Togo: Les Togolais soutiennent massivement le maintien des filles enceintes à l'école et l'éducation à la sexualité

22 Juillet 2026

La majorité des citoyens affirment que les contraceptifs devraient être accessibles à toute personne sexuellement active quel que soit son âge ou son statut matrimonial.

Key findings

  • Neuf Togolais sur 10 (91%) pensent que les filles devraient être autorisées à poursuivre leur scolarité même si elles tombent enceintes ou ont des enfants.
  • Plus de huit répondants sur 10 (84%) soutiennent l'enseignement de l'éducation à la sexualité à l'école.
  • La majorité des répondants pensent que les contraceptifs devraient être accessibles à toute personne sexuellement active quel que soit son âge (54%) ou son statut matrimonial (64%).
  • La grande majorité des répondants estiment que les femmes devraient être libres de décider si et quand elles se marient (86%), ainsi que du moment où elles souhaitent avoir des enfants et du nombre d'enfants qu'elles souhaitent avoir (65%).
  • Près de quatre Togolais sur 10 (38%) déclarent que les femmes et les jeunes filles de leur communauté interrompent « occasionnellement » ou « souvent » leurs grossesses.
  • La majorité (67%) des Togolais considèrent que l'avortement est « parfois justifié » ou « toujours justifié » lorsque la grossesse met en danger la santé ou la vie de la femme enceinte. Un peu plus de la moitié (52%) partagent cet avis lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste. En revanche, de fortes majorités estiment que l'avortement n'est « jamais justifié » à cause des difficultés financières (68%) ou lorsqu'il s'agit d'une grossesse non désirée, quelle qu'en soit la raison (71%).

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La santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes, étroitement liée à des droits fondamentaux tels que le droit à la vie, à la santé, à la non-discrimination et au respect de la vie privée, demeurent un enjeu majeur en Afrique. Les cadres internationaux rappellent que les Etats ont l'obligation de garantir des services de santé reproductive disponibles, accessibles et exempts de toute discrimination, alors même que d'importantes disparités persistent encore dans l'accès effectif aux soins (Nations Unies, n.d.).

Au Togo, les questions relatives à la santé et aux droits sexuels et reproductifs ont regagné une place centrale dans le débat public, notamment en raison de la recrudescence des grossesses en milieu scolaire ces dernières années. Seulement pour le compte de l'année

académique 2024-2025, 2.284 cas de grossesses ont été enregistrées dont 17 au niveau primaire, 1.319 au premier cycle du secondaire et 948 au second cycle (Ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l'Enfance, 2026). Ces grossesses précoces compromettent la scolarisation des jeunes filles, en favorisant les abandons scolaires et les redoublements, tout en les exposant à des risques sanitaires accrus (Women in Law and Development in Africa, 2026).

Sur le plan législatif, le Togo a renforcé son cadre de protection des apprenants contre les abus sexuels. La loi relative à la protection des apprenants contre cette forme de violence prévoit des sanctions pénales contre les auteurs d'abus sexuels dans les établissements scolaires, centres d'apprentissage et structures de formation professionnelle. Toute personne responsable d'une grossesse chez une apprenante âgée de 16 ans encourt une peine d'emprisonnement de 1 à 5 ans ainsi qu'une amende pouvant aller jusqu'à 8.300 dollars américains. Ces peines sont doublées lorsque la victime a moins de 16 ans (Assemblée Nationale, 2022).

Au-delà du cadre juridique, le Togo a engagé plusieurs initiatives visant à prévenir les grossesses en milieu scolaire et à renforcer l'accès aux services de santé reproductive. Parmi celles-ci figurent le Programme National de Lutte contre les Grossesses et Mariages chez les Adolescentes, la mise en place de cellules communautaires de veille, le renforcement du cadre juridique de protection ainsi que l'adhésion à l'initiative Family Planning 2030, dont l'objectif est de porter la prévalence de la contraception moderne chez l'ensemble des femmes de 23,2% en 2022 à 29,5% en 2026 (République Togolaise, 2015 ; Actu Togo, 2026 ; Family Planning 2030, n.d.). Ces efforts s'inscrivent dans une dynamique d'amélioration progressive du recours aux méthodes contraceptives modernes, dont la prévalence est passée de 15,6% en 2012 à 24,9% en 2024 (Republic of Togo, 2025).

Parallèlement, des organisations de la société civile, telles que l'Association Togolaise pour le Bien-Etre Familial (2025), mène des actions de proximité en matière d'éducation sexuelle et de prévention des avortements clandestins.

Malgré ces efforts, plusieurs défis persistent. Une étude menée auprès des patientes admises en soins de gynécologie obstétricale révèle un recours croissant à l'avortement provoqué, notamment chez les jeunes femmes. Les complications liées à ces pratiques représentent plus de 20% des cas d'avortement pris en charge (Ketevi et al., 2025). Parmi les principaux motifs évoqués figurent la peur de la réaction des parents, la volonté de poursuivre les études et les contraintes professionnelles.

C'est dans ce contexte qu'un module spécial inclus dans le questionnaire de l'enquête Afrobarometer Round 10 explore les opinions des Togolais sur la santé et les droits sexuels et reproductifs.

Les résultats révèlent un large soutien aux droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles. De fortes majorités approuvent la poursuite de la scolarité des filles enceintes ou mères, l'enseignement de l'éducation à la sexualité à l'école, ainsi que le droit des femmes à décider librement de leur mariage et de leur procréation.

La majorité des Togolais soutiennent également un accès aux contraceptifs indépendamment de l'âge ou du statut matrimonial.

S'agissant de l'interruption volontaire de grossesse, près de quatre répondants sur 10 estiment qu'elle est fréquente dans leur communauté. Si une majorité de répondants jugent l'avortement justifié lorsque la grossesse met en danger la santé ou la vie de la femme ou résulte d'un viol ou d'un inceste, de fortes majorités le rejettent lorsqu'il est motivé par des difficultés économiques ou lorsqu'il s'agit d'une grossesse non désirée quelle qu'en soit la raison.

Iman Badana Egougnon Iman Badana Egougnon est chercheur au Center for Research and Opinion Polls (CROP), partenaire national d'Afrobarometer au Togo.

Judith Avosse Ablavi Ablavi Judith Avosse est stagiaire au Center for Research and Opinion Polls (CROP).

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