Sénégal: Macky Sall à Dakar - Entre ambition internationale et réconciliation institutionnelle

18 Juillet 2026

Après plus de deux ans d'absence, Macky Sall a retrouvé hier vendredi 17 juillet 2026, le sol sénégalais pour une visite aussi brève que lourde de symboles. L'ancien président de la République n'est pas revenu pour renouer avec les joutes de la politique nationale. Son déplacement répond à un objectif bien précis, celui d'obtenir l'appui officiel du Sénégal à sa candidature au poste de secrétaire général de l'Organisation des Nations unies.

Rarement une visite de quelques heures aura suscité autant d'attentes et de commentaires. Depuis son départ du pouvoir en avril 2024, Macky Sall s'était tenu à distance du Sénégal. Son retour intervient sur une toile de fond marquée par la volonté de convaincre les États membres des Nations unies de soutenir sa candidature à la succession d'António Guterres. Cette ambition internationale l'a conduit à multiplier les déplacements auprès de nombreux chefs d'État et partenaires diplomatiques pour de construire un consensus autour de son profil et de son expérience.

Pour autant, la principale difficulté de cette candidature ne résidait pas dans les équilibres géopolitiques internationaux. Elle se trouvait paradoxalement au Sénégal même. Dans les usages diplomatiques, un candidat appelé à briguer la plus haute fonction administrative de l'ONU bénéficie généralement d'un soutien explicite de son pays. Or cette évidence ne s'est pas imposée dans le cas de Macky Sall. Les nouvelles autorités sénégalaises avaient jusque-là choisi de ne pas endosser officiellement cette ambition.

Cette réserve s'est traduite au sein de l'Union africaine, où la candidature de l'ancien président n'a pas fait l'objet d'un consensus. Présentée par le Burundi, alors président en exercice de l'organisation continentale, elle s'est heurtée aux réticences de plusieurs États, parmi lesquels figurait le Sénégal. Cette situation apparaissait singulière dans la mesure où un ancien chef d'État se retrouvait engagé dans une campagne internationale sans pouvoir revendiquer, du moins officiellement, le soutien du pays qu'il avait dirigé pendant douze années.

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L'audience accordée hier par Bassirou Diomaye Faye modifie sensiblement cette perception. Selon les informations communiquées à l'issue de la rencontre, Macky Sall est venu informer personnellement son successeur de l'évolution de sa candidature et solliciter l'appui officiel du Sénégal. Il a également présenté les orientations de son projet pour l'Organisation des Nations unies ainsi que les démarches diplomatiques déjà entreprises auprès de nombreux partenaires.

Au-delà du contenu des échanges, les images diffusées par la présidence ont retenu l'attention. Les accolades, les poignées de main et la cordialité affichée entre les deux hommes contrastent avec la vigueur des affrontements politiques qui avaient marqué les dernières années du précédent régime.

Cette mise en scène institutionnelle n'est évidemment pas dépourvue de portée politique. Depuis son accession à la magistrature suprême, Bassirou Diomaye Faye a régulièrement affirmé son attachement au respect des institutions républicaines tout en engageant une rupture avec les politiques conduites sous son prédécesseur. Recevoir Macky Sall au Palais de la République, écouter sa démarche et lui accorder les égards dus à son ancien statut relèvent d'une logique institutionnelle qui distingue la fonction présidentielle des controverses partisanes.

Pour Macky Sall, cette audience est bien davantage qu'une simple étape protocolaire. Elle représente une occasion de lever le principal obstacle qui fragilisait jusqu'ici sa candidature. Obtenir le soutien officiel de Dakar reviendrait à renforcer sa crédibilité auprès des États appelés à participer au processus de désignation du prochain secrétaire général des Nations unies. Une telle évolution permettrait aussi de présenter sa candidature comme celle d'un ancien chef d'État bénéficiant de la confiance de son propre pays.

La portée de cette audience ne saurait toutefois occulter les interrogations qu'elle continue de susciter dans le débat public sénégalais. Si la démarche institutionnelle est saluée pour son caractère républicain, elle ne dissipe pas les réserves exprimées par une partie de l'opinion. Les nouvelles autorités ont bâti leur légitimité sur la promesse d'une rupture avec les pratiques de l'ancien régime et sur l'engagement d'établir les responsabilités dans plusieurs dossiers ayant marqué les dernières années du pouvoir de Macky Sall. Les violences politiques survenues entre 2021 et 2024, les controverses relatives à la gestion des finances publiques ainsi que les interrogations soulevées par l'état réel des comptes de la Nation, restent au coeur du débat national. Au regard de cette situation, certains estiment qu'un soutien officiel à l'ancien président peut être interprété comme un geste de réhabilitation politique, tandis que d'autres y voient au contraire, une exigence de responsabilité diplomatique qui dépasse les clivages internes.

Ces divergences ne se sont d'ailleurs pas limitées aux commentaires. Elles se sont manifestées jusque dans l'entourage immédiat du chef de l'État. La démission du conseiller spécial Alioune Ibnou Abitalib Sow, annoncée en réaction à la réception de Macky Sall au Palais de la République, montre la sensibilité de ce dossier.

Pour autant, réduire cette visite à une simple controverse politique reviendrait à négliger sa véritable dimension. En accueillant son prédécesseur dans le respect des usages républicains, Bassirou Diomaye Faye a adressé un message qui dépasse les intérêts immédiats des acteurs politiques. Il a rappelé que la continuité de l'État ne saurait être remise en cause par l'alternance démocratique et que les institutions conservent leur permanence quelles que soient les majorités issues des urnes. Ce principe, essentiel au fonctionnement des démocraties matures, donne à cette rencontre une portée qui dépasse largement le cadre d'une campagne internationale.

Pour Macky Sall, le soutien explicite de son pays constituerait un argument politique important au moment où les consultations internationales s'intensifient. Il lui permettrait de lever l'une des principales réserves qui accompagnaient jusqu'ici son ambition.

Le communiqué publié à l'issue de l'audience laisse entrevoir une évolution dans cette direction. Il indique que Macky Sall a présenté l'état d'avancement de sa candidature, sollicité l'appui du Sénégal et pris l'engagement d'informer régulièrement le chef de l'État des différentes étapes de la procédure. Sans annoncer formellement une décision, la présidence a insisté sur le caractère institutionnel de la rencontre et sur le respect mutuel qui a marqué les échanges, laissant apparaître une volonté d'inscrire ce dossier dans une logique de continuité républicaine plutôt que dans le registre des antagonismes politiques.

L'accueil populaire réservé à Macky Sall à son arrivée comme à sa sortie du Palais rappelle aussi que l'ancien président conserve encore un socle militant, malgré son éloignement du pouvoir et du pays depuis plus de deux ans.

Au terme de la journée d'hier, chacun peut y lire le signe qu'il souhaite. Les partisans de l'ancien président y voient la reconnaissance de son statut d'homme d'État et l'amorce d'un soutien susceptible de renforcer sa candidature aux Nations unies. Ses détracteurs continueront d'y voir une initiative qui ne saurait faire oublier les débats encore ouverts sur son bilan.

Au-delà de ces lectures antagonistes, un fait s'impose. Pour la première fois depuis l'alternance de mars 2024, les deux derniers présidents de la République se sont retrouvés autour d'une candidature qui met en jeu l'image du Sénégal sur la scène internationale

C'est peut-être là la véritable portée de cette visite, celle d'un pays qui, sans renoncer aux exigences du débat démocratique, rappelle que les intérêts supérieurs de l'État peuvent parfois imposer que les rivalités politiques s'effacent devant les impératifs de la diplomatie.

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