Au début du XXe siècle, alors que les mouvements de populations favorisaient les échanges entre les communautés ivoiriennes, une histoire singulière de fraternité a marqué la région de Bingerville. Celle de la naissance d'un village du peuple Abbey au coeur du territoire traditionnel atchan, aujourd'hui connu sous le nom de Sébia-Yao, dont le chef actuel est Beugré Beugré Moïse.
Selon les témoignages recueillis auprès de Méney Méney Claude, fils du village et gardien de la tradition, cette implantation ne résulte ni d'un conflit ni d'une conquête, mais d'un profond esprit d'hospitalité et de solidarité entre les peuples Abbey et Atchan.
L'histoire remonte au voyage de Séboua Yao, originaire de Séguier, dans l'actuelle région de l'Agnéby-Tiassa. Inquiet de ne pas voir revenir son fils, Yao Akpélé, parti à Adjamé-Bingerville pour y recevoir des soins, il décida de rejoindre sa soeur, Niangoran Brou, chez qui le jeune homme séjournait.
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« Son fils Yao Akpélé s'étant rendu à Adjamé-Bingerville pour se faire soigner, Séboua, ne le voyant pas revenir, quitta son village natal de Séguier pour rejoindre sa soeur Niangoran Brou. Il y fut chaleureusement accueilli par son beau-frère, Danho Manglé, fils du patriarche Danho Beugré Moïse, ainsi que par l'ensemble des populations du village », rapporte Méney Méney Claude.
Touché par cet accueil, Séboua Yao exprima le souhait de s'établir durablement auprès de sa soeur. Sa demande fut favorablement accueillie par Nanan Agbo, chef du village à cette époque, qui lui attribua le site de l'actuel village de Sébia-Yao.
Par la suite, plusieurs familles abbey vinrent le rejoindre et furent, elles aussi, reçues avec bienveillance par leurs hôtes atchan.
Fondée sur des valeurs ancestrales de respect, de partage et de coexistence pacifique, cette installation posa les bases d'une cohabitation harmonieuse entre les deux communautés. L'attribution des terres s'effectua dans un climat de confiance mutuelle, donnant naissance à un pacte social qui perdure encore aujourd'hui.
Au fil des décennies, le village s'est développé tout en préservant son identité culturelle abey.
Les échanges culturels, les alliances matrimoniales et les activités économiques communes ont progressivement consolidé les liens entre les communautés abbey et atchan.
Aujourd'hui, cette histoire demeure un symbole fort de cohésion sociale et de vivre-ensemble. Elle rappelle que la diversité culturelle, lorsqu'elle repose sur le respect mutuel et la fraternité, constitue une richesse capable de renforcer durablement l'unité nationale.
La naissance du village de Sébia-Yao en terre atchan s'inscrit ainsi parmi les belles pages de l'histoire de la Côte d'Ivoire. Elle illustre avec force que l'hospitalité, le partage et la solidarité peuvent rapprocher durablement les peuples et bâtir une coexistence exemplaire.