Dakar accueille depuis hier, mardi 28 juillet une conférence internationale consacrée aux liens complexes entre dérèglement climatique, insécurité et gouvernance dans l'espace sahélien. Pendant deux jours, chercheurs, experts, institutions régionales et acteurs de terrain croisent leurs analyses au Musée Théodore Monod de l'IFAN pour proposer des pistes d'action face aux défis émergents.
Le Sahel est au coeur d'une vaste réflexion scientifique internationale organisée à Dakar. Ouverte au Musée Théodore Monod, la conférence consacrée au changement climatique, à la sécurité, aux risques émergents, aux conflictualités et aux capacités de résilience, rassemble des universitaires, des chercheurs, des représentants des institutions publiques, des forces de défense et de sécurité, ainsi que des acteurs de la société civile venus d'Afrique, d'Europe et d'Amérique.
Organisée par l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) à travers l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN), l'Université Abdou Moumouni de Niamey, le Laboratoire d'études et de recherche sur les dynamiques sociales et le développement local (LASDEL), avec l'appui de l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur (ARES) de la Fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique, cette rencontre scientifique bénéficie notamment du soutien du programme de recherche pour le développement porté par le Dr GarbaAbdoul Azizou de l'Université catholique de Louvain.
Pour ce dernier, l'objectif est de dépasser les analyses classiques du changement climatique pour interroger ses interactions avec les enjeux sécuritaires dans une région marquée par les conflits armés, les déplacements de populations et la pression croissante sur les ressources naturelles. « Cela fait longtemps qu'on parle du changement climatique aux niveaux national et international. Il faut désormais placer ce débat dans un cadre scientifique réunissant experts, chercheurs et acteurs de la société civile afin de comprendre le lien entre changement climatique et sécurité dans le contexte sahélien actuel », a expliqué le Dr Garba Abdoul Azizou.
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Les travaux doivent permettre d'aboutir à des recommandations opérationnelles destinées aux décideurs publics. La réflexion s'élargit également aux questions de paix et de gouvernance, considérées comme essentielles pour répondre aux crises multidimensionnelles qui affectent le Sahel.
Une approche globale de la sécurité
Dans son discours d'ouverture, le directeur de l'IFAN, le professeur Matar Ndiaye, a insisté sur la nécessité d'une lecture interdisciplinaire des transformations en cours. « Les défis auxquels le Sahel est confronté ne peuvent être appréhendés qu'à travers une approche résolument interdisciplinaire », a-t-il souligné, appelant à un dialogue entre sciences sociales, sciences environnementales, études stratégiques et pratiques institutionnelles.
Le directeur de l'IFAN a rappelé que les populations sahéliennes subissent déjà les conséquences du changement climatique, marquées par la multiplication des sécheresses, des inondations, des feux de brousse, de la dégradation des terres et de la salinisation des ressources hydriques. Selon lui, ces bouleversements compromettent durablement les moyens de subsistance des communautés et exacerbent les tensions liées à l'accès aux ressources naturelles
Pour le professeur Ndiaye, la sécurité au Sahel ne peut plus être envisagée uniquement sous l'angle militaire. Elle doit intégrer les dimensions environnementales, sociales, économiques, institutionnelles et culturelles. Les sciences humaines et sociales, a-t-il indiqué, permettent notamment de mieux comprendre les mobilités, les dynamiques foncières, les perceptions du risque et les stratégies d'adaptation développées par les communautés.
La résilience au coeur des débats
Présent à la rencontre, le secrétaire exécutif de l'Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte, le professeur Almoustapha Garba, a rappelé que son institution travaille précisément sur les questions de résilience face aux effets du changement climatique, à la désertification et à la dégradation des ressources naturelles. « La question sécuritaire, qui est une grande préoccupation aujourd'hui au Sahel, a un lien très particulier avec les changements climatiques », a-t-il affirmé, estimant que les échanges doivent permettre d'identifier les risques émergents et de formuler des recommandations utiles aux gouvernements et aux populations.
Le choix de Dakar pour abriter cette conférence n'est pas fortuit. Pour le Dr Garba Abdoul Azizou, la capitale sénégalaise est un espace intellectuel, et l'UCAD et l'IFAN offrent un cadre historique pour discuter des problématiques africaines. Le Sénégal, relativement épargné par les violences djihadistes qui touchent plusieurs pays sahéliens, représente également un terrain d'analyse des pratiques de gouvernance et de résilience.
À travers cette rencontre, les participants aspirent à produire une « intelligence collective » capable d'éclairer les politiques publiques et de renforcer les coopérations scientifiques. Au-delà des crises qui le traversent, le Sahel est aussi présenté comme un espace d'innovation et d'adaptation, où les populations développent quotidiennement des stratégies pour faire face aux incertitudes climatiques et sécuritaires.