La première expérience de la Coupe du monde à 48 équipes qui a refermé ses portes, le 19 juillet dernier, aux Etats-Unis, a été une expérience exaltante sur le plan sportif et un véritable succès sur le plan financier, avec des stades qui n'ont jamais désempli, du début à la fin de la compétition.
Dans la foulée de cette 23e édition de la Coupe du monde qui a montré des ombres et des lumières, la Confédération africaine de football (CAF) a annoncé, le 21 juillet dernier, l'élargissement de sa compétition, la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), qui passe de 24 à 28 équipes. Et ce, dès la prochaine édition prévue dans un peu moins d'un an, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.
Au-delà du côté sportif, la Coupe d'Afrique des Nations est aussi une entreprise commerciale
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Une décision forte et plutôt audacieuse qui fera sans doute des heureux, mais qui reste un véritable défi pour l'instance dirigeante du football africain. Et le pari est loin d'être gagné d'avance. Sur le plan sportif, cela donnera certes l'opportunité à des pays qui frappent désespérément aux portes de la plus prestigieuse compétition de football sur le plan continental, de pouvoir réaliser leur rêve d'évoluer enfin dans la cour des grands. Mais on se demandera toujours quel impact cette augmentation du nombre de pays participants, aura sur la qualité du spectacle qu'offrira cette 36e édition de la CAN.
Va-t-on assister à une compétition qui traduira un nivellement des valeurs vers le haut ? Ou bien assistera-t-on à un spectacle peu attrayant, avec une différence de niveau criarde entre certaines équipes ? Des questions d'autant plus importantes qu'au-delà du côté sportif, la Coupe d'Afrique des nations est aussi une entreprise commerciale qui a besoin de bien se vendre auprès de ses partenaires ; aucun annonceur ne voulant coller son image à un événement qui n'en vaut véritablement pas la peine.
L'autre difficulté et pas des moindres à laquelle la compétition risque d'être confrontée, est la participation des professionnels africains évoluant dans les plus grands championnats en Europe. Quand on sait que les clubs européens rechignent généralement à les libérer, il faudra s'attendre à beaucoup plus de résistance de leur part, si leurs joueurs doivent s'absenter pour une durée plus longue.
Et même si dans le cas d'espèce, la période choisie coïncide avec la fin des championnats européens, il n'en demeure pas moins que les risques de blessures ou de fatigue musculaire restent grands si les joueurs doivent enchaîner deux saisons sans repos véritable. Et puis, il y a cette difficulté que la CAF a eue, ces dernières années, à tenir ses dates.
Quand ce n'est pas un report pour cause de retard dans la réalisation de certaines infrastructures comme ce fut le cas avec le Cameroun en 2019, c'est le calendrier de la FIFA (Fédération internationale de football association) qui vient bousculer celui de la CAN comme on l'a vu avec Maroc 2025 où la CAF a dû réajuster ses dates en raison de la Coupe du monde des clubs qui se tenait à la même période. Or, qui dit augmentation du nombre de pays participants, dit alourdissement du cahier des charges.
La CAF doit travailler à se donner les moyens de ses ambitions
A ce rythme, il faut craindre qu'en dehors de la formule de la co-organisation, l'accueil de la CAN ne devienne, à la longue, l'affaire de quelques pays privilégiés. Certes, l'organisation du tournoi est indéniablement un catalyseur du développement des infrastructures sportives. Mais la problématique de l'entretien des stades après la compétition, est une réalité qui pourrait faire réfléchir par deux fois certains dirigeants. Sur le plan commercial, en dehors des droits de retransmission, le défi reste grand.
D'autant plus que contrairement à la dernière Coupe du monde qui a affiché complet du début à la fin malgré les coûts des tickets qui ont parfois atteint des sommets, la CAN a souvent eu de la peine à remplir ses stades, en dehors des matchs du pays organisateur. Et quand ce dernier vient à quitter prématurément la compétition, c'est souvent la catastrophe. Le désintérêt du public se traduisant par une désertion de stades pour vaquer à d'autres occupations, dans un contexte où le pouvoir d'achat des populations a aussi son impact sur la compétition.
C'est dire si avec cette réforme, la CAF ne doit pas baigner dans un optimisme béat. Et elle doit travailler à se donner les moyens de ses ambitions, d'autant plus qu'elle présente cette décision comme une réponse à la progression constante du football africain dont elle a, du reste, salué les performances à la dernière Coupe du monde.
Tout le mal qu'on lui souhaite, c'est que cette réforme contribue à rehausser le niveau du football africain qui a besoin de renforcer sa compétitivité. A côté, la CAF gagnerait aussi à travailler davantage à une meilleure structuration et une plus grande professionnalisation des championnats nationaux. C'est à ce prix que le football africain pourra progressivement s'imposer dans le gotha des nations.