Niger: Le cri de détresse des enfants du Président Mohamed BAZOUM, séquestré depuis le 26 juillet 2023

Le Niger est englué dans un étau de feu djihadiste inextricable, sans fin. BAZOUM Mohamed paie-t-il le lourd tribu d'une prime de confiance débordante vis-à-vis de la garde présidentielle qui veillait sur sa sécurité? Au regard de ce qui se passe, suite à sa séquestration qui remonte au 26 juillet 2023, les pièces du puzzle sautent progressivement. Malgré l'empathie dont jouissent encore le président Abdourahamane Tiani et son gouvernement auprès des masses populaires du pays et les actes forts posés pour l'assainissement du landerneau politique, la situation de l'ancien président nigérien devient un sujet central, qui préoccupe aussi bien du côté des associations des droits humains que des chancelleries étrangères. Qui régente en réalité en ce moment le sort de Mohamed BAZOUM au regard des dynamiques politiques, diplomatiques, tribales en mouvement ? Trois années sont passées comme le noeud d'une aiguille jetée en pleine mer, tout un mystère entoure le dossier BAZOUM Mohamed.

Chez la famille de l'ancien président (2021- 2023), le temps rétrécit cette bouée de sauvetage sur laquelle elle s'accroche, sans aucune maîtrise du demain proche. Le général Abdourahamane Tiani qui veille encore bien sur l'intégrité physique de l'ancien président nigérien, va-t-il réserver à l'opinion nigérienne et internationale des scénarii logiques ces jours ou semaines à venir pour la libération de Mohamed BAZOUM ? Seul lui le sait. Avec qui le fera-t-il? A force de le garder, l'affaire BAZOUM devient irréversiblement un cas d'école politique révélateur à tout point de vue. Voici dans son intégralité l'Appel des enfants de l'ancien président nigérien.

Depuis 1095 jours, notre père et notre mère Mohamed et Khadija BAZOUM n'ont vu aucun visage ami, entendu aucune voix familière, reçu aucune visite. Ils sont séquestrés comme otages par les militaires qui ont perpétré le coup d'État du 26 juillet 2023 au Niger.

Le supplice d'une famille qui ne voit pas le visage du pater

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Au cours de ces trois longues années, le sort de nos parents est resté le même marqué par un régime d'isolement social hermétique reposant sur la haine et le mépris. Le mépris est constant dans la façon dont nos parents sont traités. Ce mépris qui ne leur reconnaît aucune dignité.

Ces dernières années, d'autres pays africains ont connu des coups d'État. Nulle part les présidents qui en ont été victimes n'ont été traités de manière aussi radicale.

Au Mali et au Burkina Faso, les présidents renversés ont vite retrouvé une vie normale. En Guinée, au Gabon, en Guinée-Bissau et à Madagascar, ils vivent aujourd'hui libres, en exil.

Partout, les hommes qui ont pris le pouvoir par les armes ont au moins reconnu à ceux qu'ils renversaient leur qualité d'êtres humains. Partout, sauf au Niger où trois années après le putsch, nos parents continuent de ployer sous une chape de plomb impitoyable.

Chez nous, la mécanique de l'acharnement s'est mise en place dès les premières heures. Aussitôt après le putsch, ils ont été privés d'eau courante pendant 45 jours et d'électricité pendant 90 jours. Deux mois plus tard, leurs téléphones leur ont été confisqués, coupant le dernier fil qui les reliait au monde.

De tous les dirigeants de la gouvernance du PNDS, qui a duré 12 ans et 4 mois, au cours desquels notre père n'a été à la tête de l'Etat que pendant 28 mois, il est le seul à être privé de sa liberté. Même le droit d'être jugé, fût-ce par une justice aux ordres, ne lui a pas été concédé.

Le 2 avril 2026 marquait la fin légale du mandat de notre père. À partir de cette date, il n'est plus, au regard du droit, qu'un citoyen parmi ses compatriotes. Quel que soit le prétexte que les putschistes s'étaient donné pour le retenir, ce prétexte s'est éteint avec l'expiration du mandat.

Nous avons espéré, naïvement peut-être, que cette échéance mettrait fin à son calvaire. Il n'en a rien été. Même après cette date, nos parents restent interdits ne serait-ce que de descendre dans la cour de leur lieu de captivité pour jouir d'un rayon de soleil ou d'un souffle d'air. Partout dans le monde, même les plus redoutables criminels ont droit à une promenade quotidienne, à la lumière du jour, à la visite de leurs proches. Nos parents sont traités plus durement que les pires assassins.

On se rend facilement compte que ce qui leur est dénié c'est qu'ils sont des êtres humains.

Ce traitement, nos parents l'ont subi avec deux personnels de maison: un cuisinier et un homme de ménage. Mais depuis le 8 avril 2026, le cuisinier a craqué en sombrant dans une grave dépression, ce qui a entraîné sa libération. Depuis, c'est notre mère qui s'occupe des tâches qui lui étaient dévolues.

Partout ailleurs, les militaires putschistes ont reconnu aux personnes qu'ils ont renversées leur qualité d'êtres humains. Chez nous, les putschistes ne considèrent pas nos parents comme leurs semblables, mais comme des êtres à part, indignes de compassion et contre lesquels tous les abus sont permis.

BAZOUM soumis à un régime d'isolement Nous avons la ferme conviction que notre père n'est pas martyrisé pour ce qu'il a fait mais pour ce qu'il est. Si ce qu'il subit entrait dans le cadre des actes qu'il a posés en tant que responsable de l'Etat, il n'aurait pas été le seul à connaître ce sort. Si notre père était aujourd'hui privé de liberté au terme d'une procédure judiciaire, aux côtés de ses camarades de parti et de leurs alliés qui ont géré l'État de 2011 à 2023, personne ne nous entendrait dénoncer cette situation de cette façon. Mais le fait qu'il soit singularisé et soumis à un régime d'isolement draconien sans aucun contact avec l'extérieur pendant tant d'années est inacceptable.

Pour avoir coupé nos parents de tout cadre de sociabilité, le pouvoir militaire les a soumis à un régime de mort sociale. Il attend de ce régime leur anéantissement moral et physique.

Nous ne supportons plus ce traitement discriminatoire et nous crions notre indignation. Ce traitement singulier est en réalité l'illustration d'une haine irrationnelle, résultant de considérations absurdes et honteuses.

Après trois années de régime d'isolement social implacable, la junte entend continuer le martyre de nos parents, misant sur ses effets inévitables sur leur santé mentale et physique. Elle n'entend pas lâcher prise tant que l'irréparable n'aurait pas été commis. Dans sa majorité, la communauté internationale observe cet état de fait avec indifférence, comme si elle oubliait qu'il s'agit d'un président démocratiquement élu qui, durant son passage à la tête de l'Etat, a mis en oeuvre une gouvernance vertueuse et efficace sur les plans économique, sécuritaire et politique, dans le respect des droits de l'homme et des libertés.

Cri du désespoir

Nous lançons un appel, un cri du coeur, au peuple nigérien, aux dirigeants africains, au Secrétaire général de l'ONU, à tous les dirigeants politiques épris de justice, aux autorités morales du monde entier, aux sociétés civiles africaines, aux organisations de défense des droits de l'homme, en leur demandant d'agir avec célérité pour délivrer nos parents et mettre fin à un calvaire qui ne saurait perdurer.

Lucas, Zazia, Hinda, Haoua et Salem Bazoum

 

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