Angola: Désinformation russe au pays - Deux citoyens condamnés à 8 et 11 ans de prison pour espionnage et terrorisme à Luanda

Deux citoyens russes ont été condamnés en Angola à de lourdes peines de prison. Arrêtés en août 2025 à Luanda, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov écopent de 8 et 11 ans pour association de malfaiteurs, espionnage, terrorisme et détention illégale de devises. Officiellement en mission pour ouvrir un centre culturel, ils sont accusés d'avoir voulu peser sur les élections de 2027. Les deux hommes sont liés aux réseaux de désinformation russes.

Début août 2025, Luanda vient de connaître de violentes manifestations provoquées par l'augmentation des prix des carburants. La répression de ces mouvements a fait une trentaine de morts. C'est dans ce contexte que la police angolaise arrête Igor Ratchin et Lev Lakshtanov.

Les autorités les accusent d'avoir recruté des personnes pour produire du matériel de propagande, diffusé de fausses nouvelles et encouragé les manifestations et les pillages. Ils sont présentés comme liés à des « organisations criminelles internationales qui mènent des campagnes de désinformation en Afrique ». Près d'un an plus tard, les deux hommes sont condamnés à des peines de prison lourdes. Entre-temps, ils ne sont plus des inconnus sur la scène internationale.

L'enquête de Forbidden Stories et le rôle d'Africa politology

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En février 2026, leurs noms apparaissent dans une enquête menée par un consortium de journalistes autour de Forbidden Stories, auquel RFI est partenaire. Cette investigation met au jour un réseau structuré de désinformation piloté depuis la Russie et actif sur plusieurs pays africains.

Igor Ratchin est présenté comme « project manager » pour l'Angola au sein d'Africa politology, une officine informationnelle liée aux services de renseignement russes depuis la mort d'Evgueni Prigojine, ancien chef du groupe Wagner. Africa politology est décrite comme l'un des instruments de ces campagnes d'influence.

Lev Lakshtanov est, lui, le traducteur d'Igor Ratchin. Il est également fondateur d'une ONG de coopération culturelle avec les pays lusophones, promue par Rossotrudnichestvo, l'agence officielle de la diplomatie culturelle russe.

Une maison russe comme couverture

Selon les éléments versés au dossier, les deux hommes ont utilisé comme couverture l'ouverture d'une Maison russe à Luanda pour entrer en contact avec des interlocuteurs locaux. Avec l'aide d'un responsable de la ligue des jeunes de l'Unita, principal parti d'opposition, et de son cousin, journaliste à la télévision publique angolaise, ils auraient organisé des interviews rémunérées de personnalités politiques, ainsi qu'une enquête d'opinion sur la perception de la Russie en Angola.

Dans son acte d'accusation, le ministère public affirme qu'ils avaient l'intention de renverser le régime actuel et de « provoquer une transition politique » conduisant l'Unita au pouvoir. Une autre hypothèse évoquée est celle de « forcer un changement au sein de la direction » du MPLA, le parti au pouvoir, c'est-à-dire remplacer le président João Lourenço de l'intérieur.

Un président jugé trop proche des États-Unis et le corridor de Lobito ciblé

Les documents internes d'Africa politology, cités par Forbidden Stories, décrivent le chef de l'État angolais comme trop favorable aux intérêts américains. Ils montrent que le projet de corridor de Lobito, un axe ferroviaire destiné à relier la ceinture de cuivre en Zambie et en RDC au port angolais de Lobito sur l'Atlantique, devait absolument être décrédibilisé.

En 2024, les équipes de ce réseau, surnommé « la Compagnie », ont ainsi créé un faux site internet du corridor de Lobito. Forbidden Stories le décrit comme « un trompe-l'oeil pour disséminer toujours plus de fausses informations et tenter d'affaiblir les intérêts occidentaux ».

Un exemple d'opération d'influence est documenté en septembre 2024 : la « Compagnie » embauche des graffeurs pour taguer des slogans hostiles au président américain Joe Biden sur les murs de Luanda, alors qu'une visite - finalement reportée - du chef de l'État américain y était annoncée. Le coût de cette opération est estimé à 3 400 dollars, selon les documents consultés par le consortium de journalistes.

Pour l'heure, les deux citoyens russes et le journaliste de la télévision publique d'Angola restent en détention. Ils attendent une décision de la Cour d'appel de Luanda, qui devra confirmer ou non les lourdes peines prononcées en première instance.

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