Sénégal: Des officiels plaident pour une meilleure protection juridique des femmes migrantes

Dakar — Des responsables syndicaux, des représentantes d'organisations de femmes et des autorités publiques ont plaidé, vendredi, à Dakar, pour une harmonisation des législations familiales en Afrique et une meilleure protection juridique des femmes migrantes, estimant que les dispositions actuelles des codes de la famille ne répondent plus aux réalités de la mobilité sur le continent.

Ces appels ont été lancés lors de la troisième édition de la Journée internationale de la femme africaine (JIFA), organisée à la Fondation Friedrich Ebert autour du thème : "Le code de la famille en Afrique : mariage, succession, filiation, quels enjeux pour les droits de la femme migrante ?".

"Cette journée devait être un moment de pause, d'évaluation et de haute réflexion stratégique sur les défis auxquels sont confrontées les femmes africaines en situation de migration", a souligné Yvette Keita, secrétaire générale de l'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS).

Elle a estimé que les conflits entre les législations nationales fragilisent particulièrement les femmes migrantes dans les domaines du mariage, de la succession et de la filiation.

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"Trop de travailleuses migrantes perdent leurs droits de conjointes, se retrouvent sans protection face aux ruptures familiales ou sont privées de leurs droits successoraux", a-t-elle déclaré, relevant également les difficultés liées à l'enregistrement des enfants nés en migration et les risques d'apatride.

Mme Keïta a appelé les Etats africains à harmoniser leurs législations familiales au sein des espaces régionaux, notamment la CEDEAO et l'Union africaine, afin d'assurer la continuité des droits des femmes, indépendamment de leur pays de résidence.

Elle a également invité les organisations de la société civile et les syndicats à renforcer l'assistance juridique de proximité en faveur des femmes migrantes.

La présidente du Réseau d'appui aux femmes et enfants migrants (RAFEM), Fambaye Ndoye a rappelé que la Journée internationale de la femme africaine, instituée en 1974 à Dakar, demeure insuffisamment célébrée malgré sa portée historique.

Elle a expliqué que le RAFEM, qui regroupe notamment des migrantes de retour, des immigrées vivant au Sénégal et des migrantes internes, a choisi ce thème au regard des nombreuses violations des droits observées dans le régime matrimonial et les règles de filiation.

"Plusieurs dispositions du Code de la famille sénégalais apparaissent aujourd'hui inadaptées aux réalités sociales", a-t-elle martelé.

Elle a notamment évoqué les difficultés rencontrées par les mères souhaitant voyager avec leurs enfants mineurs, les restrictions entourant la recherche de paternité ou encore les règles faisant du mari le principal décideur du domicile conjugal.

"La société marche avec les hommes et les femmes, mais dans le cadre d'une égalité d'accès aux droits", a-t-elle soutenu, estimant qu'une réforme du Code de la famille contribuerait au renforcement de l'autonomisation économique des femmes.

Le directeur de cabinet du ministre de la Famille et des Solidarités, Amadou Diaw, a salué l'engagement du RAFEM en faveur des femmes et des enfants, tout en réaffirmant le soutien du gouvernement aux initiatives visant à renforcer leur protection.

Transmettant un message de la ministre de la Famille et des Solidarités, Marie Angélique Mame Selbé Diouf, il a rappelé que les femmes migrantes occupent une place essentielle dans le développement économique, social et culturel des sociétés africaines et que leur protection constitue un enjeu majeur.

La représentante résidente de la Fondation Friedrich Ebert au Sénégal, Elizabeth Bollrich, a, pour sa part, insisté sur les difficultés juridiques auxquelles sont confrontées les femmes migrantes, notamment en matière de reconnaissance du mariage, du divorce, de la filiation, de la succession ou d'enregistrement des naissances.

"Les droits des femmes ne devraient jamais dépendre des frontières qu'elles traversent. Les codes de la famille doivent évoluer pour tenir compte des transformations sociales, des dynamiques migratoires et des engagements des États africains en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes", a-t-elle déclaré.

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