À l'occasion du panel consacré au thème « Ressources naturelles, territorialités et conflictualités locales », organisé après l'ouverture de la conférence internationale, le Dr Yamingue Betinbaye, chercheur au Centre de Recherche en Anthropologie et Sciences Humaines (CRASH) de N'Djamena, a dressé un constat préoccupant sur l'ampleur des violences liées à l'accès aux ressources naturelles au Tchad et dans le Sahel
L'universitaire a souligné que les affrontements entre agriculteurs, éleveurs et autres usagers des terres et de l'eau constituent aujourd'hui l'une des principales causes de mortalité liée aux conflits au Tchad. « Sur les cinq dernières années, le nombre de morts enregistrés dans les conflits communautaires autour des ressources naturelles est largement supérieur à celui des autres défis sécuritaires, y compris la rébellion ou Boko Haram », a-t-il affirmé.
S'appuyant sur les travaux menés par le CRASH et une étude réalisée avec l'International Crisis Group, il a indiqué qu'entre 2021 et 2024, environ 1 007 personnes ont perdu la vie dans ces affrontements. Un bilan proche des estimations d'autres organisations, qui oscillent entre 861 et 1 207 décès sur la même période.
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Le chercheur a illustré cette tendance par plusieurs événements récents : les affrontements de Mandakao en mai 2025, ayant fait 42 morts autour d'un espace agro-pastoral, ceux du Barh El Ghazal en novembre 2025, où un conflit autour d'un puits a coûté la vie à 33 personnes, ainsi que les violences survenues en 2026 à Igoté, près de la frontière soudanaise, qui ont fait 42 morts. Ces crises locales sont parfois rapidement politisées ou associées à d'autres enjeux sécuritaires, alors qu'elles trouvent leur origine dans des différends liés à l'accès à l'eau, aux pâturages ou aux terres.
Au-delà de ce constat, le Dr Betinbaye a insisté sur les dynamiques de rapprochement qui existent également entre les communautés. Il a cité l'exemple de la plaine du Sourou, au Mali, où une gestion décentralisée des ressources naturelles favorise le dialogue entre les différents usagers grâce à un transfert effectif des responsabilités vers les acteurs locaux.
Il a également mis en avant le rôle déterminant des autorités traditionnelles dans la prévention et le règlement des conflits. Leur efficacité, a-t-il expliqué, dépend avant tout de leur légitimité auprès des populations. Lorsque cette confiance existe, les médiations permettent souvent d'éviter l'escalade des violences et de parvenir à des accords durables.
Le chercheur a enfin appelé à renforcer les mécanismes locaux de gouvernance des ressources naturelles, à consolider la présence de l'État et à prévenir l'instrumentalisation des tensions communautaires par des acteurs armés. Pour lui, la résilience du Sahel passe autant par une meilleure gestion des ressources que par le renforcement du dialogue entre les communautés.