Tunisie: 'The Buena Vista Orchestra' à Hammamet - La ferveur intemporelle de Cuba portée par une nouvelle génération

Hammamet — Sous la lumière éclatante de la pleine lune qui dominait hier soir l'amphithéâtre de style grec à Dar Sebastian, à l'occasion de la 60e édition de son festival international de Hammamet, la musique cubaine a renoué avec ses racines africaines.

Accueillant The Buena Vista Orchestra, ce théâtre en plein air inspiré de l'architecture antique, réputé pour sa proximité unique avec la mer et l'intimité exceptionnelle qu'il offre entre les artistes et le public, est devenu le temps d'une soirée un trait d'union entre La Havane et le continent africain.

Ce théâtre a été inauguré en 1964, simultanément avec la toute première édition du festival (31 juillet-16 août) appelé alors « La saison internationale de Hammamet ».

Un trait d'union entre trois continents

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Seul en scène sous un projecteur unique, le producteur exécutif de The Buena Vista Orchestra, Steven Machat, a ouvert la soirée par une allocution consacrée aux racines africaines de la musique cubaine. Mêlant l'élégance de l'anecdote historique à une sincère admiration pour la Tunisie, il a d'abord partagé sa fascination d'enfance pour Hannibal, avant de convoquer le souvenir du mythique morceau de jazz A Night in Tunisia, une référence en résonance avec le cadre naturel de l'amphithéâtre.

Derrière l'humour, ce vétéran de l'industrie musicale, artisan de l'ombre pour des figures majeures de la scène mondiale (Genesis, Phil Collins, Peter Gabriel), a ainsi donné le ton de la soirée : « Ce soir, vous allez écouter un orchestre qui représente la musique venue d'Afrique, sa culture, mariée à celle de l'Europe lors de la déportation d'Africains réduits en esclavage vers le Nouveau Monde.

Trois continents se sont rencontrés à Cuba pour engendrer une culture qui, ce soir, revient vers vous, ici. C'est cette fusion originelle qui a donné naissance au R&B, au son, à la guajira, à la rumba et à la salsa. Oubliez tout ce qui vous tracasse et découvrez pourquoi nous sommes sur Terre : pour célébrer l'amour à travers les arts ».

L'héritage cubain transmis à une nouvelle génération

Dès l'ouverture sur No me molesto, le cha-cha-cha intemporel de l'Orquesta Aragón, l'orchestre a imposé sa signature offrant une interprétation d'une grande maîtrise, dénuée de toute nostalgie figée. Sur Guajira, ode à la campagne cubaine, le dialogue s'est noué de manière intime avec les spectateurs, l'architecture resserrée de l'amphithéâtre abolissant instantanément la distance entre la scène et les gradins.

Sur scène, l'orchestre était placé sous la direction musicale du violoniste cubain Rolando Morejón Reyes. Au milieu du spectacle, le chanteur leader Julio Rodriguez Delet a pris le contrôle du tempo pour présenter un à un, avec une élégance rare, les maîtres musiciens cubains de la formation qui l'entourent.

Dans la foulée, la vocaliste Barbara Zamora Vargas a instauré un jeu complice avec l'assistance, invitant le public à répéter des phrasés et des mots en espagnol. Une étincelle interactive qui a instantanément embrasé l'amphithéâtre, provoquant des vagues de déambulations et de danses spontanées notamment parmi les femmes captivées dans les gradins.

La ferveur s'est définitivement emparée du théâtre au son des accords de Chan Chan, chef-d'oeuvre de Compay Segundo. De l'effervescence de Candela au boléro suspendu Silencio où les harmonies vocales ont plongé le public dans un profond silence, le concert a traversé l'histoire culturelle cubaine. La charge historique de Bruca Manigua, premier titre à avoir introduit les rythmes sacrés afro-cubains dans la musique populaire dans les années 1930, a résonné avec une acuité particulière face à la mer.

Après la cadence festive de Bemba Colorá et l'énergie de Cucala, hommages vibrants à Celia Cruz, l'orchestre a livré un medley tout en nuances unissant Cerezo Rosa et Bésame Mucho, avant de clore le programme officiel sur le survolté El Cuarto de Tula.

En coulisses, à l'issue de la performance, le saxophoniste Jason Duarte, membre de The Buena Vista Orchestra, a souligné dans une rencontre avec l'agence TAP que cette musique puise ses racines dans l'héritage africain et conserve une capacité unique à rassembler des cultures, des langues et des générations.

Étant le seul à s'exprimer en anglais, le jeune artiste résidant en Californie, a résumé le sentiment partagé par les membres du groupe : « Avoir l'opportunité de jouer cette musique devant un public capable d'en apprécier chaque nuance, c'est un privilège unique. Au nom de tout le groupe, je peux vous dire que c'était une expérience magnifique, que nous garderons en mémoire pendant très longtemps ».

Interrogé sur la différence entre The Buena Vista Orchestra et le Buena Social Club d'origine, Jason Duarte insiste sur la continuité plutôt que sur la nostalgie. Le saxophoniste revendique une lignée musicale directe avec les figures emblématiques qui ont façonné cette formation légendaire, affirmant en même temps que l'orchestre ne cherche pas à reproduire le passé, mais à faire évoluer cet héritage.

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