À quatre jours du Magal de Touba, à quelques semaines des Jeux olympiques de la jeunesse et au moment où le Sénégal accède aux plus hautes responsabilités au sein de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye veut accélérer l'action gouvernementale. Réuni mercredi 29 juillet au Palais de la République, le Conseil des ministres a posé les axes d'une période marquée par l'urgence des préparatifs du grand rassemblement religieux, la volonté de refonder le système éducatif, le renforcement de la recherche scientifique, la modernisation de la justice et l'affirmation de la diplomatie sénégalaise sur la scène régionale.
Touba mobilise l'Etat
Le premier dossier abordé a été celui du Magal de Touba, dont la 132e édition sera célébrée le dimanche 2 août. À l'approche de cet événement qui rassemble chaque année plusieurs millions de fidèles, a demandé au gouvernement de mobiliser l'ensemble des moyens nécessaires pour assurer le bon déroulement des célébrations. L'accent a été particulièrement mis sur la sécurité des personnes, la fluidité de la circulation et l'organisation logistique, car les déplacements vers la cité religieuse atteindront leur pic au cours des prochains jours.
Le président de la République a rappelé que le Magal occupe désormais une place singulière dans le patrimoine national, depuis son inscription, en 2025, sur la liste des éléments du patrimoine culturel. Au-delà de sa dimension spirituelle, cette reconnaissance consacre également l'importance historique, sociale et culturelle d'une manifestation devenue l'un des plus grands rassemblements religieux du continent.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Revenant sur son déplacement effectué à Touba les 26 et 27 juillet, Bassirou Diomaye Faye a évoqué son audience avec le khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké. Cette visite lui a permis, a-t-il indiqué, de réaffirmer l'engagement de l'État à accompagner le développement de la ville sainte, dans les secteurs de l'hydraulique et de l'assainissement, considérés comme des priorités pour répondre à la croissance démographique et à l'affluence exceptionnelle enregistrée lors des grands événements religieux.
Refonder l'école
L'autre grande priorité du Conseil des ministres est relative à l'éducation, que le président de la République a présentée comme le fondement même de la construction nationale. Saluant les performances des élèves ayant brillamment réussi les différents examens de fin d'année, il a demandé aux ministres chargés de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle et de l'Enseignement supérieur d'engager, sous la coordination du Premier ministre, une évaluation complète de l'année scolaire et universitaire 2025-2026.
Cette évaluation devra servir de point de départ à une transformation profonde du système éducatif, fondée sur une démarche concertée et partagée avec l'ensemble des acteurs. Le chef de l'État souhaite que cette réforme permette d'améliorer la qualité des enseignements, de renforcer les performances du système et de mieux adapter la formation aux exigences du développement économique et social du Sénégal.
Il a également demandé une accélération des programmes de construction d'établissements scolaires et universitaires sur l'ensemble du territoire. Il s'est félicité de la livraison de nouvelles infrastructures à l'Université du Sine Saloum El Hadji Ibrahima Niass, tout en annonçant qu'il présidera, dès aujourd'hui, la cérémonie de remise des prix aux meilleurs élèves du Concours général 2026, rendez-vous de l'excellence scolaire.
La recherche en première ligne
Le Conseil des ministres a également consacré une place importante à la recherche scientifique et à l'innovation technologique. Tirant les enseignements de la rentrée solennelle de l'Académie nationale des Sciences et Techniques, organisée le 21 juillet autour de la souveraineté alimentaire, le président de la République a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités de cette institution afin qu'elle accompagne plus efficacement la mise en oeuvre de l'Agenda national de Transformation Sénégal 2050.
C'est ainsi qu'il a demandé la création d'un Fonds national de promotion de la recherche et de l'innovation destiné à soutenir les travaux scientifiques et les projets innovants. Il a également appelé à l'ouverture d'une réflexion sur la création d'un Conseil national de la Recherche et de l'Innovation, tout en accélérant l'élaboration du futur plan national consacré à l'intelligence artificielle, appelée à devenir l'un des principaux moteurs de la compétitivité économique et technologique du pays.
Justice et service public
Sur le front de la gouvernance, Bassirou Diomaye Faye a annoncé avoir reçu le rapport annuel 2025 du Médiateur de la République ainsi que les rapports 2024 et 2025 de l'Observateur national des lieux de privation de liberté. Il a demandé au gouvernement de donner une suite concrète aux recommandations formulées par ces institutions, en corrigeant les insuffisances relevées dans le fonctionnement des services publics et en renforçant les garanties offertes aux citoyens.
Cette volonté de modernisation concerne également le ministère de la Justice, auquel plusieurs réformes prioritaires ont été confiées. Le chef de l'État souhaite notamment accélérer le traitement des dossiers en instance devant les juridictions d'appel, adapter le cadre réglementaire applicable aux personnes souffrant de déficiences mentales et poursuivre la réforme de l'administration pénitentiaire. Celle-ci devra notamment aboutir à la finalisation du statut des personnels ainsi qu'à l'élaboration d'un nouveau Code pénitentiaire destiné à moderniser l'organisation carcérale.
Dernière ligne droite pour les JOJ
À moins de trois mois de l'ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, le président de la République a également demandé une mobilisation renforcée de l'ensemble des administrations concernées. Alors que les infrastructures sportives entrent progressivement dans leur phase de réception, il a chargé le Premier ministre d'accélérer les travaux routiers et les opérations d'aménagement destinés à garantir le succès de cette première édition olympique organisée sur le continent africain. Il a également insisté sur la nécessité d'associer pleinement les collectivités territoriales et les populations à cette dynamique nationale.
L'heure diplomatique
Le Conseil des ministres a enfin été marqué par un long développement consacré au rayonnement diplomatique du Sénégal à l'échelle ouest-africaine. Revenant sur le sommet de la CEDEAO tenu le 19 juillet à Freetown, Bassirou Diomaye Faye a salué une séquence qu'il considère comme l'une des plus importantes réussites diplomatiques enregistrées par le pays ces dernières années.
Élu président en exercice de l'organisation régionale pour un mandat d'un an, le chef de l'État voit dans cette désignation une marque de confiance exceptionnelle accordée au Sénégal par ses partenaires ouest-africains. Cette reconnaissance s'est doublée de l'élection du général d'armée aérienne Birame Diop à la présidence de la Commission de la CEDEAO pour la période 2026-2030, tandis que Dakar s'est vu confier la délicate mission de faciliter le processus de règlement de la crise politique en Guinée-Bissau.
Le président de la République a interprété ces différentes responsabilités comme l'expression du regain d'influence diplomatique du Sénégal dans la sous-région. Il a adressé ses remerciements aux chefs d'État de la CEDEAO pour la confiance accordée au pays, avant d'évoquer la visite de travail qu'il a effectuée le 28 juillet à Bamako, à l'invitation du président de la transition malienne, le général Assimi Goïta. Une rencontre qui s'inscrit dans la volonté affichée de Dakar de maintenir un dialogue constant avec l'ensemble des États de la région, dans un contexte où les défis sécuritaires, politiques et économiques imposent une coopération renforcée.