Ile Maurice: National Wholesale Market - Le pari de la modernisation vire au casse-tête financier

Conçu pour moderniser la commercialisation des produits agricoles pour un coût de près de Rs 393 millions, le National Wholesale Market (NWM) de Wooton, à BelleRive, s'est révélé être un défi financier pour l'Agricultural Marketing Board (AMB). Depuis son ouverture, le 27 juillet 2023, cette infrastructure a accumulé des pertes de Rs 57,7 millions, dont Rs 21,8 millions pour le seul exercice financier 2023-2024.

Ces résultats sont loin des projections initiales, qui tablaient sur des revenus annuels de Rs 22 millions pour des coûts d'exploitation estimés à Rs 15 millions. C'est ce qu'a indiqué le ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, répondant à une question du député Shridhur Jugurnauth à l'Assemblée nationale, le 21 juillet.

Selon le ministre, ces pertes récurrentes érodent progressivement les bénéfices de l'AMB et réduisent sa capacité à remplir son mandat au service des planteurs, des vendeurs et des consommateurs. L'AMB fera donc appel à un consultant indépendant afin d'élaborer un plan de redressement destiné à rétablir l'équilibre financier du marché. Le ministre a comparé l'ampleur des pertes cumulées à «an elephant up on a sand castle».

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Le NWM avait été pensé comme un projet de modernisation du système de commercialisation des produits agricoles. Il devait notamment regrouper les activités des marchés de vente aux enchères de Port-Louis, Flacq et Vacoas dans une infrastructure unique, afin de faciliter les échanges entre planteurs, commerçants et consommateurs, tout en améliorant la transparence du marché. Envisagé depuis 2008, le projet a connu plusieurs années de préparation avant la pose de la première pierre en 2017. Initialement annoncé pour 2020, il n'a finalement été opérationnel que le 27 juillet 2023.

Ces pertes interviennent alors que l'avenir du NWM est appelé à évoluer. Le projet de décentralisation du marché de Wooton a été avalisé par le Conseil des ministres le 15 mai dernier. Cette orientation prévoit l'extension du modèle vers d'autres régions stratégiques telles que Goodlands et Flacq. Elle soulève toutefois des interrogations quant à la viabilité du modèle, alors que le site de Wooton accumule déjà des pertes importantes.

Pour Shemida Ramdhewar-Emirth, directrice de KR Agritrade et représentante des encanteurs, la situation financière actuelle du NWM est préoccupante. «Cette situation nous préoccupe, car nous souhaitons que le NWM soit un modèle durable et performant. Nous sommes prêts à collaborer pleinement avec l'Agricultural Marketing Board et le government afin d'identifier des solutions.»

Il est donc important d'analyser le fonctionnement global du NWM afin d'améliorer son efficacité opérationnelle, d'optimiser les ressources disponibles, de limiter les dépenses non essentielles et de mieux maîtriser les coûts en général», souligne-t-elle.

Concernant la décentralisation, Shemida Ramdhewar-Emirth estime qu'il est essentiel de veiller à sa viabilité économique. «Le NWM de Belle-Rive devrait d'abord couvrir ses coûts. Dans le cas contraire, l'ouverture simultanée de plusieurs marchés de gros, notamment à Belle-Rive, Goodlands et Flacq, pourraient entraîner une augmentation des coûts de fonctionnement et accentuer la pression financière sur l'AMB et sur l'État.»

Quant à Kreepalloo Sunghoon, porte-parole de la Small Planters Association, il fait ressortir que le maintien du concept actuel sans décentralisation continuerait à pénaliser certains planteurs, notamment ceux des régions du Nord et de l'Est, qui doivent supporter des coûts de transport plus élevés pour acheminer leurs produits vers le marché de Wooton. Selon lui, la priorité reste toutefois d'identifier les causes de ces pertes et de revoir le modèle de fonctionnement du marché. «Il faut comprendre ce qui n'a pas marché, pourquoi les objectifs n'ont pas été atteints et pourquoi autant de pertes se sont accumulées depuis 2023.»

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