Sénégal: Réactions contrastées à Dakar après la candidature de Macky Sall au secrétariat général de l'ONU

Les réactions se multiplient à Dakar après l'annonce du soutien du Sénégal à la candidature de Macky Sall à l'ONU, le 20 juillet 2026. Du côté de l'ancien président et de son parti, c'est la satisfaction. Du côté des familles de victimes de la répression, l'incompréhension. Quant au Pastef, le parti reste silencieux, aucune communication pour l'instant.

Lundi, le Sénégal a officiellement annoncé son soutien à la candidature de Macky Sall à un poste à l'ONU. Ce soutien marque un revirement, après une phase durant laquelle Dakar affirmait ne pas avoir été associé à la démarche initiale portée par le Burundi au nom de l'Union africaine et refusait donc de l'appuyer. L'Union africaine avait alors renoncé à apporter son aval, fragilisant la candidature de l'ancien président.

Sur les réseaux sociaux, Macky Sall remercie chaleureusement Bassirou Diomaye Faye et se dit honoré par cette décision. Son parti, l'Alliance pour la République (APR), salue « la hauteur de vue et l'esprit républicain » du chef de l'État et qualifie ce soutien de décision « historique ».

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Selon plusieurs analystes, ce changement de position intervient alors que Bassirou Diomaye Faye doit lancer son propre parti dans les prochains jours et a besoin d'alliés pour former une large coalition. Dans ce contexte, se rapprocher de l'APR devient éminemment stratégique.

Un soutien à la candidature de Macky Sall qui heurte profondément les familles des victimes des manifestations de 2021 à 2024, au cours desquelles au moins 67 personnes ont trouvé la mort. Ces familles demandent depuis des années que toute la lumière soit faite sur ces violences.

Boubacar Seye, à la tête d'un des collectifs de victimes, juge ce revirement incompréhensible. Il estime que Macky Sall est « disqualifié pour les Nations unies », car il doit répondre de ces violences.

Le silence prudent de Pastef

Du côté du Pastef, c'est le silence pour l'instant. Le parti n'a pas réagi officiellement. Un responsable joint plus tôt dénonce des calculs politiciens du président, mais explique que le parti d'Ousmane Sonko préfère « prendre de la hauteur ».

Selon ce responsable, cette prudence s'explique d'abord par une question de priorité : c'est le temps des victimes qui doit primer pour l'instant, avec notamment une manifestation prévue à Genève. Le parti prendra position après. Il évoque aussi une volonté assumée de ne pas se précipiter, pour éviter « de créer des polémiques inutiles ».

Sur le plan judiciaire, la justice a été saisie du dossier des violences de 2021 à 2024 et plus d'une centaine d'auditions ont déjà eu lieu. L'Assemblée nationale, où le Pastef dispose de la majorité, garde la possibilité de prendre une résolution de mise en accusation contre Macky Sall si nécessaire. Le parti d'Ousmane Sonko dit vouloir laisser le volet judiciaire suivre son cours, en espérant que ces auditions « ne restent pas lettre morte ».

Diomaye Faye, nouveau parti et recomposition politique

Politiquement, un responsable du Pastef estime que Bassirou Diomaye Faye doit encore s'expliquer sur les raisons de son soutien à Macky Sall, compte tenu des engagements pris auprès des victimes et des militants. Fait notable : à ce jour, le chef de l'État reste officiellement membre du Pastef, qui ne l'a pas exclu de ses rangs.

Mais ce ne serait qu'une question de jours : le président doit lancer son propre parti samedi prochain et, ce faisant, il s'exclura de lui-même du Pastef, conformément aux textes du parti.

Dans cette atmosphère, le parti semble surtout tourné vers les prochaines échéances électorales : les locales de janvier 2027 puis l'élection présidentielle de 2029. Le président de la République n'a pas encore publié le décret de convocation du corps électoral et le Pastef menace de saisir l'Assemblée nationale pour s'assurer que ces élections ne seront pas repoussées.

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