dans un exécutif sans capacité d'orienter ses choix fondamentaux condamnerait le parti à assumer des politiques contraires à ses engagements. Le Maroc n'a pas besoin d'une simple alternance de visages ; il a besoin d'une transformation profonde des méthodes de gouvernance : plus de transparence, de compétence et une articulation réelle entre responsabilité et reddition des comptes.

Réussir les cinq transformations décisives

Pour que le scrutin du 23 septembre 2026 consacre le retour en force de l'USFP, le parti doit opérer cinq bascules stratégiques :

  • 1. De la reconstruction organisationnelle vers une présence sociale permanente
  • 2. De l'écoute à l'échelon local ou régional vers des propositions nationales financées et évaluables
  • 3. Des valeurs proclamées vers des candidatures éthiques et compétentes
  • 4. De la communication numérique vers une mobilisation citoyenne et électorale effective
  • 5. des suffrages et sièges obtenus vers le renforcement de la capacité d'influence sur les politiques publiques.

Si l'un de ces maillons cède, l'ensemble de la dynamique restera inachevé. Une organisation forte sans ancrage social s'atrophie. Un excellent programme sans candidats crédibles reste lettre morte. Une communication brillante sans présence militante produit une illusion sans votes. Des sièges sans projet clair ne génèrent qu'une influence éphémère.

Redonner à la politique son utilité et sa dignité

La véritable victoire de l'USFP ne se mesurera pas uniquement au soir du 23 septembre au décompte des sièges. Elle résidera dans sa capacité à prouver que l'action politique peut encore transformer le quotidien, que les institutions élues peuvent protéger les citoyens et qu'un parti peut concilier ambition électorale, éthique rigoureuse et efficacité gouvernementale.

Le citoyen ne vote pas pour des structures partisanes abstraites. Il accorde sa confiance à des femmes et des hommes dont il attend qu'ils portent sa voix, défendent ses services publics et améliorent ses conditions de vie.

L'Union socialiste a mené à bien sa reconstruction interne. Il lui appartient désormais de démontrer que cette force retrouvée est le moteur d'une nouvelle espérance collective. En incarnant ses valeurs historiques à travers un programme rigoureux et des visages d'une intégrité absolue, l'USFP se donnera les moyens de bâtir un Maroc plus solidaire, plus démocratique et plus juste. Car l'enjeu ultime de cette échéance dépasse la simple arithmétique électorale : il s'agit de redonner à la politique son sens, son utilité et sa dignité.

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