Le grand théâtre judiciaire de la République Démocratique du Congo vient d'offrir un nouveau chapitre à sa longue chronique des passions politiques. Le départ fracassant de Constant Mutamba de la Cour de cassation, ce lundi 27 juillet 2026, dépasse la simple péripétie procédurale. C'est un authentique séisme symbolique. En invoquant la figure tutélaire de Socrate et en se disant prêt à «boire la ciguë», l'ancien garde des Sceaux ne fait pas que contester une citation à comparaître. Il pose un acte de défiance politique majeur face à l'appareil judiciaire.
Ce procès, pivot du scandale des millions détournés du FRIVAO, était censé incarner la reddition de comptes pour les victimes de la « guerre des six jours » à Kisangani. Ces martyrs de l'histoire attendaient une justice réparatrice, transparente et implacable. À la place, l'opinion publique assiste à une guerre de tranchées juridique où l'éthique se mêle dangereusement à la théâtralité. Mutamba dénonce un « système mafieux » coalisé pour sa chute, fustigeant des vices de forme et des greffiers faussaires. Ses contempteurs, eux, y voient une manoeuvre dilatoire d'un homme déjà condamné à trois ans de travaux forcés et à une amende de 19 millions de dollars.
C'est ici que réside le paradoxe absolu de notre système. Comment un ancien ministre de la Justice, architecte par le passé de l'autorité de l'État, en vient-il à rejeter les règles du temple qu'il dirigeait ? Sa posture de martyr pose une question de fond. La justice congolaise est-elle en train de s'affranchir des pressions pour dire le droit, ou sert-elle d'instrument d'épuration pour des règlements de comptes au sommet ? En quittant l'audience, l'accusé tente de délégitimer le verdict avant même qu'il ne tombe. Il transforme son box en tribune.
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Pendant ce temps, le coaccusé Chancard Bukolela reste dans la tempête, et les débats se poursuivent dans une salle vide de sa substance dramatique mais pleine de ses enjeux financiers. Le détournement présumé des fonds d'indemnisation ougandais constitue une insulte insupportable à la mémoire des victimes. Chaque dollar volatilisé est une trahison. La Cour de cassation se trouve désormais face à un défi immense : poursuivre l'examen du fond avec une rigueur absolue pour éviter que le procès ne bascule définitivement dans le vaudeville politique.
La ciguë de Socrate était le prix de la fidélité aux lois de la cité. Le choix de Mutamba de fuir l'arène pour prendre l'opinion à témoin montre que le combat se joue désormais hors des tribunaux. Pour le citoyen congolais, le spectacle est bien amer. Le pays a besoin d'institutions fortes, non d'allégories antiques. Si la justice veut sortir grandie de ce bras de fer, elle devra démontrer une impartialité irréprochable. Seule la vérité des faits, limpide et incontestable, permettra de clore ce chapitre tumultueux sans abîmer davantage la foi du peuple en ses juges.