Alors que le mouvement anti-immigration en Afrique du Sud prévoit d'organiser des manifestations hebdomadaires jusqu'aux élections municipales du 4 novembre, ses partisans diversifient leurs stratégies afin de maintenir une forte mobilisation en ligne, écrit jeudi Karen Allen, consultante chez l'Institut d'études de sécurité (ISS).
« Vidéos de justiciers, contenus générés par l'intelligence artificielle et instrumentalisation de l'héritage de Mandela alimentent des millions de publications et renforcent les sentiments xénophobes », a souligné Mme Allen dans un article publié sur le site de l'ISS, un influent think-tank basé à Pretoria.
Des vidéos de type « vigilantisme », montrant des individus agressant des ressortissants étrangers, sont largement diffusées sur les réseaux sociaux, a-t-elle indiqué, notant que, parallèlement, plusieurs militants invoquent l'héritage de Madiba pour présenter le discours anti-immigration, voire xénophobe, comme le prolongement du combat pour la liberté, mené par Nelson Mandela et Winnie Madikizela-Mandela.
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Selon elle, des organisations de la société civile spécialisées dans la veille des médias et des représentants du gouvernement estiment que plusieurs publications présentent la dirigeante du mouvement anti-immigration March and March, Jacinta Ngobese-Zuma, comme « la Winnie Madikizela-Mandela de notre époque ».
À l'approche de la Journée Mandela, célébrée le 18 juillet, certaines marches prévues, notamment dans la province du Cap-Oriental, ont été présentées comme des initiatives visant à « nettoyer » la province natale de Mandela, établissant ainsi un lien entre l'activisme anti-immigration et l'héritage de la lutte de libération, selon les observateurs.
Les médias ont fait état de 69 arrestations après des violences survenues dans cette province.
Ironiquement, dès 2008, Winnie Madikizela-Mandela figurait parmi les premiers membres du Comité exécutif du Congrès national africain (ANC) à condamner les violences xénophobes en Afrique du Sud, alors que nombre de ses camarades étaient restés silencieux.
Les dernières manifestations ont suscité une ferme réaction des Fondations Nelson Mandela et Desmond et Leah Tutu, qui ont condamné les violences visant les étrangers et dénoncé une instrumentalisation de l'histoire de la lutte de libération pour légitimer ces campagnes.
Selon ces fondations, « la déshumanisation d'autrui, la culpabilisation collective, l'intimidation, le recours à la justice populaire ou le ciblage de communautés vulnérables » sont incompatibles avec les valeurs défendues par Mandela et Tutu.
Elles ont appelé les Sud-Africains à demander des comptes aux institutions et aux dirigeants plutôt qu'à « diriger leur colère contre des communautés entières en raison de leur nationalité, de leur origine ethnique ou de leur provenance ».
Au-delà des attaques visant des individus et des quartiers où vivent des ressortissants étrangers, ce sont également les institutions démocratiques, en particulier les forces de l'ordre, qui sont de plus en plus prises pour cible.
D'après l'auteure, certains dirigeants du mouvement anti-immigration se présentent désormais comme une véritable police parallèle, citant une vidéo sur TikTok où un militant affirme : « Nous sommes la police », tandis que sur Facebook, Jacinta Ngobese-Zuma appelle ses sympathisants à « aller chercher la police et l'emmener dans les repaires de drogue ainsi que dans les entreprises qui emploient des immigrés en situation irrégulière ».
Si la frustration de l'opinion publique face à la corruption et à la complicité supposée de certains policiers est réelle, ce type de discours peut être assimilé à un appel à l'action, a-t-elle poursuivi, précisant que, selon la loi sud-africaine, ce type de discours pourrait être qualifié d'incitation.
Le 20 juillet, a-t-elle ajouté, s'est ouvert le procès de 62 personnes accusées d'avoir incité aux violences de juillet 2021 au moyen de groupes WhatsApp.
Des vidéos générées par intelligence artificielle circulent également sur TikTok, montrant le dirigeant du mouvement anti-immigrés Insizwa Nobunsizwa défiant un policier qui tente d'empêcher le harcèlement d'étrangers.
Or, même lorsque certains internautes partagent ces contenus sans intention malveillante, leur amplification par les réseaux sociaux contribue à leur donner une visibilité considérable.
« Selon les organismes de veille, la campagne anti-immigration a généré environ 3,6 millions de mentions sur les réseaux sociaux depuis janvier 2026. Si ce chiffre reflète une forte participation des utilisateurs, la portée potentielle des contenus pourrait se chiffrer en milliards de vues », a expliqué l'experte.
Les observateurs soulignent également une forte interaction entre les espaces numérique et physique, les contenus relayant massivement les manifestations, les rapatriements de ressortissants étrangers, les décisions judiciaires et les actes de justice populaire.
Des vidéos sorties de leur contexte alimentent également la confusion. Ainsi, une séquence présentée comme montrant une immense manifestation anti-immigration dans la province du Limpopo s'est révélée être en réalité une célébration culturelle traditionnelle.