La 65ème conférence des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO, qui s'ouvre à Lungi près de Freetown, en Sierra Leone, ce 19 juillet 2026, s'annonce, selon certains observateurs, comme un tournant décisif pour l'avenir de l'organisation communautaire, qui vient de célébrer ses 50 ans d'existence.
En effet, le contexte sécuritaire qui s'est complètement métamorphosé crée de ce point de vue une situation inédite, qui fait planer une menace née de la vulnérabilité des pays de l'AES vis-à-vis des avancées des forces djihadistes, qui, par leurs nouvelles offensives, s'épanchent vers le sud du Sahara, notamment vers les pays du golfe de Guinée ; et par conséquent, déplacent le centre de gravité de la crise sécuritaire.
L'enjeu est crucial au regard de l'imbrication socio-économique des pays qui composent la CEDEAO et de leurs voisins de l'AES. Il est bien perçu, car voilà un des rares sommets où la CEDEAO va faire le plein de chefs d'État autour de la table ; 12 au total exceptés les pays de l'AES (Burkina, Mali, Niger).
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Il est vrai que les grands sujets qui meublent l'agenda du sommet de Lungi ne sont pas, à vrai dire, d'une grande nouveauté, dès lors qu'il s'agit de la sécurité régionale, de la gouvernance démocratique et de l'intégration économique. En revanche c'est au niveau politique que l'on devrait s'attendre au moins à trois grandes décisions importantes pour l'avenir de la sous-région.
C'est d'abord la fin du mandat du Président de la Commission de la CEDEAO, la gambien Oumar Alieu Touray, qui va sans aucun doute passer le témoin à l'ancien ministre sénégalais des Forces armées, le Général Birame Diop, seul candidat en lice. Son profil donne un signal assez fort de la volonté des chefs d'État de prendre désormais à bras-le-corps la gestion de la sécurité régionale, aujourd'hui pleine d'incertitude au regard des récents développements au Mali et au Niger.
Le choix de la Sierra Leone, dont le chef de l'État assure la présidence en exercice, comme hôte de ce 65ème sommet est plein de sens du point de vue des symboles. En effet, la CEDEAO a en effet engagé la plus éclatante de ses missions d'intervention militaire avec l'ECOMOG (Groupe de surveillance du cessez-le-feu de la CEDEAO) pour accompagner le pays entre 1988 et 2003 vers la fin de sa guerre civile, d'une part, et d'autre part, pour le dénouement de la crise au Libéria et en Gambie.
Aujourd'hui cet ECOMOG a été remplacé par une « force d'attente » qui a du mal à être opérationnelle aujourd'hui, malgré le besoin que les États appellent de leurs vœux, et pour lequel les partenaires ne se signalent pas encore.
C'est ensuite la crise vis-à-vis de l'AES qui déborde sur les pays de la CEDEAO, et qui jusqu'à présent ne trouve pas un dispositif de règlement, faute de cadre entre l'AES et la CEDEAO, notamment sur les questions de sécurité régionale et de sécurité transfrontalière. La crise post-électorale en Guinée-Bissau, qui s'est terminée par un coup d'État, reste un point critique pour la CEDEAO, faute de véritables solutions, exceptée la date de la présidentielle en décembre prochain.
La CEDEAO est aussi attendue sur la question de l'intégrité des frontières et l'intégration économique qui sont intrinsèquement liées, et qui appellent des ajustements dictés par le contexte géopolitique régional.
Le rapport du président de la commission et celui du président en exercice, Jullius Maada Bio, seront attendus sur ce point. Le CEDEAO devra à partir de ce sommet se réajuster dans ses méthodes et ses pratiques pour négocier un second virage. Le prochain président de la commission, militaire de son état, devra user de tout son art pour à la fois renouer le dialogue, mais aussi proposer des solutions sécuritaires durables.