Mali: À son procès, Chahana Takiou estime que ses propos sur la justice ne sont «pas une critique mais un constat»

Au Mali, le journaliste Chahana Takiou a comparu ce lundi 27 juillet devant le pôle judiciaire spécialisé contre la cybercriminalité. Emprisonné depuis le 8 juin, le directeur du journal 22 Septembre est poursuivi notamment pour « atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire ». Il avait déploré que la justice malienne contourne le droit de la presse et se serve de la loi contre la cybercriminalité pour emprisonner des journalistes. C'est précisément ce qui lui est arrivé, et c'est de cette déclaration que le journaliste a dû s'expliquer, devant le principal intéressé.

Le procureur du pôle anticybercriminalité, Adama Coulibaly, a requis un an de prison dont six mois ferme contre Chahana Takiou. Selon plusieurs personnes ayant assisté au procès, le procureur a expliqué qu'un journaliste « chevronné », fort de « trente ans d'expérience », ne devait pas commettre de telles « erreurs » et critiquer ainsi la justice.

Il faut dire que c'est « son » pôle anticybercriminalité qui avait été directement mis en cause. Sollicité par RFI, Adama Coulibaly n'a pas souhaité commenter.

Des propos qui s'appuient sur un cas précis

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Cependant, face au très redouté procureur, le journaliste Chahana Takiou ne s'est pas démonté, estimant que ses propos sur le détournement des procédures ne constituaient « pas une critique mais un constat » qui s'appuyait sur un cas précis : celui du journaliste Youssouf Sissoko, actuellement en prison et effectivement condamné pour un article de presse sur la base de la loi contre la cybercriminalité.

Chahana Takiou a également rappelé que ses « appréhensions » avaient été exprimées dans l'enceinte d'un forum sur les médias, organisé par les autorités, et face à un procureur de renom, présent dans la salle, et qui pouvait le corriger.

Une question et des excuses

Rejetant également les accusations de « publication et diffusion de fausses nouvelles », Chahana Takiou s'est défendu d'avoir relayé la vidéo de son intervention sur les réseaux sociaux et s'est même interrogé : le procureur ne serait-il pas lui-même derrière sa diffusion ? Devant l'indignation du procureur et sur les conseils de ses avocats, Chahana Takiou a présenté ses excuses pour cette question. Ses avocats se sont ensuite succédé pour plaider la relaxe pure et simple, relevant la mauvaise compréhension du chef d'accusation d'« atteinte au crédit de l'État » - au sens juridique du terme - et dénonçant surtout une véritable atteinte au droit de la presse.

De son côté, le contentieux de l'État a réclamé la somme de 2 millions de francs CFA au titre de réparation. Le délibéré doit être rendu le lundi 3 août prochain.

« Ben le cerveau »

Un autre procès s'est ouvert ce lundi 27 juillet au Mali : celui d'Adama Diarra, connu sous le nom de « Ben le cerveau », qui a comparu devant les chambres criminelles de la Cour d'appel de Bamako.

Emprisonné depuis près de trois ans, l'ancien dirigeant de l'organisation « Yerewolo-Debout sur les remparts » était un fervent soutien des militaires au pouvoir, aux premières heures de la Transition. Mais en septembre 2023, il avait été arrêté après avoir estimé, sur une radio nationale, que les avancées étaient trop lentes et que les militaires devaient respecter leurs engagements en organisant des élections, ce qui lui avait valu d'être condamné à une année de prison ferme. Toujours détenu depuis, le Parquet a requis, ce lundi, dix années d'enfermement contre « Ben le cerveau ». Ses avocats plaident l'acquittement.

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