Dirigée par l'imam Cissé Djiguiba, la Fondation lutte activement contre l'excision par la sensibilisation de terrain.
L'imam Cissé Djiguiba Abdallah est l'une des principales figures de l'islam en Côte d'Ivoire. Imam principal de la mosquée "Salam" du Plateau, à Abidjan, il est aussi connu pour son engagement en faveur du dialogue interreligieux, de la paix et de nombreuses causes sociales. Il est engagé contre l'excision qui continue de toucher des milliers de femmes et de jeunes filles, en dépit de son interdiction par la loi. Il est le président fondateur de la Fondation Djigui : la Grande Espérance, qui oeuvre pour la protection des femmes et des enfants et contre les mutilations génitales féminines. Il répond aux questions de la DW.
DW : Dites-nous imam Cissé, l'excision est-elle une prescription de l'islam ou révèle-t-elle de traditions culturelles antérieures à la religion ?
Imam Cissé Djiguiba : L'excision est un phénomène important dans la vie des peuples et des nations. Les chercheurs, historiens et anthropologues disent que l'Égypte ancienne depuis 4000 ans pratiquait déjà l'excision. Donc ce n'était pas pratiqué à la Mecque.
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La pratique a été vue et découverte par le messager d'Allah, à son arrivée à Médine. Et à partir de là, la plupart des exégètes fondent leur argument en disant que le prophète a vu et n'a pas interdit cela. Donc ici, qu'est-ce qu'on peut retenir ? On retient que ce n'est pas une pratique que l'islam a rendue obligatoire.
DW : Malgré l'implication du gouvernement à interdire l'excision, malgré votre investissement dans la sensibilisation, dans la nuit du 30 juin dernier, cinq fillettes âgées de 3 à 9 ans ont été victimes d'excision dans la région de Bongouanou. Quelles responsabilités les leaders religieux musulmans, comme vous, ont-ils dans la sensibilisation de la communauté ?
Imam Cissé Djiguiba : Cette question est extrêmement importante. Nous avons élaboré un plan stratégique de lutte contre les mutilations génitales féminines et toute forme de violence à l'égard de la femme. Dans notre plan stratégique, nous avons ciblé un certain nombre de postes de résistance. Alors, il y a la communication qui est un volet important, indispensable. Nous avons organisé des séminaires de formation et d'information sur le sujet de l'excision avec les professionnels de la communication et même les communicateurs traditionnels. Nous avons eu un séminaire avec les leaders religieux et les leaders traditionnels pour leur expliquer ce qu'on soutient comme notre tradition. Nous avons des traditions très positives, l'hospitalité africaine et l'éducation globale que nous avons en Afrique, que l'enfant appartient à toute la communauté et chacun doit s'employer à l'aider à réussir. Ce sont des valeurs positives à perpétuer. Dans toutes ces campagnes de proximité et de formation que nous avons organisées, l'objectif est qu'ils soient des relais de l'information et de la sensibilisation dans les différentes contrées du pays. Les personnes qui se sont rendues coupables de cette opération d'excision à Bongouanou, qu'ils soient arrêtés, qu'ils soient jugés et écroués.
DW : Il y a ceux qui pensent que ça fait partie de leur culture, et il y a ceux d'autre part qui pensent que la religion le leur recommande. Alors, comment concilier le respect des traditions locales avec les enseignements de l'islam lorsqu'une pratique aussi est susceptible de porter atteinte à l'intégrité physique de la personne ?
Imam Cissé Djiguiba : Il y a une différence entre ceux qui ont entendu parler de l'excision et ceux qui ont vu comment et quelles sont les conséquences de la pratique de l'excision. Donc, nous avons invité une gynécologue obstétricienne qui est venue faire un exposé. Lorsqu'elle a fait l'exposé avec une diapo à l'appui et les conséquences en tant que femme, elle a réussi. Mes collègues qui m'avaient stigmatisé sont passés à l'aveu pour dire : "Ah, l'imam, dorénavant, nous serons avec toi dans la lutte contre ces fléaux."
DW : Malgré les lois, malgré la volonté du gouvernement à y mettre fin, malgré vos nombreuses campagnes de sensibilisation, il existe encore des poches de résistance. Quel message, alors, adressez-vous aujourd'hui à ces familles musulmanes ou non qui hésitent encore à abandonner cette pratique qui ne fait que faire du mal ?
Imam Cissé Djiguiba : Je pense que l'ignorance est la mère de tous les maux. Nous sommes optimistes que ceux qui n'ont pas compris hier ont compris aujourd'hui et nous continuons la sensibilisation sur toute l'étendue du territoire. Néanmoins, cette lutte a besoin de moyens, de moyens logistiques, parce qu'il faut se déplacer pour accélérer cette sensibilisation. Je crois que dans un très court temps, on dira qu'il a existé un phénomène qui s'appelle l'excision de la femme.