Des experts ont identifié plusieurs obstacles au développement des énergies propres dans le secteur industriel. A l'occasion d'une table-ronde organisée hier, jeudi 30 juillet, par Africa Climate Insights (ACI) ils estiment que le Sénégal devra s'attaquer à l'obsolescence des équipements industriels et aux importantes pertes d'énergie qui affectent les unités de production, s'il veut réussir sa transition énergétique.
Le recours aux énergies vertes dans les activités industrielles reste encore faible. Réunis à l'initiative d'Africa Climate Insights (ACI), les intervenants ont dressé un état des lieux sans complaisance des axes à améliorer. Les machines vieillissantes sont l'un des principaux freins à ce changement.
Pour le président de PGS Africa, Pape Oumar Ndiaye, le premier obstacle à la l'amélioration de la performance énergétique est avant tout d'ordre matériel. Il juge que les équipements actuellement utilisés par de nombreuses entreprises ne sont plus compatibles avec les ambitions de verdissement poursuivies par le pays. « Sans une attention particulière à ce volet, il ne peut y avoir ni optimisation énergétique ni véritable verdissement », martèle-t-il. « « L'obsolescence des équipements en service entrave fortement l'optimisation de la consommation. Dans le cadre de la mise en oeuvre de la stratégie nationale, des actions concrètes sont nécessaires pour normaliser ces équipements et renforcer leur contribution au verdissement de l'économie. »
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Pour le président de PGS Africa, l'enjeu dépasse largement le simple renouvellement des machines. C'est l'ensemble de l'écosystème industriel qui mérite d'être repensé. Il a insisté sur la nécessité de lever des freins identifiés, qui, selon lui, empêchent encore les entreprises d'accéder aux technologies de dernière génération : « Il faut favoriser l'accès des entreprises aux équipements modernes. Cela passe par la levée de plusieurs obstacles : ceux liés au financement, bien sûr, mais aussi à la méconnaissance des besoins réels des entreprises en matière d'usage. Ensuite, il est crucial de proposer des services à valeur ajoutée dans les domaines de la maintenance, des extensions de garantie, ainsi que du transfert de technologies et de compétences. Sans cela, les efforts resteront vains. »
Ce diagnostic à forte portée technique revêt aussi, une dimension économique. Pour Pape Oumar Ndiaye, le verdissement de l'industrie, ne saurait se limiter à une ambition politique. Il suppose un accès effectif aux ressources financières nécessaires au renouvellement des parcs d'équipements. « Les efforts en faveur de la promotion des énergies vertes doivent donc passer par un accès renforcé aux équipements modernes, à des services de maintenance préventive, à une meilleure connaissance des besoins réels des entreprises, et à un accès facilité au financement. Ce sont autant de conditions nécessaires pour favoriser le verdissement et permettre aux entreprises d'atteindre leurs objectifs », a-t-il conclu-il sur ce point.
Les pouvoirs publics partagent largement ce constat. Conseiller technique au ministère de l'Énergie, Yakhya Badiane, a identifié trois challenges à relever pour réussir sa transition énergétique et industrielle. Le premier, qu'il considère comme prioritaire est l'efficacité énergétique. À son avis, les industries ne peuvent continuer à fonctionner avec des niveaux aussi élevés de gaspillage énergétique. « Les industries constituent un levier prioritaire, en raison des pertes énergétiques considérables qu'elles génèrent », explique-t-il. « Dans un contexte de recherche de stabilité, d'accessibilité et de réduction des coûts du système énergétique, ces gaspillages ne sont plus acceptables. Des stratégies sont donc déployées, à travers des enquêtes ministérielles et gouvernementales, pour améliorer l'économie d'énergie et accroître son efficacité. »
Nécessité d'un contrôle rigoureux aux frontières
Le deuxième défi identifié porte sur la maîtrise des externalités environnementales. Pour Yakhya Badiane, les engagements internationaux du Sénégal imposent une rupture nette avec les pratiques antérieures. Il alerte sur le traitement des déchets électroniques et des batteries. « La gestion des déchets électroniques et des batteries apparaît comme un enjeu central », affirme-t-il. « Un projet est en cours, piloté par le ministère via l'Agence nationale des énergies renouvelables, pour anticiper ces difficultés et poser les fondements d'une économie circulaire dédiée à ces équipements. »
Le conseiller technique souligne aussi l'importance d'un contrôle rigoureux des équipements introduits sur le territoire national. « Seuls les équipements répondant aux normes de qualité les plus élevées devraient être autorisés, afin que cette opportunité ne se mue pas en contrainte. »
Enfin, le troisième défi, qu'il juge tout aussi déterminant, concerne le transfert de technologies. Sur ce point, Yakhya Badiane se montre catégorique : le Sénégal ne saurait se contenter d'être un simple marché de consommation pour des solutions conçues ailleurs. « Il est impératif de ne pas se limiter à un rôle de simple consommateur, un modèle qui a déjà montré ses limites », avertit-il. « Le gouvernement sénégalais intègre désormais cette exigence dans l'ensemble des programmes et stratégies, afin de favoriser un véritable transfert technologique. »
La table ronde organisée par Africa Climate Insights (ACI) avait pour objectif de favoriser une compréhension commune du concept, des défis, des opportunités et des perspectives de l'industrialisation verte au Sénégal, et à promouvoir un cadre de dialogue multi-acteurs entre les institutions publiques, le secteur privé, les médias, les chercheurs, les partenaires techniques et financiers, les diplomates et les acteurs de la société civile.