Il y a 34 ans jour pour jour, le Cameroun perdait sa Première dame. Jeanne Irène Biya avait 56 ans seulement. Et pourtant, aujourd'hui, combien de jeunes Camerounais connaissent son nom ?
Le silence après la musique
Cette signature tune de la CRTV ( Cameroon Radio Television) ne me quittera jamais.
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Celui qui annonçait les grandes douleurs nationales. Pendant des semaines, il a accompagné les images de ses oeuvres, de la veillée, de l'enterrement. Puis le silence est revenu. Un silence définitif.
On nous a parlé de maladie. En coulisses, d'autres voix, y compris parmi ses proches, murmuraient autre chose : un complot, une main du pouvoir. Sa première épouse, mariée à lui depuis 1961.
Mais le débat a été étouffé. Trop vite.
Effacée, même dans la pierre
Sage-femme à l'Hôpital Central de Yaoundé, elle a consacré sa vie aux plus petits. Élégante, présente, d'un style intemporel. Première dame du Cameroun de 1982 à 1992, elle incarnait une certaine idée de la dignité.
Et sa récompense ?
Les Camerounais n'ont pas pu lui dire adieu. Cercueil fermé.
Pire : son oeuvre a été effacée. Le Pavillon Jeanne Irène qu'elle avait porté à l'Hôpital Central porte aujourd'hui un autre nom. Il est devenu la Fondation Chantal BIYA.
Son nom retiré des murs. Sa mémoire retirée de l'histoire officielle.
Les questions qu'on n'ose plus poser
Et si elle était encore en vie ?
Aurait-elle dit à son mari de partir après 1992 ?
L'aurait-il écoutée ?
Serait-elle restée ou serait-elle partie ?
Aurait-elle protégé son fils Frank des tempêtes politiques ?
On ne saura jamais. Ceux qui auraient pu répondre ont choisi l'oubli.
En mémoire
On n'oublie pas une femme parce qu'elle n'est plus là.
On l'oublie quand on décide de ne plus prononcer son nom.
Aujourd'hui, 34 ans après, je prononce le sien : Jeanne Irène Atyam Ndoumin Biya.