Maroc: Libérez le rappeur marocain Mehdi Black Wind

communiqué de presse

... et abandonnez ses poursuites pour « outrage au roi ou au prince héritier »

« Par le rap, je ferai un coup d'État

Allez-y, emmenez-moi -- bandez-moi les yeux,rouvrez Tazmamart, et jetez-moi dedans. »

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Dans ces paroles mordantes, la star marocaine du rap Mehdi Lyoubi, 34 ans, connu sous le nom d'artiste Mehdi Black Wind, évoquait le bagne infamant de Tazmamart où furent incarcérés dans des conditions atroces, du milieu des années 1970 jusqu'au début des années 1990, des accusés de complot contre la monarchie.

Quand, le 15 juillet, un juge marocain a ordonné la détention de Lyoubi, ce n'est pas à Tazmamart qu'il l'a envoyé mais à la prison d'Oukacha, à Casablanca - dans l'attente, d'après son avocate, de son procès pour outrage au roi ou au prince héritier, une infraction passible d'un maximum de quatre ans de prison.

L'arrestation de Lyoubi était intervenue peu après celle du célèbre journaliste marocain Ali Lmrabet, le 12 juillet, à l'aéroport de Tanger. Détenu en garde à vue pendant trois jours avant d'être libéré à la suite d'un tollé international, Lmrabet a déclaré avoir été interrogé au sujet de critiques formulées, dans le podcast qu'il anime, contre de très hauts responsables marocains.

Lyoubi a été intercepté à l'aéroport de Rabat le 10 juillet, alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Marseille, en France, où il réside. L'informant qu'il était interdit de quitter le territoire, la police lui avait ordonné, selon son épouse, de se présenter au commissariat de Salé, sa ville natale. Le lendemain, audit commissariat, il a reçu une convocation de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), une unité qui traite d'affaires de terrorisme et, parfois, de cas de journalistes critiques envers le pouvoir.

Lundi 13 juillet, au siège de la BNPJ à Casablanca, Lyoubi a été placé en garde à vue pendant deux jours, avant de comparaître le mercredi suivant auprès d'un procureur, puis d'être immédiatement déféré devant un tribunal. Un juge a alors ordonné sa détention provisoire dans l'attente de son procès, dont la prochaine audience est prévue le 22 juillet.

Lyoubi s'est fait connaître dans le sillage des soulèvements du « Printemps Arabe », en 2011. En 2025, il a exprimé son soutien aux jeunes marocains de la GenZ, qui dénonçaient les dépenses gouvernementales faramineuses dans les infrastructures sportives, les comparant à l'état désastreux des secteurs publics de l'éducation et de la santé. La police avait répondu par la violence, ce qui avait causé trois morts et des centaines d'arrestations parmi les manifestants.

Le rap de Lyoubi, tout comme le journalisme de Lmrabet, est critique et tape fort. Mais critiquer des responsables publics relève de la liberté d'expression, protégée par le droit international. Lyoubi devrait être libéré immédiatement, et toutes les charges retenues contre lui devraient être abandonnées.

Ahmed Benchemsi, Directeur de la communication et du plaidoyer, division MENA

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