Tunisie: Le Festival International de Carthage célèbre la fête de la République - Une occasion manquée

27 Juillet 2026

Deux célébrations annoncées en début de la soirée du 25 juillet à Carthage : le 69e anniversaire de la proclamation de la République et l'inscription toute récente de Sidi Bou Saïd sur la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco. À cela s'ajoutait le 60e anniversaire du Festival international de Carthage. Autant dire que les attentes étaient grandes et que le spectacle devait être à la hauteur. Pourtant, à la lecture du programme, on pressentait déjà que la soirée ne marquerait pas les esprits par son caractère exceptionnel, encore moins par sa dimension spectaculaire.

Car, avec tout l'égard et le respect que l'on doit au chef d'orchestre, aux musiciens , qui nous ont offert de beaux arrangements, ainsi qu'aux chanteurs et chanteuses ayant pris part à cette soirée, ce n'est pas leur participation qui est ici mise en cause, mais bien la proposition artistique dans son ensemble... Le public a assisté à un défilé d'interprètes alternant reprises de chansons connues du répertoire tunisien et des extraits de leurs répertoires respectifs, sans véritable fil conducteur ni réel parti pris de création.

Cette célébration avait davantage l'allure d'une élégante soirée de gala que d'un spectacle pensé pour célébrer une telle date. On était en droit d'attendre une oeuvre inédite, une création conçue spécialement pour l'occasion. Il ne s'agit pas de réclamer la présence de superstars nationales ou internationales à tout prix. Ce qui manque à Carthage, et ça on n'a pas arrêté de le souligner, c'est une véritable vision artistique, avec plus de projets imaginés pour le festival, de l'audace, de la créativité, de l'originalité et un réel travail de recherche. C'est aussi cela qui fait la singularité et la force d'un grand festival et qui transforme un concert en un événement dont on se souvient.

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Annoncée comme une soirée tunisienne, sur laquelle on n'a pas suffisamment communiqué, à l'instar d'autres dates de cette édition qui auraient mérité une meilleure mise en valeur, elle n'a pas attiré les foules. Angélique Kidjo, la chanteuse béninoise lauréate de cinq Grammy Awards, inconnue du public tunisien, en a d'ailleurs payé les frais lors de sa toute première venue sur cette scène mythique, devant un Théâtre romain très loin d'être comble.

Le public a eu donc rendez-vous avec l'Orchestre national tunisien sous la direction du maestro Youssef Belhani, pour un spectacle intitulé « Watanon bihob el achikin » (qu'on peut traduire par « Une patrie portée par l'amour de ses amoureux »), réunissant des interprètes de différentes générations : Ghazi Ayadi, Alya Belaid, Chahrazed Helal, Sofien Zaidi, Molka Cherni et Meriem Noureddine

Les musiciens -- parmi lesquels se sont distingués le violoniste virtuose Outayl Maâoui, qui s'est produit, hier, au Festival international de Hammamet avec son projet Sada Atlas (L'Écho de l'Atlas), et l'exceptionnel joueur de nay Hssin Ben Miloud -- étaient vêtus de rouge et de blanc, à l'image de la chorale féminine et masculine. Un dress code qui, finalement, aura été le clin d'oeil le plus explicite à la célébration du 25 Juillet. « Biladi » chanté par la chorale -- qui, soulignons-le, avec les musiciens ont merveilleusement porté ce concert -- avant de céder la place à Alia Belaïd qui a interprété ses chansons « Nesma Chalha » et « La Naâzem ».

Wafa Abbès, avec sa voix profonde et vibrante qui puise dans cette tradition des chants pastoraux du Nord-Ouest tunisien, avec leurs vocalises acérées, les modulations de gorge et les appels de montagne, a choisi de revenir aux sources du patrimoine en interprétant « Aradhouni Zouz Sbaya » et « Charek Ghadda Bel Zine ». De son côté, Molka Charni a interprété « Ali Gara » de la grande Oulaya (parfois avec quelques fausses notes perceptibles), « Ya Khalila » et « Galou Zini Aamel Hala ». Shahrazed Helal a, quant à elle, proposé trois de ses chansons : « Lamouni Ennes » et « Khallina Ashab » dont elle a souligné avoir signé le texte et la composition et « Ya Hasra Alik ».

Ghazi Ayadi, porté par l'accompagnement des choristes, a revisité plusieurs de ses titres les plus populaires, parmi lesquels « Baâtaraflek » et « Habbit Zmani », avant de présenter son dernier morceau, « Aal Aïn », puis de conclure sa prestation avec « Lallat Ezzine ». Meryem Nourredine a choisi de mêler créations contemporaines et patrimoine. Elle a interprété « Day Day » et « Ghali », deux chansons produites en 2026, avant de reprendre « Ma Andi Wali » et « Hlili Wi ». Enfin, Sofiane Zaydi a clôturé les prestations individuelles avec « Khamsa Snine », avant de proposer un medley intitulé « Al Aqtab », mêlant des extraits de chansons inspirées du patrimoine soufi et tunisien.

La soirée s'est achevée par une interprétation collective de l'hymne national, réunissant l'ensemble des artistes et la chorale. Une soirée finalement assez insipide, placée sous le signe d'un divertissement plat, avec une conclusion attendue qui n'aura pas suffi à donner de l'épaisseur à un spectacle qui semblait expédié.

Pour une soirée coïncidant avec le 69e anniversaire de la République et le 60e anniversaire du Festival international de Carthage, on était en droit d'attendre une proposition artistique autrement plus ambitieuse, avec une véritable écriture scénique, une prise de risque, une vision... Au lieu de cela, le public, qui n'a d'ailleurs pas manqué de chanter et de danser, a assisté à une succession de prestations individuelles (qui ne volaient pas très haut non plus) sans véritable fil conducteur, sans cette étincelle qui fait d'un spectacle un moment marquant. Une autre occasion manquée... Dommage !

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