Sénégal: Démissions de cinq directeurs au MESRI - Pr Daouda Ngom dévoile les dessous des divergences

20 Juillet 2026

L'ancien ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, par ailleurs vice-président de PASTEF, Pr Daouda Ngom, est sorti de son silence pour livrer sa lecture des raisons qui ont conduit à la démission collective de cinq hauts responsables de son ancien département. Invité de l'émission Objection sur la radio Sud Fm (privée) hier, dimanche 19 juillet, Pr Daouda Ngom a révélé que cette décision est la conséquence de profondes divergences sur les orientations stratégiques adoptées par l'actuel ministre, notamment autour du projet Espoir Jeune, de la gouvernance des marchés publics et du financement de la recherche.

Le Pr Ngom a tenu d'abord à défendre les directeurs démissionnaires Abdoul Aziz Diouf, Babou Diène, Mame Penda Ba, El Hadji Omar Thiam et El Hadji Samba Ndiaye qu'il décrit comme des « cadres très compétents, loyaux et républicains ». Il précise les avoir trouvés en poste à son arrivée au ministère et affirme qu'ils ont accompli « un excellent travail » avant de quitter leurs fonctions.

Selon l'ancien ministre, le principal point de rupture concerne le projet Espoir Jeune, financé par la Banque mondiale à hauteur de 123 milliards de francs CFA. Destiné à renforcer la professionnalisation de l'enseignement supérieur, ce programme, dit-il, prévoit notamment la construction et l'extension de plusieurs Instituts supérieurs d'enseignement professionnel (ISEP), à Bignona, Kédougou, Kolda, Koungheul, Louga, Richard-Toll, Sédhiou, Tambacounda et Diamniadio.

Toutefois, Pr Daouda Ngom affirme que son successeur aurait souhaité revoir les ambitions du projet en limitant le nombre d'ISEP à réaliser, une orientation qu'il juge incompatible avec les engagements pris auprès de la Banque mondiale. « On ne peut pas modifier un projet de cette envergure de manière unilatérale », soutient-il, estimant que cette divergence a constitué « la goutte d'eau qui a fait déborder le vase » et poussé les cinq directeurs à démissionner.

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Zone d'ombre autour de l'acquisition des ordinateurs destinés aux étudiants

L'ancien ministre évoque également un second dossier sensible : celui de l'acquisition des ordinateurs destinés aux étudiants. Il affirme avoir découvert à son arrivée qu'entre 2017 et 2025, les achats financés sur le budget national étaient réalisés sans passer par les procédures des marchés publics. Selon lui, cette situation avait conduit l'administration à engager des démarches pour régulariser le dispositif. Faute de pouvoir finaliser les acquisitions dans les délais, son équipe avait opté pour le versement direct d'une subvention aux étudiants, avec l'autorisation du ministère des Finances.

Autre sujet de désaccord : le financement de la recherche. Pr Ngom met en avant l'affectation de trois milliards de francs CFA, dans le cadre d'Espoir Jeune, au financement de cinquante projets de recherche, une première, selon lui, dans l'histoire de l'enseignement supérieur sénégalais. Cette initiative devait permettre aux chercheurs de travailler sur des priorités nationales plutôt que de dépendre exclusivement de financements étrangers.

Par ailleurs, l'ancien ministre a regretté la remise en cause des réformes engagées sous son magistère. Il a cité notamment une trentaine de textes réglementaires portant sur la gouvernance des universités, les ISEP, les classes préparatoires aux grandes écoles, les allocations d'études et l'organisation administrative du secteur.

Pour Pr Daouda Ngom, la lettre de démission des cinq directeurs relève d'un « exercice de transparence » destiné à informer l'opinion publique sur les désaccords de fond qui opposent l'administration sortante aux nouvelles orientations. Il estime que ces divergences traduisent avant tout un débat sur la conduite des politiques publiques dans l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation.

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