Le ministère de l'Énergie et du Pétrole a réuni, hier mardi, à Dakar, les acteurs publics, les compagnies pétrolières, les institutions financières et le secteur privé autour d'un atelier consacré à l'investissement local dans les hydrocarbures. Au-delà du bilan des premiers projets pétroliers et gaziers, les échanges ont mis en lumière un défi majeur : faire du contenu local un véritable moteur de création de valeur, d'emplois et de compétitivité pour les entreprises sénégalaises.
Le Sénégal veut franchir une nouvelle étape dans sa politique de contenu local. À l'occasion d'un atelier national sur l'investissement local dans les opérations pétrolières et gazières, le ministre de l'Énergie et du Pétrole a plaidé pour une approche plus ambitieuse, fondée sur le développement des entreprises nationales plutôt que sur le seul respect d'obligations réglementaires.
Présentée comme le premier atelier organisé depuis sa prise de fonction, cette rencontre a réuni autorités publiques, opérateurs internationaux, banques, institutions financières et représentants du secteur privé afin d'identifier les leviers permettant de renforcer la participation des entreprises sénégalaises à la chaîne de valeur des hydrocarbures.
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Au-delà des quotas
Rappelant que le Sénégal est devenu producteur de pétrole avec le démarrage du champ de Sangomar en juin 2024 et qu'il développe, avec la Mauritanie, le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), le ministre a insisté sur la nécessité de transformer cette richesse naturelle en levier de développement économique.
« Produire du pétrole et du gaz n'est pas une politique de développement. Ce que nous faisons de ce pétrole et de ce gaz peut, en revanche, le devenir », a-t-il déclaré.
Selon lui, le succès de l'industrie extractive ne doit plus être mesuré uniquement par les volumes produits ou les recettes publiques, mais aussi par le nombre d'entreprises sénégalaises attributaires de marchés, les emplois qualifiés créés, les investissements captés par l'économie nationale ainsi que les transferts de compétences et de technologies. L'objectif affiché est de porter à 50 % la part du contenu local dans la valeur des biens et services liés aux hydrocarbures d'ici à 2030, en passant d'un « contenu local réglementaire » à un « contenu local économique ».
Le financement, principal verrou
Tous les intervenants ont identifié le financement comme le principal obstacle à la montée en puissance des entreprises nationales. Le ministre a appelé les banques et les institutions financières à mettre en place des mécanismes permettant aux entreprises sénégalaises de mobiliser plus facilement garanties bancaires, fonds de roulement et capitaux d'investissement afin de répondre aux appels d'offres du secteur.
Il a également plaidé pour la création d'une véritable architecture financière du contenu local, associant banques commerciales, fonds de garantie, institutions de financement du développement et marchés de capitaux, afin de transformer les contrats obtenus par les entreprises locales en actifs finançables.
Les représentants du secteur privé ont partagé ce diagnostic, soulignant que les difficultés d'accès au financement, les exigences de certification et le manque de capitaux à long terme continuent de limiter la compétitivité des PME sénégalaises.
Des progrès, mais des défis persistants
Les organisations patronales ont néanmoins salué les avancées enregistrées depuis l'entrée en vigueur de la politique de contenu local. Elles ont notamment évoqué la création de milliers d'emplois, plusieurs centaines de milliards de francs CFA de valeur générée au profit de l'économie nationale ainsi que les importants programmes de formation conduits, notamment par l'Institut national du pétrole et du gaz (INPG). Plusieurs entreprises sénégalaises ont également remporté des contrats significatifs dans des domaines tels que la logistique portuaire, les services industriels et la fourniture de navires de patrouille.
Les acteurs du secteur ont notamment relevé les ambiguïtés entourant la définition d'une entreprise locale, les risques de contournement des règles de sénégalisation, l'absence de tarifs préférentiels du gaz pour les industries de transformation, ainsi que la nécessité de mieux protéger les opérateurs nationaux dans certains segments stratégiques, notamment la logistique et la restauration industrielle.
Vers des réformes concrètes
Les participants ont insisté sur la responsabilité partagée de l'État, des banques, des investisseurs et du secteur privé dans la réussite du contenu local. Le ministre a rappelé que l'objectif n'était pas d'opposer les investissements étrangers aux investissements nationaux, mais de faire en sorte que les premiers contribuent davantage au développement des seconds grâce aux partenariats industriels, aux transferts de technologies et au renforcement des capacités des entreprises sénégalaises.
Refusant que cette rencontre se limite à un simple état des lieux, il a demandé aux participants de formuler des propositions opérationnelles portant sur les opportunités d'investissement immédiatement accessibles, les réformes prioritaires à engager, les mécanismes de financement à mettre en place ainsi que les principaux obstacles à lever. À travers cette démarche, les autorités ambitionnent de faire du contenu local un véritable levier d'industrialisation, de création d'emplois qualifiés et de souveraineté économique, afin que les ressources pétrolières et gazières profitent davantage à l'économie sénégalaise.