Sénégal: Macky en route pour l'ONU - L'ombre de Dakar sur les couloirs de New York va-t-elle peser ?

Le retour de Macky Sall au Sénégal deux ans après avoir quitté le pays et son audience de cet après-midi avec son successeur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE interviennent à un moment où son ambition de briguer le Secrétariat général des Nations Unies semble entrer dans une phase décisive. Mais cette séquence soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Pourquoi revenir alors que les associations de défense des droits humains continuent d'exiger vérité et justice pour les victimes des violences politiques ? Au delà de l'obsession de vouloir arracher le quitus du palais de Dakar, que cherche Macky Sall dans les nouveaux dessous de cartes de la recomposition politique en cours ?

Pourquoi cette visite coïncide-t-elle avec un reportage d'une chaîne publique française ravivant la douleur des familles endeuillées ? Quel rôle joue réellement Paris dans cette candidature ? Et jusqu'où le soutien du président Bassirou Diomaye Faye peut-il peser face aux calculs des grandes puissances, notamment des États-Unis ? Entre héritage national, diplomatie d'influence et rivalités géopolitiques, la route de Macky Sall vers New York est loin d'être un long fleuve tranquille.

Une candidature au long fleuve agité

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Les ambitions internationales ne se construisent jamais dans le vide. Elles portent toujours le poids des silences nationaux, des mémoires blessées et des rapports de force qui dépassent les frontières. En revenant au Sénégal, Macky Sall ne rentre pas seulement chez lui ; il revient affronter le premier jury de sa candidature au secrétariat général des Nations unies : son propre peuple.

À New York, les diplomates évaluent les équilibres géopolitiques. À Dakar, ce sont les consciences qui rendent leur verdict. Entre les deux s'étend un champ de bataille où se croisent la mémoire, la diplomatie et les intérêts des grandes puissances.

Le calendrier est saisissant. Alors que l'ancien président prépare son offensive diplomatique, les associations de défense des droits humains maintiennent leurs critiques sur la gestion des manifestations ayant endeuillé le Sénégal sous son mandat. Dans le même temps, un reportage de France 24 redonne la parole aux familles des victimes. La concomitance nourrit les interrogations, même si elle ne permet pas, à elle seule, d'établir une intention particulière. En politique internationale, toutefois, les coïncidences sont souvent interprétées comme des messages.

Car le véritable adversaire de Macky Sall n'est peut-être pas un autre candidat. C'est son histoire.

Pendant douze années de pouvoir, il a incarné la stabilité économique d'un Sénégal présenté comme un partenaire fiable des institutions financières et des chancelleries occidentales. Mais cette image s'est progressivement fissurée à mesure que les tensions politiques s'aggravaient. Les affrontements entre manifestants et forces de sécurité, les controverses sur les libertés publiques et la crise provoquée par les poursuites visant l'opposant Ousmane Sonko ont profondément altéré le récit d'une démocratie exemplaire.

Raphael Grossi et Michelle Bachelet en longueur d'avance dans les câbles de l'administration Donald Trump, de Moscou

Les Nations Unies ne jugent pas les chefs d'État. Elles recherchent une personnalité capable d'incarner une autorité morale universelle. Or, dans une époque où la société civile, les médias et les ONG influencent autant les perceptions que les gouvernements, le bilan d'un candidat devient une donnée diplomatique à part entière.

C'est pourquoi le retour de Macky Sall à Dakar possède une portée qui dépasse la politique intérieure. Il s'agit d'une opération de légitimation. Il lui faut démontrer que son pays ne le rejette pas, que l'alternance n'a pas transformé l'ancien président en figure infréquentable et que le Sénégal demeure capable de parler d'une seule voix lorsque l'un de ses anciens dirigeants sollicite une responsabilité mondiale.

Bassirou Diomaye Faye entre dans l'équation.

S'il reçoit officiellement son prédécesseur et assume le soutien de l'État à cette candidature, il adressera un signal de continuité institutionnelle. Mais cette image d'unité pourrait être perçue de manière contrastée. Une partie de l'opinion y verrait la maturité républicaine ; une autre pourrait y lire un geste difficilement conciliable avec les attentes de vérité et de justice exprimées depuis l'alternance.

Le président sénégalais se trouve ainsi face à une équation délicate : défendre le prestige diplomatique de son pays sans donner le sentiment d'effacer les blessures encore vives d'une partie de la société. Gouverner consiste souvent à arbitrer entre ces exigences contradictoires.

Au-delà de Dakar, une autre capitale concentre les regards : Paris.

Depuis plusieurs mois, de nombreuses analyses prêtent à Emmanuel Macron le souhait de voir émerger un candidat africain expérimenté et familier des grands dossiers internationaux. Si la France devait effectivement soutenir Macky Sall, ce serait conforme à une tradition diplomatique consistant à promouvoir des partenaires de longue date.

Mais le monde de 2026 n'est plus celui où Paris pouvait structurer, presque seule, les équilibres africains. La compétition stratégique s'est mondialisée. Pékin, Moscou, Ankara, New Delhi et les monarchies du Golfe disposent désormais de leurs propres leviers d'influence. Dans ce contexte, un appui français peut ouvrir des portes ; il ne garantit plus une victoire.

L'élection du secrétaire général des Nations unies est moins un concours de prestige qu'une mécanique de puissances. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité disposent chacun d'un droit de veto. Il suffit qu'un seul estime un candidat incompatible avec ses intérêts pour que toute une campagne s'effondre.

La véritable interrogation se situe donc à Washington.

Si l'administration américaine privilégie une approche plus transactionnelle des relations internationales, comme ce fut le cas sous Donald Trump, la priorité sera moins le soutien affiché par Dakar ou Paris que l'adéquation du candidat avec les intérêts stratégiques des États-Unis. Le quitus politique du président Diomaye Faye, aussi important soit-il pour l'image du Sénégal, ne suffira pas à lui seul à modifier cette équation. À New York, les rapports de force obéissent à une logique où les considérations nationales ne sont qu'un paramètre parmi d'autres.

L'Union africaine elle-même pourrait peser dans la dynamique, à condition qu'elle parvienne à parler d'une seule voix. Or le continent demeure traversé par des lignes de fracture : rivalités régionales, transitions militaires au Sahel, tensions entre organisations sous-régionales et compétition des influences extérieures. Un candidat africain ne bénéficie jamais automatiquement d'un soutien africain unanime.

C'est peut-être là le paradoxe de cette candidature. Plus Macky Sall cherche à prendre de la hauteur, plus son passé le rappelle au sol. Plus il regarde vers l'East River, plus les rues de Dakar demeurent présentes dans son ombre.

L'histoire politique africaine enseigne qu'aucun dirigeant ne choisit seul l'héritage qu'il laisse. Celui-ci se construit dans le regard des générations suivantes, dans le travail des historiens, dans les décisions de justice lorsqu'elles existent, mais aussi dans la mémoire des citoyens. Les ambitions internationales peuvent offrir une seconde vie politique ; elles n'effacent jamais la première.

Le chemin vers le secrétariat général des Nations unies n'est donc pas seulement une campagne diplomatique. C'est une épreuve de crédibilité. Une traversée où chaque poignée de main est scrutée, chaque silence interprété et chaque soutien pesé à l'aune des équilibres du monde.

Entre les blessures d'hier, les calculs des grandes puissances et les exigences d'une gouvernance mondiale en crise, Macky Sall découvre peut-être la plus ancienne loi de la politique : on peut quitter le pouvoir, mais on n'échappe jamais complètement à son histoire.Cette version adopte le ton d'une chronique géopolitique : elle privilégie l'analyse, les rapports de force internationaux et une écriture plus littéraire, tout en évitant d'affirmer comme établis des éléments qui relèvent de l'interprétation ou de sources non publiques.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.