Sénégal: Gapakh - Un modèle d'agriculture durable porté par l'autonomie des femmes rurales

21 Juillet 2026

Sur un périmètre maraîcher de 1,5 hectare, le groupement BokkJom de Gapakh construit un modèle d'agriculture durable fondé sur l'engagement communautaire et l'accompagnement de la FAO et de ses partenaires à travers le projet SAGA 2. Composé de 23 femmes et de deux hommes, le groupement transforme progressivement l'activité agricole en un véritable levier d'autonomie économique et sociale.

À Gapakh, produire ne signifie plus seulement cultiver des légumes. Les membres du groupement ont développé une approche intégrée associant maraîchage biologique, pisciculture, aviculture, agroforesterie, transformation des produits halieutiques et épargne communautaire. Cette diversification permet aux ménages de mieux faire face aux effets du changement climatique tout en améliorant leurs revenus.

Dès l'entrée du site, la diversité des cultures témoigne du savoir-faire acquis. Salade, bissap, menthe, navets, carottes, gombo, papayes, mangues, moringa, bananes et citronniers poussent sans recours aux produits chimiques. « Nous faisons du maraîchage sain, biologique. Nos produits sont appréciés parce qu'ils sont naturels », explique Aminata Sarr, présidente du Groupement BokkJom-des femmes de Gapakh.

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Cette orientation agroécologique facilite l'écoulement des productions. Les commerçantes locales se déplacent directement au champ pour acheter les récoltes, preuve de la confiance accordée aux produits du groupement.

Des formations pour transformer les pratiques

Le succès du groupement repose aussi sur plusieurs années de formation. Avec l'appui d'organisations comme l'APROF, Carrefour, l'ISRA, SAGA 1, SAGA 2 et ENDA, les femmes ont renforcé leurs compétences en techniques agroécologiques, gestion d'exploitation, transformation alimentaire et activités génératrices de revenus.

L'une des innovations majeures introduites dans le cadre de SAGA 2 est le système des caisses à trois clés. Ce mécanisme d'épargne collective permet aux membres de constituer progressivement un capital destiné aux besoins familiaux et aux investissements. « Chaque semaine, nous cotisons. Une partie sert aux dépenses de la maison, à la santé, à l'école des enfants et une autre est épargnée », souligne Aminata Sarr.

Cette organisation financière renforce la sécurité économique des femmes et leur capacité à prendre des décisions pour leurs foyers.

Pisciculture et aviculture : de nouvelles opportunités

Le site abrite également des bassins piscicoles installés avec l'appui d'ENDA. Près de 5 000 poissons y ont été introduits depuis six mois. Les femmes assurent l'élevage, la vente et la transformation des poissons. L'eau des bassins, riche en éléments nutritifs, est aussi utilisée pour irriguer les cultures.

La transformation permet de mieux valoriser le silure, encore peu connu dans la zone. Les femmes ont ainsi été formées au séchage, au fumage et au filetage afin de diversifier leurs débouchés. Elles souhaitent désormais développer l'élevage du tilapia, davantage consommé par les populations locales.

L'aviculture constitue une autre source importante de revenus. Tous les deux mois, environ 300 poussins sont élevés puis vendus. « Après les charges, les bénéfices reviennent au groupement », précise la présidente.

Ces différentes activités permettent aux femmes de mieux soutenir leurs familles. Les revenus issus du champ servent notamment à financer les fournitures scolaires, les dépenses de santé et les besoins quotidiens des ménages.

Vers un centre de formation agricole

Pour Aminata Sarr, l'objectif du projet SAGA est de permettre aux femmes rurales de disposer de leurs propres revenus et de renforcer leur autonomie. Dans le groupement, cette dynamique repose sur une forte organisation collective : certaines productions sont individuelles, tandis que d'autres, comme les manguiers et les citronniers, alimentent la caisse commune.

Malgré ces avancées, des défis persistent. L'érosion liée à une ancienne carrière de sable menace une partie du périmètre, tandis que les clôtures endommagées favorisent l'intrusion des animaux. Les femmes souhaitent également améliorer leur système d'irrigation afin de réduire la pénibilité du travail.

À terme, elles ambitionnent de faire de leur site un centre de formation agricole où d'autres producteurs pourront apprendre les pratiques agroécologiques.

À Gapakh, l'expérience du groupement BokkJom illustre l'impact d'un accompagnement combinant agriculture durable, renforcement des capacités et inclusion économique. Avec le soutien de la FAO et de ses partenaires, les femmes rurales deviennent des actrices majeures de la transformation des systèmes alimentaires et du développement local.

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