Alors que la législature actuelle pousse ses derniers soupirs et que la torpeur estivale s'installe dans les couloirs des ministères, une réalité amère persiste pour une frange de notre société trop souvent reléguée aux marges des préoccupations nationales. Sur le terrain, la frustration cède le pas à la colère face au silence assourdissant du gouvernement concernant la délivrance de la carte d'invalidité aux personnes en situation de handicap.
Ce bout de plastique manquant n'est pas une simple péripétie administrative, c'est le symbole glaçant d'une exclusion systémique et d'un mépris institutionnalisé. Face à cette inertie intolérable, le tissu associatif s'organise et promet de battre le pavé pour dénoncer une négligence qui blesse profondément la dignité collective et trahit l'essence même de l'État social si ardemment promis.
Malgré les discours grandiloquents et les promesses enchanteresses qui ont rythmé ces dernières années, le chantier des droits des personnes en situation de handicap ressemble à illusion savamment entretenue. Le système global de soutien social, pourtant solennellement inscrit dans l'arsenal juridique de notre pays, demeure une chimère. Le fameux panier de services, censé garantir une aide financière directe, un transport adapté, une rééducation digne et un accompagnement social de proximité, s'est échoué sur les bancs d'une bureaucratie indifférente.
Plus affligeant encore, huit longues années se sont écoulées depuis le lancement du système d'évaluation du handicap, et la carte qui devait en découler reste prisonnière de l'incapacité de l'exécutif à s'entendre. Si le décret a bien vu le jour, son âme a été confisquée par l'absence incompréhensible d'arrêtés conjoints entre les départements de la Solidarité et de la Santé, seuls habilités à fixer les critères d'évaluation du degré de handicap.
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Le projet pilote, qui devait illuminer la capitale avant de rayonner sur tout le Royaume, n'est plus qu'une ambition avortée, privant ainsi des milliers de citoyens de leurs droits les plus élémentaires, qu'il s'agisse de l'accès prioritaire aux services publics, des aménagements d'examens cruciaux ou des réductions tarifaires dans les transports.
Cette léthargie gouvernementale trahit une incompréhension profonde du paradigme moderne du handicap. Conformément à la vision progressiste et aux conventions internationales, l'infirmité ne se résume pas à un simple diagnostic médical, mais naît de la violence du choc entre un individu et un environnement semé d'obstacles.
Au lieu de déconstruire ces barrières, les politiques actuelles semblent s'évertuer à les consolider. L'exemple le plus tragique réside dans la conception même du Registre Social Unifié. Présenté par la majorité comme l'outil ultime de ciblage social, ce registre commet la faute morale et technique d'omettre le handicap comme critère fondamental de vulnérabilité. Pourtant le handicap génère inévitablement des surcoûts faramineux qui précipitent des familles entières dans les abysses de la précarité.
Cet appauvrissement programmé est d'ailleurs tragiquement accéléré par la faiblesse insultante des remboursements de l'assurance maladie. Avec une prise en charge dérisoire peinant à couvrir une cinquantaine de dirhams pour des séances de rééducation dont le coût réel culmine souvent à 300 dirhams, le gouvernement accule les foyers démunis à un choix cornélien, les poussant bien souvent à abandonner purement et simplement les soins. Parallèlement, des besoins quotidiens vitaux, à l'instar de la présence indispensable d'un accompagnateur de vie, sont royalement ignorés par les grilles de compensation actuelles, laissant les familles livrées à elles-mêmes.
Face à cette politique du saupoudrage et de bienveillance de saison, il est impératif d'exiger une rupture radicale. La gestion de la vulnérabilité ne peut plus se contenter de décisions éparses et d'initiatives sans lendemain. Elle exige l'édification d'un véritable plan national stratégique, adossé aux réalités de terrain et aux données scientifiques récentes. Cette ambition requiert une architecture claire reposant sur l'achèvement définitif du chantier de la protection sociale, l'accélération de la promulgation de tous les textes d'application manquants, et enfin, la concrétisation d'une véritable régionalisation avancée.
C'est en effet au niveau des territoires que se gagnera la bataille de l'inclusion. Les régions et les communes doivent être dotées des moyens de leurs ambitions pour financer les auxiliaires de vie scolaire, soutenir la jeunesse étudiante en situation de handicap et contraindre les opérateurs de transport au strict respect des normes d'accessibilité.
Au terme de ce constat, une évidence s'impose : l'avenir du chantier du handicap au Maroc se joue précisément dans cette transition, du diagnostic à l'exécution, des initiatives éparses à une politique publique cohérente et assumée. Les personnes en situation de handicap et leurs familles n'attendent ni charité ni compassion de circonstance. Elles attendent que les droits inscrits dans la Constitution, dans les lois nationales et dans les conventions internationales cessent enfin d'être de belles formules pour devenir une réalité tangible. Huit ans après le lancement d'une réforme censée changer leur vie, l'heure des comptes a sonné. Le silence, lui, ne peut plus durer.