Ile Maurice: Drishtysing Ramdenee - «Une clarté doit être établie en termes de régulation, de fiscalité et d'environnement des affaires»

Après le Budget 2026-2027, le secrétaire général de la MCCI, Drishtysing Ramdenee, appelle à davantage de clarté fiscale et réglementaire pour restaurer la confiance et stimuler l'investissement privé. Il estime que la consolidation des finances publiques doit aller de pair avec une stratégie de croissance et de compétitivité.

Un mois après l'annonce du Budget 2026-2027, quel bilan dressez-vous ?

Dès le lendemain du Budget, nous avons pris contact avec nos membres pour évaluer les impacts des différentes mesures et structurer les représentations requises. Plusieurs préoccupations ont été remontées par ces derniers, notamment sur tout ce qui touche à la taxe sucre, aux taxes sur le plastique (PET), à la mise en place d'un cadre potentiel pour l'importation parallèle, ainsi que sur plusieurs secteurs où des variations au niveau de la taxation ont été détectées.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Nous avons soumis plusieurs mémoires dans ce sens, pour mettre en évidence ces impacts et demander une révision des mesures afin de maintenir la pérennité des industries concernées. Plus précisément, au niveau de la taxe sucre, il faut souligner que celle-ci peut représenter jusqu'à 450 % d'augmentation au niveau des produits finis, mettant ainsi en péril la soutenabilité même de plusieurs entreprises.

Au niveau de la taxation des bouteilles PET, nous apprécions la mise en place d'une liste d'exemption d'environ 38 produits, afin de réduire les effets cumulés sur l'inflation. Nous réitérons que la démarche au niveau de la gestion du plastique doit se faire précisément selon une démarche holistique prônant la circularité. Ainsi, il est important que, dans les discussions à venir, la considération se fasse autour de l'alignement sur les feuilles de route nationales et internationales en matière de circularité.

Le Budget met aussi en perspective plusieurs axes de développement, sur lesquels la structuration d'un plan d'action et d'une feuille de route de mise en oeuvre est essentielle. Par rapport à cela, nous maintenons le soutien du secteur privé dans toute démarche liée au développement des projets dans une structuration publique-privée notamment en ce qui concerne la construction, l'éducation ou encore la formation.

Comment qualifieriez-vous aujourd'hui le climat de confiance au sein du secteur privé en matière d'investissement après la présentation du Budget ?

La question de l'investissement repose sur plusieurs paramètres. Le premier étant la prévisibilité du marché. Ensuite, la solidité de l'environnement des affaires, le fondement des piliers macroéconomiques du pays et la prédictibilité. Nous avons, après le Budget, organisé un événement inter-Chambres où plus de 300 opérateurs étaient présents. Au-delà des discussions et des panels, plusieurs questions centrales ont été posées, notamment autour des paramètres mentionnés, mais aussi sur d'autres sujets tels que l'innovation et les piliers du futur. Les opérateurs ont été invités à exposer leur point de vue.

Il est clair qu'aujourd'hui le sentiment est très varié, dépendamment des questions transversales mais aussi des profils des entreprises. Dans la conjoncture actuelle, marquée par des pressions exogènes et par des changements de politique visant à consolider la soutenabilité fiscale, le moment ne se prête pas à un diagnostic tranché sur un sentiment. Il y a aujourd'hui trop de changements simultanés pour pouvoir se prononcer clairement sur ce sentiment.

Ce qui est essentiel, et ce que demandent les entreprises, c'est que, au-delà des modifications qui dépendent du cycle budgétaire, une clarté doit être établie en termes de régulation, de fiscalité et d'environnement des affaires. Il faut aussi préciser que le gouvernement, aujourd'hui, doit composer avec des paramètres qui ne sont plus seulement locaux, mais mondiaux, qu'il s'agisse de tensions internationales, ou encore, de tarifs douaniers. C'est dans ce contexte que se pose la question de la confiance. Ce qui compte davantage, c'est de définir un cadre clair pour la suite.

Vous avez évoqué la nécessité d'aller au-delà de la consolidation fiscale pour relancer la croissance : concrètement, quelles pistes la MCCI met-elle en avant ?

Pour la MCCI, la consolidation fiscale doit aller de pair avec une véritable stratégie de croissance. Le redressement des finances publiques ne pourra être durable que s'il s'accompagne d'une relance de l'investissement, d'un renforcement de notre base productive et d'une amélioration de la compétitivité. En premier lieu, nous devons penser à la mise en place de structures afin de débloquer les projets en attente de permis.

Le cycle d'investissement est aujourd'hui extrêmement dynamique, et le principe d'efficacité et de facilitation dans le traitement des permis doit être au coeur de notre stratégie d'accélération de la croissance.

Nous devons aussi reprioriser notre stratégie d'excellence en matière d'«ease of doing business», et faire de celle-ci une garantie de confiance pour les investisseurs et les opérateurs, afin qu'elle devienne une pierre angulaire de notre proposition de valeur en termes de promotion internationale. Nous préconisons la mise en place de structures à différents niveaux afin de revoir et d'optimiser les procédures, deuxièmement, les procédures de permis et les régulations, dans l'optique de faciliter les affaires et d'assurer la conformité.

Troisièmement, nous devons singulariser, clarifier et opérationnaliser nos efforts en matière de transformation. Il nous faut aussi soutenir l'économie, faciliter l'accès à la main-d'oeuvre et améliorer nos infrastructures liées à la collectivité. Nous devons également encourager les projets publics et privés, notamment en ce qui concerne l'énergie et la logistique, pour débloquer des investissements significatifs, tout en maintenant la soutenabilité fiscale. Enfin, nous devons rétablir la prédictibilité et les schémas de soutien dans les secteurs existants. Nous devons travailler avec constance et clarté dans la mise en place des nouveaux piliers.

Il est aussi important de déterminer qu'une économie structurée autour de l'investissement n'est pas en opposition avec la consommation. Nous voyons que plusieurs industries manufacturières dépendent d'une base de consommation, et de la clarté dans ce sens, pour pouvoir consentir des investissements importants. Ainsi, la politique de compétitivité et de concurrence ouverte doit rester le levier permettant d'assurer une dynamique saine entre la consommation et l'investissement dans ce secteur.

Le coût de la vie continue d'augmenter pour les ménages mauriciens... Quelles seraient les solutions pour alléger cette pression sur le pouvoir d'achat ?

Nous devons d'abord reconnaître que la question de l'inflation touche l'ensemble de la communauté internationale, même les pays producteurs, ou ceux qui se trouvent proches des centres de production. Les différents conflits internationaux, l'augmentation des prix des matières premières, ainsi que la fluctuation des devises et la hausse des coûts de la logistique, comptent parmi les principales causes de l'inflation.

Malgré cela, des mécanismes de contrôle des prix couvrent plusieurs catégories de produits essentiels et la disponibilité des produits a pu être maintenue. En juin 2026, l'inflation s'établissait à 3,7 % sur un an et à 4,1 % en moyenne sur douze mois, selon Statistics Mauritius. Cette situation contraint toutefois la profitabilité des entreprises, qui doivent absorber l'augmentation du coût de leurs intrants avec une marge de manoeuvre limitée pour répercuter ces coûts dans les prix. Il convient de privilégier des interventions mieux ciblées.

Lorsque des contrôles de prix sont nécessaires, ils devraient porter prioritairement sur un nombre limité de produits essentiels, tandis que les aides devraient être orientées vers les ménages les plus exposés à la hausse du coût de la vie. Cette approche permettrait de protéger le pouvoir d'achat tout en préservant l'emploi, la continuité de l'approvisionnement et le bon fonctionnement du marché. À plus long terme, il faudra renforcer la concurrence, la transparence des prix et la compétitivité, tout en facilitant l'accès aux produits génériques.

Quelle analyse faites-vous sur des secteurs traditionnels montrant aujourd'hui des signes d'essoufflement ?

D'abord, il faut préciser que le mot «essoufflement» ne doit pas être associé à des secteurs qui seraient qualifiés de «sunset», c'est-à-dire en déclin structurel. L'essoufflement doit plutôt être vu dans le sens de secteurs dont les performances peuvent être cycliques. Il s'agit de secteurs qui demandent des réformes, et pour lesquels un appui est nécessaire afin que les nouvelles structures soient en adéquation avec les nouveaux paradigmes.

Prenons le secteur manufacturier, où certains segments, dont les dispositifs médicaux (medical devices), connaissent au contraire un élan positif.

Un appui continu pour favoriser la consolidation et l'expansion de ce segment devrait être une priorité.

En lien avec l'augmentation de la compétitivité internationale et les défis structurels qui en découlent, un appui à l'investissement est nécessaire également pour le textile, notamment en ce qui concerne l'optimisation et la compréhension des normes, ainsi que le soutien à la fabrication sous contrat et à la diversification de la gamme de produits, entre produits courants et produits premium.

Estimez-vous qu'il y a aujourd'hui un sentiment au niveau du privé à l'effet que l'essentiel du financement des pensions est porté sur une taxation ciblée des plus hauts revenus ?

La réponse à cette question se situe aussi dans le prolongement des réponses précédentes. Aujourd'hui, les besoins macroéconomiques se situent en grande partie sur la capacité de réinvestir, et sur la capacité à donner aux entreprises et aux investisseurs les moyens de se réengager dans l'innovation. De plus, au niveau de la compétitivité internationale, plusieurs juridictions se positionnent aujourd'hui pour attirer les investisseurs.

Le niveau de taxation des revenus à Maurice est déjà tel que l'attractivité du pays devient un enjeu de plus en plus important dans ce contexte de concurrence entre juridictions. Il faut ici apporter une précision technique : si le taux d'imposition reste à 15 %, il est aujourd'hui beaucoup plus élevé pour plusieurs secteurs, avec, par exemple, la taxe CSR pouvant atteindre 39 à 40 % dans certaines catégories.

De ce fait, la taxation est l'une des raisons pour lesquelles la capacité d'innovation des entreprises se trouve réduite, dans un contexte international de plus en plus compétitif, alors que ces mêmes entreprises auraient pu, avec cette marge, investir et innover davantage. Comme nous l'avons mentionné à propos des secteurs en essoufflement, il faut tenir compte de l'ensemble de ces paramètres pour assurer la pérennité des entreprises.

Faire basculer davantage les considérations sociales sur la taxation, dans ce contexte serait en opposition à la question d'innovation, de résilience et d'attractivité pour une reprise économique.

Avez-vous étudié l'impact réel du congé maternité sur le secteur privé, en particulier pour les PME ?

La MCCI soutient pleinement le principe du congé de maternité. La vraie question est de savoir comment l'appliquer de façon soutenable, en particulier pour les petites et moyennes entreprises qui n'ont pas la même capacité d'absorption qu'une grande structure. Pour une PME de dix ou quinze employés, l'absence prolongée d'une collaboratrice-clé peut avoir un impact disproportionné sur son fonctionnement quotidien.

LaMCCI ne remet pas en question le principe, mais est pour une réflexion avec les autorités concernées, à des mesures pratiques pour les PME, pour que la protection des employées ne se traduise pas par une charge disproportionnée sur les plus petites structures, qui forment l'essentiel du tissu économique mauricien.

La MCCI préconise une approche prudente par rapport à l'importation parallèle. Pourquoi ?

Maurice est une petite économie insulaire qui importe une grande partie des produits qu'elle consomme. Les distributeurs agréés ne se contentent pas seulement d'importer des produits : ils investissent dans la conformité réglementaire, la traçabilité, le contrôle de qualité, les infrastructures de stockage, la chaîne du froid, les services de paiement, les garanties, les rappels de produits, ainsi que la continuité de l'approvisionnement, au-delà d'autres paramètres liés au soutien de l'emploi dans les segments du marketing, du développement de marque, de la conformité et de l'innovation industrielle.

Les importations parallèles pourraient fragmenter ces chaînes de responsabilité. En cas de produits défectueux, la question de la responsabilité deviendrait complexe à gérer. En réduisant les marges des distributeurs, la capacité de ces derniers à assurer l'approvisionnement de produits innovants à faible demande pourrait ne plus être viable. Ces préoccupations sont encore plus importantes pour les produits alimentaires et de santé.

Les importations parallèles risquent également d'affaiblir les réseaux de distribution officiels, qui investissent durablement dans les entrepôts, dans les usines de fabrication locale, et dans la garantie de la qualité de service. Permettre à des opérateurs de bénéficier de ces investissements sans faire face aux mêmes obligations ni les mêmes conditions crée une concurrence déséquilibrée, pouvant fragiliser l'investissement. Les risques et les impacts sur un segment aussi large ne sont, à ce stade, pas suffisamment connus.

De plus, l'éloignement géographique de Maurice par rapport aux principaux centres de production mondiaux, ainsi que le besoin de garantir une base de production locale et de maintenir les emplois dans le secteur manufacturier, viennent questionner le principe de l'importation parallèle. Il en résulte qu'encourager la compétitivité, en permettant l'introduction de nouvelles marques et de produits génériques, et en déterminant des seuils de contribution économique, tel que l'emploi, pour être éligible à la protection de la propriété intellectuelle autour d'une marque, pourrait constituer une piste pour l'avenir.

Tout un écosystème, qui emploie des dizaines de milliers de personnes autour de la distribution, de la fabrication, du marketing, des marques et des réseaux de succursales, entre autres, pourrait être impacté. Des analyses détaillées d'impact sont essentielles avant toute décision.

Pensez-vous que la State Trading Corporation joue un rôle croissant sur le marché ?

La STC a tout son rôle à jouer dans la structure d'importation et de garantie de commodités stratégiques, telles que le pétrole et les produits pétroliers. Bien qu'ayant mis en avant plusieurs de nos préoccupations sur la stratégie du gouvernement d'encourager l'importation d'autres produits par la STC, nous comprenons la visée du gouvernement de faire baisser les prix via ce mécanisme.

Ce qui est important, c'est que toute activité de la STC se fasse sur un terrain équitable vis-à-vis des activités des opérateurs du secteur privé. Notamment, que la gestion des marchés se fasse selon la capacité réelle des opérateurs, que l'accès aux financements soit équitable, et qu'il n'y ait pas de guerre commerciale déloyale. Et que les ventes ne puissent se faire en dessous du prix de revient.

La STC ne peut opérer que selon des paramètres commerciaux et éthiques, en lien avec les bonnes pratiques, en se souscrivant aux différents principes de la Competition Act et aux régulations connexes.

Comment analysez-vous les perspectives économiques des mois à venir ?

Nous ne pouvons nier que nous nous retrouvons dans une situation complexe, avec le besoin, d'une part, de nous aligner sur des principes de soutenabilité fiscale, et, d'autre part, de faire face à plusieurs défis internationaux inconnus, qu'ils soient tarifaires, logistiques, ou autres.

Dans son Article IV publié le 15 juillet 2026, le FMI prévoit une croissance de 2,8 % en 2026 dans son scénario de base, avec une inflation en glissement annuel d'environ 6,4 % à la fin de l'année. Dans un scénario défavorable reposant sur l'hypothèse d'un conflit prolongé, la croissance serait ramenée à 1,9 %, tandis que l'inflation pourrait atteindre 8,5 %.

Dans ce contexte, nous devons concentrer nos efforts sur les leviers que nous maîtrisons: accélérer l'exécution des projets, débloquer l'investissement, améliorer la prévisibilité du cadre réglementaire et fiscal, et renforcer notre compétitivité ainsi que notre capacité de diversification. C'est sur ces éléments que reposera notre capacité à préserver la confiance, à renforcer notre résilience et à progresser vers de meilleurs équilibres économiques.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.